Vaira Vike-Freiberga ; Sandra Kalniete : deux femmes lettonnes d'exception

Par Antoine Lanthony | 25 février 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Vaira Vike-Freiberga ; Sandra Kalniete : deux femmes lettonnes d'exception”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 25 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/122, consulté le 20 octobre 2019

 Il existe peu de pays auxquels on associe mentalement une image féminine, et dont les figures emblématiques, internationalement reconnues, sont des femmes. La Lettonie fait partie de ces pays. Faisons plus ample connaissance avec ces personnalités de premier plan à travers les portraits croisés des deux femmes lettonnes les plus célèbres : Vaira Vīķe-Freiberga, l’actuelle présidente de la république de Lettonie, et Sandra Kalniete, députée, ancienne Ambassadrice lettonne en France, ancienne Commissaire européenne.

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(photos : à droite Sandra Kalniete, à gauche Vaira Vike Freiberga) 

 

Née à Riga le 1er décembre 1937, à la veille de la seconde guerre mondiale, Vaira Vīķe-Freiberga a accompagné la fuite de ses parents en Allemagne, au Maroc, puis au Canada, où elle est devenue une professeure renommée de psychologie et de sciences sociales. Parallèlement, vivant dans un pays, le Canada, comptant l’une des plus fortes diasporas lettones, elle a connu ce que nombre de ses compatriotes connaissaient : exil, vie de diaspora, et connaissance du pays à travers les histoires, la famille, la culture. Elle s’est notamment fortement intéressée à la littérature populaire lettone, qui prend souvent la forme de dainas, ces courts poèmes traditionnels auxquels elle a consacré plusieurs ouvrages.
 

Pendant que la future présidente découvrait son pays depuis l’étranger, Sandra Kalniete, celle qui allait devenir l’une des figures de l’indépendance retrouvée de la Lettonie, voyait le jour le 22 décembre 1952, près de Tomsk, en Sibérie, là où ses parents avaient été déportés à la suite de l'occupation de la Lettonie. Fille unique car ses parents « n’ont pas voulu offrir d’autres esclaves au pouvoir soviétique », elle a grandi au goulag, auprès de parents et d’une grand-mère qui s’efforçaient d’améliorer l’ordinaire. Elle a découvert pour la première fois la terre de ses ancêtres et sa réalité quotidienne après le retour de se famille de déportation en 1957, consécutivement au dégel ayant suivi la mort de Staline. Elle a conté l’émouvante histoire de sa famille dans l’ouvrage En escarpins dans les neiges de Sibérie, achevé en 2001 et traduit en français en 2003.

Ces deux femmes sont donc arrivées à la période charnière 1987-1991 en ayant eu des parcours très différents.

Née au goulag, fille de parents déportés, ayant mené des études d’histoire de l’art, attachée comme Vaira Vīķe-Freiberga à ses racines, Sandra Kalniete s’est intéressée au textile et aux arts décoratifs et a publié un ouvrage sur l’art textile letton en 1989, peu de temps après son engagement en politique. Elle a en effet rejoint le Front populaire letton, principal mouvement en faveur de l’indépendance de la Lettonie, en 1988. Femme de caractère, elle a dans la foulée intégré le ministère letton des affaires étrangères et embrassé une carrière de diplomate, d’abord à Riga puis en tant qu’Ambassadrice auprès des Nations Unies, en France et à l’UNESCO, avant de devenir Ministre des affaires étrangères en 2002, pour son cinquantième anniversaire, puis Commissaire européenne en 2004 au sein de la Commission Prodi. Ces différentes fonctions lui ont permis de s'affirmer comme l'une des grandes voix de la Lettonie à l'étranger et de contribuer tant à la connaissance qu'à la reconnaissance de son pays, en particulier en France et dans les institutions internationales au sein desquelles elle a officié.

De son côté, Vaira Vīķe-Freiberga est rentrée en Lettonie en 1998, 7 ans après l’indépendance, pour prendre la tête de l’Institut letton. Les évènements se sont accélérés pour elle, puisqu’en 1999, elle fut élue Présidente de la République de Lettonie à la suite d’un heureux concours de circonstances. La Saeima (le Parlement letton) ayant échoué à élire un Président à l’issue du premier tour, elle fut choisie, bien que n’ayant pas participé au premier tour de l’élection, grâce à son indépendance partisane et à sa renommée.

Arrivant en fin de second mandat avec une côte de popularité oscillant autour de 70 %, Vaira Vīķe-Freiberga aura joué un rôle de premier plan dans l’adhésion de son pays à l’OTAN et à l’Union européenne. Réputée proche du Président américain George W. Bush, le soutenant notamment dans sa politique irakienne, elle aura réussi à améliorer la visibilité, la reconnaissance et l'intégration internationales de la Lettonie, à se faire apprécier dans les institutions internationales comme en atteste sa nomination en tant qu’envoyée spéciale de Kofi Annan en 2005, mais aussi à pointer du doigt les responsabilités soviétiques envers les pays Baltes, tout en n’ayant jamais rompu le dialogue avec la Russie comme en témoigne sa présence lors des cérémonies du soixantième anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie le 9 mai 2005 à Moscou (alors même que les relations entre les deux pays étaient au plus bas). La date du 9 mai constitue en effet pour les pays Baltes à la fois la fin de l’occupation nazie, mais aussi le début de plus de 45 ans d’occupation soviétique, c’est pour cette raison que ses deux homologues lituanien et estonien avaient quant à eux décliné l’invitation de Moscou.

Sandra Kalniete et Vaira Vīķe-Freiberga illustrent parfaitement le mélange qui a permis la remise sur pieds rapide de la Lettonie (le processus fût le même en Estonie, en Lituanie et dans de nombreux pays d’Europe centrale et orientale) : la complémentarité entre les vécus, les compétences, les volontés et les relations des personnes ayant lutté de l’intérieur pour l’indépendance, mais aussi des Lettons de l’étranger, rentrés au pays pour aider et contribuer à sa remise en route.

Vaira Vīķe-Freiberga achèvera son second mandat dans quelques mois. Pour sa part, Sandra Kalniete, après n’avoir pas été renommée au poste de Commissaire européenne à l’incompréhension générale, est devenue membre du parti de la « Nouvelle Ere » et a été réélue députée en 2006. Tout porte à croire qu’elle sera candidate à la succession de Vaira Vīķe-Freiberga. Son élection perpétuerait le chassé-croisé dans le coeur des Lettonnes et des Lettons, que ces deux femmes d’exception ont entamé depuis longtemps déjà, pour le plus grand profit de leur pays.

Pour aller plus loin :

 

À lire

  • En escarpins dans les neiges de Sibérie, Sandra Kalniete, Editions des Syrtes, Paris, 2003
  • Le parcours d’une vie, Vaira Vīķe-Freiberga, Présidente de Lettonie, Nadine Vitols-Dixon, Petergailis, Riga, 2005

 

Sur Internet

 

 

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