"Une Union plus forte pour un monde meilleur" : entrée dans la Présidence Portugaise de l'UE

Par Virginie Lamotte | 8 juillet 2007

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “"Une Union plus forte pour un monde meilleur" : entrée dans la Présidence Portugaise de l'UE”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 8 juillet 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/234, consulté le 17 septembre 2019
logos_portugal_2007_brancoarticleAprès une présidence très médiatique et médiatisée de l’Allemagne, janvier – juin 2007, nous sommes entrés dans un quasi-anonymat, et pour les six mois à venir, dans la présidence portugaise de l’UE (juillet – décembre 2007).
 
(logo de la présidence portugaise, source : Présidence Portugaise

 

logos_portugal_2007_brancoarticle Après une présidence très médiatique et médiatisée de l’Allemagne, janvier – juin 2007, nous sommes entrés dans un quasi-anonymat, et pour les six mois à venir, dans la présidence portugaise de l’UE (juillet – décembre 2007).

 

Situé à l’extrême sud-ouest de l’Union européenne, le Portugal aura fort à faire, notamment avec les nouveaux Etats membres, très méconnus là-bas. L’inquiétude pointe d’ailleurs déjà dans les pays baltes, c'est le cas de la Lettonie, au sujet de la vision des relations vis-à-vis de la Russie que le Portugal entend entreprendre. Le prochain sommet UE-Russie, qui aura lieu le 26 octobre 2007, est par conséquent très attendu. Mais José Socratès tient à les rassurer. Pour lui, les relations avec la Russie doivent se détendre et il faut que l'Europe construise avec elle un climat politique de coopération et de dialogue.

L’actualité appelle en effet la présidence portugaise à entrer très vite dans le vif du sujet, mais sans oublier les principes qui lui tiennent à cœur afin de conduire cette présidence sur la bonne voie. Ainsi le Portugal souhaite avant tout rappeler les concepts d’union et de solidarité entre les Etats membres, celles-ci reposant sur les citoyens. Le Portugal entend ainsi renforcer le sentiment européen parmi les citoyens de l'UE, en leur faisant prendre conscience de leur intérêt commun. Il souhaite effectivement combattre très sérieusement l'euroscepticisme qui augmente partout en Europe. Pour cela, il va centrer son action autour de la Stratégie de Lisbonne en tant que fil conducteur de son action.

Le Portugal, qui prend la présidence de l'Union pour la troisième fois et mené par le Premier ministre José Socratès (en poste depuis le 12 mars 2005), va axer son action dans 4 domaines : le futur de l’Union, la Stratégie de Lisbonne, le renforcement des coopérations dans l’espace européen et enfin les relations entre l’Europe et le monde.

Le futur de l’Union.

La présidence allemande s’est achevée sur un accord in extremis sur la suite à donner au traité constitutionnel. Un accord sur « un traité réformateur » a été conclu, celui-ci enterrant pour un certain temps de nombreuses avancées, notamment les symboles de l’Union.

Celui-ci devrait néanmoins aboutir à une amélioration du fonctionnement institutionnel de l’UE, que la présidence portugaise appelle de ses voeux. Pour cela, elle a reçu un mandat du Conseil européen afin d’ouvrir une Conférence Inter-Gouvernementale afin de le mettre en oeuvre.

 
"Nous voulons approfondir le projet européen afin de rendre l'Europe plus forte" a déclaré le 2 juillet 2007 José Socratès auprès de la radio allemande Deutsche Welle. En effet, le Portugal s'était très clairement prononcé pour une constitution européenne et souhaite apporter une solution au problème car, selon José Socratès, l'Union ne peut se permettre une nouvelle désillusion. Il est donc prêt à tout afin de poursuivre les travaux de la présidence allemande.
 
Enfin, en tant que pays membre ayant tiré beaucoup de bénéfices de l’adhésion à l’Union européenne, le Portugal souhaite consolider les récents élargissements et renforcer ces nouveaux liens.
 
Il souhaite aussi prolonger ce processus, notamment en direction des Balkans, stabiliser cette région par un rapprochement de l’Union, construite sur la mise en place d’une paix durable. Cependant, le programme oublie de mentionner que la Croatie est entrée dans le processus d’adhésion. En outre, la Slovénie, qui sera le premier nouvel Etat membre à prendre la présidence de l’Union en janvier prochain, est aussi un Etat des Balkans, et qu’avec la Croatie, ils pourraient jouer un rôle moteur prépondérant dans la région.
 
La Stratégie de Lisbonne.

