Un peu plus de 600 000 habitants, la Méditerranée et surtout la montagne, le Monténégro se fait sa place à lui depuis son indépendance, proclamée le 3 juin 2006 à l’issue d’un référendum pour se désassocier de la Serbie. Sur le point de débuter des négociations d’adhésion à l’Union européenne, cet État pourrait vite rejoindre l’UE, à condition de ne pas tomber dans des pièges qu’il se tendrait à lui-même.
Le 12 octobre dernier, la Commission européenne a publié la tournée 2011 de ses rapports de suivi annuels des pays candidats à l’adhésion et des Balkans occidentaux. Du côté des Balkans, on en retient principalement que la Commission européenne recommande d’accorder à la Serbie le statut de candidate à l’adhésion, deux années après qu’elle a déposé sa candidature. Par ailleurs, la Croatie se prépare à signer le traité de son adhésion à l’UE en décembre prochain, avec une adhésion prévue au 1er juillet 2013, si la population croate approuve l’adhésion lors d’un référendum qui devrait avoir lieu peu après la signature du traité.
Deux autres pays des Balkans bénéficient déjà du statut de pays candidat : la Macédoine, depuis décembre 2005, et le Monténégro, depuis décembre 2010. Pour ces deux États, la Commission européenne recommande au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE de procéder à l’ouverture des négociations d’adhésion. Cette recommandation avait déjà été formulée depuis 2009 pour l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM) ; mais c’est la première année qu’elle l’est pour le Monténégro, et celui-ci est presque certain d’entamer, dès le début 2012, les négociations, qui pourraient avancer rapidement s’il continue sur sa lancée de 2011. Le Monténégro avait en effet déposé sa candidature à l’adhésion dans un délai record de seulement quatorze mois après la signature de l’Accord de stabilisation et d’association.
Dans l’édition 2010 de son rapport de suivi sur le Monténégro, la Commission européenne avait identifié sept priorités essentielles sur lesquelles les autorités du Monténégro seraient évaluées, déclinant à la situation monténégrine les critères politiques, ceux économiques et la capacité à intégrer l’acquis communautaire qui conditionnent l’adhésion à l’Union. Or les autorités du Monténégro ont changé de visage au cours de cette dernière année.
Un changement de premier ministre express fin décembre 2010
La figure politique du Monténégro, c’est Milo Đukanović. Bien qu’il n’ait pas 50 ans, il fait figure de vétéran dans le paysage politique du jeune État. Il a en effet été sans interruption soit le Premier ministre, soit le Président entre février 1991 et octobre 2006 d’abord de l’entité fédérée du Monténégro associé à la Serbie dans la République fédérale de Yougoslavie (proclamée en avril 1992), puis de moins en moins associé à la Serbie - les liens se distendant jusqu’au référendum d’auto-détermination du 21 mai 2006.
Milo Đukanović se retire alors de la vie politique, après le succès de l’indépendance de son pays qu’il a mené. Lui succède son ancien ministre de la justice, Željko Šturanović. Si au début des années 1990, pendant les années de guerre dans l’ex-Yougoslavie socialiste, il était proche des alliés de Slobodan Milosević, à la tête de la Serbie, il a commencé à développer un discours discordant en faveur d’une identité monténégrine à partir de 1997. Il remporte l’élection présidentielle à l’automne 1997, d’une courte majorité ; puis son parti, le DPS (parti démocratique des socialistes), les élections législatives en mai 1998. Il revendique alors un Monténégro « souverain » mais associé à la Serbie dans une Fédération yougoslave qui doit être démocratique.
C’est pourtant vers l’indépendance qu’il mènera finalement le petit Monténégro, et ses quelques 600 000 habitants, finalement détaché de la Serbie et de ses un peu plus de dix millions d’habitants. C’est sans doute un moyen efficace de se projeter dans une perspective d’adhésion à l’Union européenne, alors qu’à la même époque la Serbie doit se remettre des sanctions financières votées contre elle suite à la guerre du Kosovo et connaît d’importantes difficultés politiques.
Milo Đukanović revient cependant au pouvoir, comme Premier ministre, en février 2008. Son prédécesseur démissionne pour raisons de santé, mais M. Đukanović avait toujours gardé un œil pour le moins attentif puisqu’il était à la tête du parti politique majoritaire, le DPS. Actuellement, il occupe encore cette fonction après avoir démissionné du poste de Premier ministre, fin décembre 2010, quelques jours après que le statut de pays candidat à l’adhésion à l’UE a été attribué au Monténégro. Milo Đukanović a été remplacé à la tête du gouvernement par Igor Lukšić, qui était ministre des Finances.
Considérant que « les conditions sont réunies pour [qu’il] démissionne » après qu’il a rapproché son pays de l’Union européenne et de l’OTAN, Milo Đukanović a répété que sa démission n’était pas liée aux différentes affaires et autres cas le liant plus ou moins directement à des affaires de corruption. Or ces questions de corruption et de réforme de la justice faisaient partie des sept priorités identifiées par la Commission européenne comme essentielles vers l’obtention du statut de candidat à l’UE. Dans le rapport 2011 positif, deux points sur lesquels des progrès sont particulièrement attendus sont soulignés : « consolider les résultats qu'il a obtenus dans la lutte contre la corruption et la criminalité organisée en particulier, et veiller à la mise en œuvre intégrale de la législation en matière de lutte contre les discriminations. » Selon certains commentaires alors publiés dans la presse, la démission de Milo Đukanović aurait été un moyen de démontrer auprès des institutions de l’UE la volonté politique du Monténégro de rompre avec les « affaires ». Peut-être que cette démission aurait même été une demande de Bruxelles.







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