Star Wars II: le bouclier anti-missiles européen en débats

Par admin | 23 février 2007

Pour citer cet article : admin, “Star Wars II: le bouclier anti-missiles européen en débats”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 23 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/115, consulté le 08 décembre 2022
star_wars_darth_vader"Nous souhaitons avoir des radars et des sites de missiles en Europe pour étendre cette couverture à nos forces à l'étranger et à nos alliés, face à des menaces comme celle de l'Iran." Voilà comment le général Henry A. Obering, patron de la défense antimissile américaine (MDA), justifie l'implantation du bouclier anti-missiles américain en Europe. Pourtant, le principe d'un bouclier n'est pas du goût des Russes...
 
 
 
 
Le projet de "guerre des étoiles" n'est pas neuf. Dans les années 80, il avait permis de relancer une course aux armements qui avait épuisé définitivement l'URSS bien que le projet soit alors techniquement irréalisable. Il avait donc été abandonné dans les années 90.
 

 

 

Quel en est le principe?

 

 

 
Une série de radars permet de détecter le lancement d'un missile et de suivre sa trajectoire. Ces radars sont à la fois terrestres et maritimes. Par la suite, une fois la trajectoire calculée, des batteries anti-missiles avancées détruisent le missile. 
 

 

 

Au départ, ces batteries étaient prévues en territoire américain, en Alaska et en Californie. La nouveauté, exprimée depuis 2001, c'est la volonté d'installer des bases avancées en Europe, en Pologne ou en République Tchèque.

 

 

 

Avec qui? 

 

 

 
A l'issue d'une rencontre avec son homologue polonais à Varsovie le 19 février 2007, le premier ministre tchèque Mirek Topolanek a déclaré : "Nous avons convenu que nos deux pays répondraient probablement par l'affirmative à la lettre adressée par les Etats-Unis et nous n'ouvrirons les négociations qu'à partir de ce moment-là. Je considère qu'il est dans notre intérêt commun de négocier cette initiative et de construire ce bouclier anti-missile". (sce: Euractiv)
 
Dès le début, les deux pays se sont montrés intéressés de recevoir ces installations. Les plans actuels parlent de 10 batteries anti-missiles pour la Pologne et d'un système de radars ultra-perfectionnés pour la République tchèque.
 

 

 
Pourtant leurs opinions publiques semblent assez réticentes au sujet de ces bases américaines. Contrôlant tout juste 100 des 200 sièges du Parlement, le gouvernement tchèque aura du mal à pérenniser son engagement; en Pologne, l'opposition est tout aussi vive.
 

 

 
En Pologne, le Premier ministre a rencontré les partis d'opposition le 13 février. La plupart ont accordé leur soutien à un projet qui leur semble relever de la sécurité de la Pologne: avec ces batteries anti-missiles, la Pologne deviendrait un allié encore plus proche des Etats-Unis, même si une attaque de l'Iran contre la Pologne parait peu probable.
 
"L'Alliance de la gauche démocratique" a demandé, de son côté, une meilleure information du public ainsi que le développement des contacts avec les membres de l'OTAN et de l'UE sur cette question. Par ailleurs, elle voudrait qu'une évaluation des risques d'un gel des relations déjà tendues entre Varsovie et Moscou soit menée.
 

 

 
En République Tchèque, le sénateur Carl Levin, Président de la Commission pour les Forces Armées, n'hésite pas à rendre public ses doutes sur l'efficacité d'un système qui risque, au final, d'être couteux. Le général Henry A. Obering rejette cette assomption en expliquant que le système anti-missile s'est grandement amélioré ces dernières années: "nos tests d'interception en vol se sont très bien déroulés : nous en sommes à 14-15 réussis depuis dix-huit mois." confie-t'il au journal Le Monde .
 

 

 

Contre qui?

 

 

 
C'est la question centrale. Les autorités américaines assurent que ce bouclier est dirigé vers les "Etats voyoux" dont les capacités balistiques se seraient beaucoup améliorées ces dernières années: la Corée du Nord mais aussi l'Iran. En effet, les missiles iraniens pourraient menacer les Etats-Unis en tentant de passer par le Pôle. Dans ce cas, une interception depuis l'Europe serait une solution idéale.
 

 

 
Pourtant, d'autres que les Iraniens se sentent particulièrement visés: les Russes. Gardant une vision très marquée par la Guerre Froide, ceux-ci estiment que ce bouclier anti-missiles remet en cause "l'équilibre de la terreur", c'est-à-dire la capacité de chacun de détruire l'autre.
 

 

 
Vladimir Poutine s'en est inquiété à de nombreuses reprises depuis plusieurs mois: "Nous constatons un mépris dangereux pour le droit international, une volonté ambitieuse de faire appel à la force militaire au nom de ses propres intérêts. Et ce, à un moment où la stabilité dans le monde est réellement menacée par le terrorisme, l'extrémisme et la prolifération des armes de destruction massive" (sce:Ria Novosti). Le nouveau bouclier est perçu depuis Moscou comme une volonté de s'assurer la primauté nucléaire. Cette menace parait suffisante pour que la Russie déclare réfléchir à quitter le traité de 1987 sur les Forces Nucléaires Intermédiaires (500>5500 kilomètres) comme le lui permet celui-ci en cas de menace sur ses intérêts vitaux.

 

Par ailleurs, des divergences européennes sont nées au sein de l'UE sur le dossier: le ministre allemand des Affaires étrangères a reproché aux Américains de ne pas avoir assez informé sur leur projet dans une interview au quotidien Handelsblatt: "Sur un projet stratégique aussi sensible, déclare-t-il, il faut être prudent et engager un dialogue de fond avec tous les partenaires directs et indirects concernés."

 

Les Américains tentent, depuis, de rassurer Moscou mais aussi Pékin. C'est que le général Henry A. Obering a déclaré au journal Le Monde: "J'ai été à Moscou informer les Russes. Je leur ai dit que ces radars ne seront même pas capables de suivre leurs missiles intercontinentaux ICBM ; ils ne pourraient repérer qu'environ 15 % de leurs missiles. Je ne peux pas être plus clair : même en utilisant tous nos intercepteurs, nous ne serons pas en position d'intercepter les milliers de têtes nucléaires dont disposent les Russes."

 

On voit bien que les intérêts ici sont multiples: officiellement, les Américains veulent se prémunir d'une attaque iranienne sans inquiéter les Russes, officieusement, si un projet viable leur permettrait d'assurer une certaine suprématie nucléaire contraire à la doctrine de la Guerre Froide. C'est ce qui préoccupe Moscou. 

Du côté de Prague ou de Varsovie, c'est avant tout la sécurité nationale qui est visée à travers l'accueil du "parapluie anti-missiles" mais aussi avec l'engagement ferme des Américains dans la défense de leurs bases.