Issue du Conseil Européen des 23 et 24 mars 2000, la stratégie de Lisbonne veut faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde d’ici à 2010. Il s’agissait alors de relancer l’Union sur des projets communs sur le long terme.

Initialement, elle reposait sur deux piliers : un pilier économique afin de s’adapter à la mondialisation d’une part, et un pilier social pour relancer l’emploi au sein de l’espace européen d'autre part. À l’issue de la présidence suédoise du 1er semestre 2001 (Conseil Européen de Göteborg, juin 2001), un troisième pilier a été ajouté : c’est le pilier environnemental qui inclue la dimension du développement durable à la stratégie.
Intégrée à de nombreuses politiques, notamment à la politique régionale où elle joue un rôle prépondérant dans les programmations européennes, nationales et régionales pour la nouvelle période 2007 – 2013, elle peine à se mettre en marche. Le Portugal veut la mettre pleinement en œuvre et la faire évoluer dès 2008.

 
La dimension économique.

Le Portugal entend d’une part poursuivre les actions en cours : rendre plus efficace le marché intérieur, soutenir les PME et une véritable politique industrielle. D’autre part, Il lancera le débat sur le développement d’une politique scientifique et technologique en Europe. Pour cela, il compte mettre l’accent sur l’enseignement supérieur et l’apprentissage tout au long de la vie. Par conséquent, une décision sur le règlement du futur Institut européen de Technologie devra être prise.

La culture et le tourisme tiennent aussi une place importante. Pour de nombreux pays de l’Union, le Portugal inclus, culture et tourisme représentent d’importantes parts du budget des Etats. En effet, une économie de la culture est possible et permet même la création d’emplois durables et de soutenir la croissance des Etats, et ce sans dégrader les particularités culturelles de nos régions. Afin de mieux mettre en valeur ces aspects de l’économie européenne, le Portugal organisera deux forums : le Forum culturel pour l'Europe qui aura lieu du 26 au 28 septembre 2007, en préparation aussi de 2008 - année européenne du dialogue interculturel, et le Forum du Tourisme en Europe, qui se déroulera le 26 et 27 octobre 2007. Le but de ces forums est d’inscrire ces deux faits à l’agenda européen afin de poursuivre les efforts dans ces domaines.

En tant qu’Etat dont une partie du territoire se situe en dehors de l’Europe continentale (île de Madère et archipel des Açores), le Portugal souhaite renforcer la politique de cohésion dans les régions ultrapériphériques, afin de mieux les inclure dans les politiques de l’Union.
Enfin, la mer tient une place toute particulière et la présidence portugaise veut profiter de sa présidence pour développer des politiques communes et une coopération plus étroite en la matière entre les pays membres. Ainsi, une conférence sera organisée à Lisbonne pour commencer à dessiner une politique maritime commune (les 19 et 20 juillet 2007). D’autres mesures concernant le milieu marin, la pêche illégale ou les autoroutes de la mer seront aussi débattues au cours des six prochains mois.
 
La dimension sociale et emploi.

Deux axes vont ici être privilégiés. D’un côté, le 10e anniversaire de la Stratégie européenne pour l’emploi sera l’occasion de recentrer le débat sur le rôle des politiques européennes en matière d’emploi, mais aussi sur les méthodes de coordination à mettre en place dans ce volet.

De l’autre, le concept de « flexicurité », cher aux Scandinaves, et notamment aux Danois, fera l’objet d’une réflexion européenne en vue d’établir un principe général commun à l’échelle de l’Union. Allier flexibilité de l’emploi et sécurité du marché n’est pas une tâche facile dans un espace où se côtoient près de 400 millions d’Européens. Cette « flexicurité » à l’européenne sera la base de la définition d’un futur modèle social européen, que le Portugal aimerait faire voir le jour.

La dimension environnementale et énergie.

Le Portugal souhaite avant tout renforcer le rôle moteur de l’UE comme modèle énergétique et de développement durable. Il veut en outre réaliser le marché intérieur de l’énergie et du gaz, celui-ci ayant commencé le 1er juillet 2007 avec la libéralisation du marché pour les particuliers, déjà en œuvre depuis quelques années pour le secteur privé. Dans ce cadre, il veut aussi mettre en place un cadre juridique pour les énergies renouvelables.

Cette question est très importante pour le Premier ministre José Socratès : "Nous devons étonner le monde, que quelque chose doit être fait et que l'alternative du "ne rien faire" sera la pire pour la Terre". Il veut donc en faire une priorité pour le Portugal, aussi bien pour l'Union que pour sa politique intérieure.

De plus, le Portugal sera présent à la prochaine Conférence des Nations Unies à Bali sur les changements climatiques en tant que représentant de l’UE. Il y parlera notamment de pénurie d’eau et de situation de sécheresse conséquentes aux changements climatiques. Ce sont des situations particulières que le Portugal connaît et auxquelles il doit faire face.

Renforcer l’espace de liberté, de sécurité et de Justice.

Accueillant tous les ans des milliers de migrants sur son territoire, et en particulier dans les Açores, le Portugal a fait de la question migratoire un axe majeur de sa présidence. Une approche globale et commune doit être développée, notamment en mettant en place des partenariats entre l’UE et les pays d’origine et de transit. La présidence portugaise va ainsi organiser une Conférence sur l’immigration légale, mais aussi une réunion interministérielle Euromed sur l’immigration.

Vu la situation géographie du Portugal, la Méditerranée jouera un rôle important lors de sa présidence. Par conséquent, l’Agence européenne de contrôle des frontières FRONTEX jouera un rôle particulier pour une meilleure protection de la frontière maritime commune et un système intégré de gestion des frontières extérieures de l’UE sera développé.

Enfin, le Portugal souhaite porter à l’acquis communautaire le traité de Prüm, ou Schengen III. Ce traité, signé en mai 2005 par la Belgique, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne et le Luxembourg, porte sur l’approfondissement de la coopération transfrontalière, notamment sur la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et la migration illégale. Des premières mesures ont déjà été intégrées à la législation communautaire à l'issue du Conseil "Justice et Affaires intérieures" du 12 juin 2007, à savoir la coopération policière, l'échange d’informations sur les profils ADN, les empreintes digitales et les plaques d’immatriculation de véhicules. Ces éléments sont désormais communs à tous les Etats membres. Le Portugal entend porter cette coopération encore plus loin.
 
L’Europe et le monde.

Tout en poursuivant la politique en cours, le Portugal va mettre l’accent sur certaines zones géographiques particulières lors de sa présidence. Après une présidence allemande tournée vers l'Est, le Portugal, pour des raisons géographiques et historiques, va se tourner vers l'Afrique et l'Amérique Latine.

 
Ainsi vers la Méditerranée. Ainsi vers l’Afrique avec l’organisation d’un sommet UE-Afrique (les 8 et 9 décembre 2007), qui s'annonce déjà diffcile à mettre en place à cause du président zimbabwéen Robert Mugabe qui promet de faire boycotter par les autres Etats africains le sommet s'il n'est pas autorisé à venir. 
 
Vers les Etats-Unis avec une plus forte intégration économique. Vers l’Amérique Latine avec la mise en place de pourparlers en vue d’un accord d’association avec le MERCOSUR (8 octobre 2007), vers le Brésil avec l’organisation d’un sommet UE-Brésil (4 juillet 2007) et la mise en place d’un dialogue particulier avec ce pays, ce qui n'enchante pas tous ses partenaires, comme les Suédois qui lui préfèreraient voir rentrer plus dans le vif du sujet concernant l'adhésion de la Turquie. Enfin, un engagement européen devrait être pris envers les pays ACP [Afrique, Caraïbes, Pacifique] afin de mieux les intégrer à l’économie mondiale.

 

C’est un programme très ambitieux que nous offre le Portugal, mais il ne faut pas oublier que les présidences fonctionnent en trio sur 18 mois, ce qui permet d’entreprendre des actions sur une plus grande échelle et de donner plus de temps à certains dossiers. Ainsi le Portugal a travaillé, travaille et continuera à travailler avec d’une part l’Allemagne, présidence précédente, et la Slovénie, présidence suivante à partir de janvier 2008.

(logo de la présidence portugaise, source : Présidence Portugaise)

Pour en savoir plus :

picto_1jpeg  Sur Nouvelle Europe
 picto_1jpeg Article sur FRONTEX, l'Agence européenne de contrôle des frontières
   
 picto_1jpeg  Ailleurs sur Internet
 picto_1jpeg  Le site de la Présidence portugaise (portugais, anglais, français)
 picto_1jpeg  La revue de presse européenne d'Eurotopics sur l'ouverture de la présidence portugaise (mardi 3 juillet 2007)
 picto_1jpeg  La Stratégie de Lisbonne sur le site de la Commission européenne
 picto_1jpeg  Sur le traité de Prüm , et son intégration dans la législation européenne

 

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