USA – Pologne : « the Polish American Congress » (PAC)

Par Zbigniew Truchlewski | 22 mai 2007

Pour citer cet article : Zbigniew Truchlewski, “USA – Pologne : « the Polish American Congress » (PAC)”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 22 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/203, consulté le 25 novembre 2020

pacLe lien politique entre les États-Unis et l’Europe centrale est fort d’unearticle longévité qui a su affronter les deux Guerres mondiales, la Guerre Froide et la transition postcommuniste. Ce lieu commun ne doit cependant pas empêcher de prêter attention aux ressorts de ce lien : quels sont en effet les outils qui font ce lien entre la première puissance mondiale et l’Europe centrale ? L’analyse d’un cas, comme le Polish American Congress, peut sans doute permettre d’entrevoir les mécanismes de ces relations et d’en comprendre le rôle au cours des dernières décennies.

   
   

Avant et pendant la Guerre Froide.

Le Polish American Congress (PAC), fondé en 1944 lorsque les émigrés polonais ont pris conscience que leurs intérêts n’étaient pas pris en compte par les grandes puissances, est en fait une plateforme d’organisations qui repose sur trois piliers majeurs.

Le premier est la Polish National Alliance (PNA), qui est la plus grande des compagnies d’assurance ethnique aux États-Unis (250 000 membres pour un budget de quelques centaines de millions de dollars). La PNA a été créée en 1880 à Philadelphie et Chicago par des émigrés polonais afin d’organiser la vie des Polonais sur le territoire américain et de veiller à la communauté polonaise. Le second pilier est la Polish Women’s Alliance (PWA), née de l’impatience des femmes polonaises face à la lenteur des organisations existantes pour les assurances. Le troisième et dernier pilier est le Polish Falcons of America (PFA), né en 1887 à Chicago, et destiné à s’occuper de la jeunesse.

Cette organisation est devenue paramilitaire à un moment, lors de la Première Guerre mondiale – lors de laquelle 9 000 des PFA ont servi.  Le PAC ne se résume pas toutefois à ces trois piliers destinés uniquement aux Polonais qui ont choisi, ou dû choisir, de vivre aux États-Unis. Son activité consiste aussi à faire pression sur le gouvernement fédéral américain pour que les intérêts polonais soient pris en compte dans la politique étrangère américaine. Ainsi a été mis en place le « lobby » polonais dont l’action n’a pas été sans influencer certaines positions américaines. Plusieurs « dossiers » ont ainsi été mis en avant par le PAC durant la Guerre Froide. L’un des plus importants reste celui de « Yalta ». Le PAC a en effet mené une politique de prise de conscience par l’administration et par l’opinion publique des États-Unis du partage de l’Europe après 1945 et des méfaits soviétiques en Europe centrale et orientale. De là découle toute une série d’actions, notamment celle pour assurer la pérennité de la frontière germano-polonaise de l’Oder-Neisse.

L’argumentaire du PAC s’appuyait sur l’idée que la sécurité européenne dépendait de la stabilisation de cette frontière et que les terres récupérées par la Pologne avaient de toute façon été les siennes, tout comme celles que l’Union soviétique lui avait repris à l’Est. L’autre corollaire de la politique « anti-Yalta » était de faire reconnaître le gouvernement polonais en exil à Londres et la négation de celui que les Soviétiques avaient mis en place à Lublin, puis à Varsovie. Le PAC a aussi œuvré en faveur des nombreux réfugiés polonais qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, se sont retrouvés dans une Allemagne occupée par des Américains prêts à les renvoyer dans une Pologne qui n’était plus la leur, prise qu’elle était sous le joug soviétique, désireux, lui, de les déporter en Sibérie. Le PAC a donc agit de telle sorte que les 400 000 réfugiés puissent être accueillis aux Etats-Unis : c’est ainsi qu’après plusieurs années de pression sur les congressmen américains, le « Bill of Displaced Persons » a été adopté, sésame pour des milliers de Polonais qui ont pu venir s’installer aux États-Unis dès juin 1948.

