La Slovénie s'est choisie un nouveau président, Danilo Türk

Par Emilie Proust | 11 novembre 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “La Slovénie s'est choisie un nouveau président, Danilo Türk”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 11 novembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/314, consulté le 14 août 2022

La Slovénie a écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire en élisant son troisième président de la République, le social-démocrate Danilo Türk, qui succède à Milan Kučan et Janez Drnovšek.

Les résultats

Le scrutin du second tour des élections présidentielles slovènes opposait aujourd’hui Lojze Peterle, le chrétien démocrate, et Danilo Türk, représentant la gauche. Ce dernier s’est imposé largement, à 68,65% des voix, son adversaire ne recueillant que 31,35% des suffrages. La victoire est d’autant plus écrasante que lors du premier tour, Peterle était arrivé en tête avec près de 30% des voix. C’est donc dans un rassemblement très vaste, bien au-delà des soutiens habituels du centre gauche, que Türk a trouvé ses voix.

Un appel au changement

La figure de Lozje Peterle était familière aux Slovènes, puisqu'il a été le premier à accéder au poste de Premier ministre après l’indépendance du pays.

Cependant, Danilo Türk était le candidat le plus porteur d’espoirs pour une population lasse du critiqué Janez Drnovšek. Peu après avoir pris connaissance des résultats, le nouveau président slovène a déclaré que les rendez-vous électoraux devaient être « les fêtes de la démocratie ». Selon Lojze Peterle, la défaite des chrétiens démocrates trouve ses sources dans un contexte socio-économique considéré comme mitigé, qui a entaché l'image du pouvoir en place et du camp chrétien démocrate dans son ensemble.

Danilo Türk, né en 1952 et diplômé en droit de l’Université de Ljubljana, est professeur de droit international et diplomate. Il a travaillé dans le domaine du droit des minorités, notamment en lien avec Amnesty International. La Slovénie a donc un président qui est accoutumé aux relations internationales et qui ne devrait pas avoir de difficultés à marquer la présidence slovène de l’Union européenne de son empreinte.

Les écueils de la routine démocratique

Au premier tour, une fraction d’environ 20% des électeurs avait choisi de voter pour le leader nationaliste Zmago Jelinčič, dont l'audience a doublé par rappot aux précédentes élections présidentielles.

Ce score élevé témoigne d’une tendance certaine à la contestation qui se traduit chez les citoyens slovènes, comme trop souvent dans d’autres pays, par un regard en direction de l’extrême droite. Le résultat sans appel de Danilo Türk marque, à sa manière, le profond désir de changement qui anime la société slovène.

En lisant les commentaires des lecteurs du journal slovène en ligne Delo, on observe des manifestations de joie acclamant la fin de cette « dictature ». Toutes proportions gardées – la Slovénie actuelle n’a rien d’une dictature –, de tels messages reflètent une indéniable déception face au pouvoir en place jusqu’à ce jour.

Le pouvoir du président slovène est assez limité, mais, comme l’a démontré la diminution croissante de la crédibilité de Janez Drnovšek, c’est dans la gestion habile et modérée de ces compétences limitées que peut se gagner, ou se perdre, la confiance de l'opinion dans les institutions qui donnent corps à un Etat.

Le poids qui pèse sur les épaules du nouveau président slovène est donc assez lourd : il devra restaurer l’image de l’institution présidentielle et marquer un changement de mentalité, tout en sachant rester à sa place.

 

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Crédits photo : World Economic Forum [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons