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Vaclav Havel vu par les Slovaques

RĂ©daction Paris Par Camille Brabenec — Mercredi 18 janvier 2012 | Tags : Slovaquie, RĂ©publique tchèque
Vaclav Havel vu par les Slovaques

Depuis l’annonce du décès de Václav Havel, principal acteur de la Révolution de velours de novembre 1989 qui a entrainé la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie, l'ex-président tchèque est très présent dans les médias slovaques. Les témoignages de la classe politique et des personnalités publiques sont unanimes pour souligner le courage, le charisme et la personnalité de Václav Havel. De nombreux citoyens slovaques ont exprimé leur tristesse sur des réseaux sociaux. Bratislava a décrété une journée de deuil officiel en mémoire de ce que les Slovaques doivent à Václav Havel. Par ailleurs, une délégation slovaque a participé à Prague aux obsèques de l’ancien dissident.

Cependant, il faut constater que les Slovaques ne se sont pas rassemblés en masse pour se recueillir. À titre d’exemple, un seul rassemblement a été organisé à Bratislava et seulement une cinquantaine de personnes y ont participé.

Président tchécoslovaque

« Václav Havel a sa place dans l'histoire de la Slovaquie car il fut également notre président pendant une période cruciale. Il est le symbole de cette période, de la transition du régime totalitaire à la démocratie », selon les mots de Miroslav Kusy, politologue slovaque et ami de Václav Havel. Après la démission du dernier président communiste tchécoslovaque, Gustáv Husák, le 10 décembre 1989, il ne fait aucun doute que Vaclav Havel était le candidat favori pour le remplacer. Il est investi par un courant d'opinion unanime et devient président intérimaire de la Tchécoslovaquie pendant que l'ancien secrétaire général slovaque du PC Alexander DubÄŤek, symbole du Printemps de Prague de 1968 et du "socialisme à visage humain" est élu à la présidence de l'Assemblée fédérale.

Les élections législatives de juin 1990 portent au pouvoir les acteurs de la Révolution de velours, le Forum Civique tchèque et le VPN slovaque avec 46% des voix et la majorité absolue des sièges. Mais ce scrutin signifie également  le suprenant retour en force des partis nationalistes slovaques. La période communiste n’était pas parvenue à éteindre complètement les revendications slovaques à plus d’autonomie, voire à l’indépendance, qui parcourent tout le XXème siècle.

Les critiques

La lecture de ce que les Slovaques ont écrit sur Havel montre que les relations entretenues avec leur ancien président sont complexes et oscillent entre mythes et réalités.

On pourrait diviser les Slovaques en deux catégories, par rapport à Václav Havel. La première catégorie est celle des nationalistes qui ne l’ont jamais considéré comme un président slovaque, et qui voulaient obtenir à tout prix plus d’autonomie pour la Slovaquie. Ils ont milité pour la séparation de la Tchécoslovaquie.

La seconde catégorie était contre la division de la Tchécoslovaquie et plus favorable à l’ouverture du pays vers l’Ouest. Ces nostalgiques de la Tchécoslovaquie  ont reproché à  Václav Havel de les avoir abandonné, eux et la Slovaquie, ou de ne pas avoir organisé un référendum populaire sur cette question. Plusieurs études ont prouvé qu’à cette époque, le résultat d’une consultation populaire n’aurait pas été favorable à la partition tchécoslovaque.

Cependant, Václav Havel n’a pas caché qu’il était contre le « divorce de velours ». Il écrivit en 1991: « Je ne pense pas que la totale souveraineté de la Slovaquie apportera à ce pays quelque chose de bon. Mais cette décision incombe avant tout aux Slovaques » Il est allé jusqu'à démissioner pour ne pas avoir à acter cette séparation lui-même. Il en parlera plus tard comme d’un « échec collectif » des deux peuples. Il s’est tenu en retrait durant deux mois, tandis que s’opérait la partition, le 1er janvier 1993. Après un temps d’hésitation, il a accepté de se représenter à la présidence tchèque.

Un des mythes tenaces est que Václav Havel aurait entraîné la chute de l'industrie d'armements slovaque et favorisé l’industrie tchèque. De nombreuses usines ont fermé et plusieurs milliers d'ouvriers slovaques ont perdu leur emploi. En réalité, il a été prouvé que le  gouvernement socialiste avait décidé, bien avant novembre 1989, de transformer cette industrie, qui de toute façon n’aurait pas survécu à l’ouverture à la concurrence et à la disparition de l’URSS, à cause de son manque de compétitivité.

Des malentendus

Václav Havel avait des attaches dans la partie slovaque du pays. Avant la révolution de velours, il venait régulièrement à Bratislava, rendre visite au frère de sa première femme. En juin 1989, il est venu "clandestinement" au concert de la chanteuse folk américaine Joan Baez à Bratislava. Il avait de nombreux amis dissidents dans la capitale slovaque qu’il rencontrait en cachette. Il apporta son soutien aux acteurs de la Révolution de velours en Slovaquie. Les Slovaques ont considéré Havel comme un héros durant les premiers mois qui ont suivi la Révolution de velours. Ce sentiment a ensuite évolué dans le mauvais sens, Václav Havel étant rendu responsable par certains des maux et des complications économiques qui sont apparus en Slovaquie. Un certain nombre de  malentendus ont fait que de nombreux Slovaques n'ont jamais accepté Havel comme leur Président. En octobre 1991, il a été accueilli à Bratislava par de violentes injures, des sifflets et des œufs lancés par des séparatistes slovaques.

Mais Václav Havel s’était intéressé au territoire slovaque, comme le prouve le bureau qu’il fit installer à Kosice, seconde ville slovaque, à l’Est du pays entre 1991 et 1992. Il s’y était rendu à plusieurs reprises et y était mieux accueilli qu’à Bratislava.

Du fait de la victoire des nationalistes slovaques, le Président Havel n’a été qu’une parenthèse dans l’histoire slovaque ; mais une parenthèse décisive, et la Slovaquie semble encore à la recherche d’un responsable politique sachant conserver et mettre en œuvre des convictions et des valeurs comme Václav Havel a su le faire.

 

 

Pour aller plus loin

À lire

  • WHERLE F., Le divorce tchéco-slovaque, Paris, Collection "Pays de l'Est" l'Harmattan, 1994
  • MARES A., Histoire des pays tchèques et slovaque, Paris, édition Hatier, 1993

 

 

Source photo : Václav Havel et Alexandre Dubcek, qui était à la tête de la Tchécoslovaquie lors du Printemps de Prague en 1968, Václav Havel na Václavském námÄ›stí 17. listopadu 2009, par Ben Skala, sur flickr

 

Vaclav Havel vu par les Slovaques

Bonjour Camille, merci

Bonjour Camille,

merci d'avoir souligné l'aspect controversé de V. Havel dans l'esprit des Slovaques. Au moment de son décès, j'ai fait l'expérience de ces deux visions...

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