Sainte Tatiana : la protectrice accidentelle des débauches estudiantines

Par Liza Belozerova | 26 janvier 2007

Pour citer cet article : Liza Belozerova, “Sainte Tatiana : la protectrice accidentelle des débauches estudiantines”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 26 janvier 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/99, consulté le 18 janvier 2017
tatianaLe 25 janvier est une date officielle : les étudiants russes ont le droit légal de faire la fête et de profiter pleinement du libertinage estudiantin.

Des discothèques, des concerts, des feux d’artifice : on sort dans les rues, on se défoule, on embrasse toutes les Tatianas,  on fête sans aucune limite et avec tout son cœur la fin des examens d’hiver et le jour des étudiants. Soit pour célébrer les années estudiantines soit pour s’en souvenir, cette date rassemble tous les étudiants du pays, anciens et actuels, et le professorat dans un seul élan de joie et de débauche. La tradition fortement ancrée dans la mentalité russe, étouffée pendant l’époque soviétique, est en train de s’épanouir de nouveau depuis 1992.

Si l’on demande aux participants de ces célébrations à l’envergure époustouflante pourquoi la fête de l’étudiant tombe sur le jour de Tatiana, peu pourraient donner la réponse. Il faut replonger dans l’année 1755 lors du règne de l’impératrice Elisabeth Petrovna pour retrouver les origines de la fête nationale des étudiants. Le 12 janvier (le 25 selon le calendrier moderne) 1755 l’impératrice a signé l’oukase pour la fondation de l’université nationale de Moscou ; le projet qui lui était proposé auparavant par deux grands hommes de la culture russe Michail Lomonossov et le prince Chouvalov. On dit que le prince voulait donner l’université comme cadeau à sa mère, nommée Tatiana, pour sa fête et avait alors demandé à l’impératrice de signer l’oukase ce jour particulier.

Ainsi la Sainte Tatiana, qui pendant sa vie n’eut aucun rapport avec les sciences, grâce au caprice d’un grand homme, est devenue, la protectrice des étudiants russes. Elle était une enfant issue d’une famille chrétienne, au 3e siècle, qui est tombée, victime des persécutions des chrétiens, mais soumise aux tortures, elle ne s’est pas rendue, restant fidèle à sa foi jusqu'à la fin. On dit que les étudiants en Russie devraient prendre exemple sur son fort caractère.

Ce n’est qu’en 1791 qu’on a commencé à fêter le jour des étudiants, sous le règne de Nicolas I, qui a signé l’oukase faisant du 25 janvier la fête officielle de la fondation de l’université, des étudiants et aussi de leur protectrice, Sainte Tatiana. Avant la Révolution, les célébrations  étaient découpées en plusieurs étapes. Le matin les étudiants se rassemblaient pour la messe dans l’église universitaire de Sainte Tatiana, suivie d’une cérémonie solennelle à l’université lors de laquelle les meilleurs étudiants étaient décorés des prix académiques de Lomonossov et des prix Chouvalovski. Finalement, le soir les étudiants et les professeurs se dispersaient dans les tavernes de Moscou pour toutes sortes des débauches. C’était le seul jour où l’on ignorait la hiérarchie académique et où la zhandarmérie (la police tsariste) était responsable d’accompagner les étudiants ivres de l’alcool de ces folies jusqu'à chez eux, au lieu de les raccompagner au poste comme il était de coutume.

Pendant l’époque soviétique, bien évidemment, la fête était interdite à cause de ses implications religieuses ; l’église de St. Tatiana était transformée en théâtre qui a vu naître plusieurs acteurs célèbres de la scène moscovite. La tradition a finalement repris en 1992 avec beaucoup de zèle. Même si très peu se souviennent de Sainte Tatiana, on a quand même ressuscité le déroulement de la fête tel qu'il était avant la Révolution. L’épicentre de la fête est resté à Moscou, mais aujourd’hui toute la communauté russophone félicite les Tatianas et ne manque pas l’occasion de célébrer les belles années de l’apprentissage et les folies de la jeunesse.

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