Un autre dossier est emblématique des actions organisées par le PAC, celui de l’affaire Paderewski. En 1947, le pouvoir en place à Varsovie a affiché sa volonté de faire rapatrier en Pologne le corps de Ignace Paderewski, à des fins de propagande. Le PAC a tout de suite fait pression sur le président des Etats-Unis, Harry Truman, pour que celui-ci refuse toute sollicitation des autorités de Varsovie dans cette affaire. En résumé, le PAC a travaillé à la construction d’une action collective et d’un réseau polonais dont le rôle n’était pas confiné au territoire américain. Ainsi a-t-il mis sur le tapis des questions comme celle de la démocratie en Europe centrale, celle de ses réfugiés, de la sécurité en Europe, mais aussi de l’aide financière à cette région – refusée bien évidemment par les Démocraties populaires. Il a fait de même lors des évènements de 1956 et en ce qui concerne la mémoire puisque le PAC, non seulement, n’a cessé de militer pour que le massacre de Katyn soit reconnu, mais aussi pour que l’on commémore l’insurrection de Varsovie. 

La chute du communisme. 

Le rôle du PAC a donc été pendant toute la Guerre Froide de faire en sorte qu’il n’y ait pas de second Yalta, c’est-à-dire que l’on traite des affaires des pays d’Europe centrale sans que ceux-ci soient consultés. Mais du même coup son action n’était pas dénuée d’ambiguïté puisqu’elle luttait contre les régimes des Démocraties populaires tout en militant pour qu’on leur octroie une aide matérielle.

Le PAC renforçait ainsi paradoxalement des régimes qu’il était loin d’avaliser. En 1961, le total des crédits accordés à la Pologne depuis plusieurs années était de l’ordre de 599 millions de dollars. Ils étaient destinés à acheter des biens de production et de consommations pour une population qui avait déjà tragiquement manifesté sa pauvreté en 1956. Mais en 1961, dès que les crédits furent acceptés, le régime de Varsovie n’a pas fait l’économie de critiquer Washington tout en accordant un prêt à Cuba 12 millions de dollars, soit un an à peine avant la crise des missiles.  Cette politique a quelque peu changé lors des années 1980, quand le communisme prenait la voie de son effondrement. Le PAC a en effet soutenu la politique américaine de sanction contre l’URSS et la Pologne dès que la loi martiale du 13 décembre 1981 eut été prononcée. Il amorçait aussi une campagne pour que l’opinion publique américaine prenne conscience de ce qui se passait en Pologne. Il militait ainsi pour que soit établi, en Pologne, un gouvernement démocratique. Cependant, donnant raison à Lech Walesa, leader de Solidarnosc, et au Pape Jean-Paul II, le PAC a négocié en 1987 avec l’administration Reagan pour que les sanctions économiques contre la Pologne soient levées. En 1988 et 1989, le régime communiste polonais tombe en lambeaux et le PAC commence à jouer un nouveau rôle pour la Pologne. 

La période de transition : économie de marché et OTAN.

Dès 1990, le PAC milite en effet pour que soient accordées des aides financières à la Pologne pour que celle-ci prenne le chemin de l’économie de marché. Leszek Balcerowicz, conseiller économique de Tadeusz Mazowiecki, premier chef de gouvernement non communiste en Pologne, entame sa « thérapie de choc ». Celle-ci bénéfice de l’aide américaine qu’a entériné le « Support East European Democracy Act of 1989 » doté de 800 millions de dollars. Cette transition a conduit la Pologne vers une économie de marché performante (en témoigne la croissance vigoureuse des dernières années) mais elle a eu un coût social très élevé, laissant les « perdants » de la transformation à la marge de la société.  Cette transition économique n’était pas le seul enjeu de l’après 1989, loin s’en faut.

On en veut pour preuve la permanence de la question de la frontière germano-polonaise et, surtout, l’émergence du problème de la sphère d’influence dans laquelle devait s’inscrire l’Europe centrale. L’URSS puis la Fédération de Russie entendent bien garder cette dernière dans leur orbite. C’est pourquoi le PAC a milité dès l’effondrement du Mur de Berlin pour que la Pologne, la République tchèque et la Hongrie soient intégrées à l’OTAN. Or, ce n’était pas si évident que cela au début des années 1990. L’administration Bush puis Clinton entendaient ménager leur ancien adversaire et ne pas provoquer sa colère. Eltsine a souligné, en effet, que l’Europe centrale restait une affaire de la puissance russe et qu’elle demeurait son arrière cour. Bush, et après lui Clinton, n’entendait pas contester la chasse gardée d’un partenaire qu’ils considéraient comme plus important que les petits pays d’Europe centrale, dont c’était bien là, pour reprendre une expression de l’intellectuel hongrois Istvan Bibo, la « misère ».

D’où l’intense travail de lobbying mis en place dès le 14 juin 1991 par le PAC lors du meeting à New York. L’enjeu, à partir de cette date, était double : extraire les pays d’Europe centrale et orientale de l’orbite russe et les placer dans le champ d’attraction de l’Ouest, c’est-à-dire dans l’Union européenne et, avant tout, l’OTAN. Or, il a fallu attendre l’aval de Eltsine pour que les choses deviennent enfin claires : mais cela n’a pas été aisé. On soupçonnait en effet Clinton et Eltsine de s’être mis d’accord sur un « pacte secret », lequel stipulait que les PECO restaient en gravitation autour de Moscou et que leur entrée dans l’OTAN ne se ferait « qu’à long terme », ce qui était dénoncé comme un « nouveau Yalta ».

La rupture se fait lors du voyage de Clinton dans les pays de l’Est et la Russie en janvier 1994. Le PAC a mis en place une machine de pression sur plusieurs niveaux pour y arriver : il a d’abord travaillé sur l’opinion publique, avec force conférences de presses, puis sur les congressmen, en l’occurrence ceux qui représentaient le plus les électeurs polonais (Michigan et Illinois) et ceux qui étaient chargés de la Commission des relations transatlantiques, sur l’entourage du Président et le Président lui-même (campagnes de lettres, discussions avec le Département d’État, le Conseil de Sécurité Nationale, etc.). C’est au sommet de l’OTAN de Bruxelles, en janvier 1994, que Clinton annonce que la nouvelle doctrine de l’OTAN sera de faire rentrer les pays d’Europe centrale dans l’OTAN. Quelques jours plus tard, lorsqu’il rencontre les Présidents de la République tchèque, de la Pologne et de la Hongrie, Clinton affirme que « la question n’est plus de savoir si vous rentrerez dans l’OTAN, mais de connaître la date et l’endroit de votre entrée ». Ces pays font définitivement partie de l’OTAN en 1999. 

On voit donc que les pays d’Europe centrale en général, et la Pologne en particulier, ont des liens privilégiés avec les États-Unis et qu’ils sont loin d’être conjoncturels pour les raisons que l’on a vues. Ces liens sont aussi bien l’effet d’un intense travail de lobbying organisé par les communautés émigrées aux États-Unis qu’ils sont la cause de la prise en compte des intérêts de l’Europe centrale dans la diplomatie américaine. On voit ainsi les deux niveaux d’action et de réaction qui font l’essence de ces liens. Mais on est par là porté à s’interroger sur la valeur de ces liens dans une Union européenne qui a intégré ces pays : ces liens doivent-ils s’affaiblir au profit d’une intégration plus poussée ou bien doivent-ils rester tels quels au prix d’une tiède relation avec l’Union européenne ?

Pour aller plus loin :  

 

picto_1jpeg Sur Internet 
picto_1jpeg http://poland.usembassy.gov/

 

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