Nouvelle-Europe in English

Réforme des retraites en République tchèque : les mythes, la réalité et l'avenir

Rédaction Paris Par Martin Janicko — Lundi 18 avril 2011 | Tags : République tchèque
Réforme des retraites en République tchèque : les mythes, la réalité et l'avenir

Le débat sur les retraites a fait rage récemment en République tchèque. Il est d´abord lié aux tentatives du gouvernement de présenter une réforme complexe des retraites pour la première fois. Le problème réside dans le caractère tronqué des arguments. Le fond du débat réside non seulement dans la situation des finances publiques tchèques, y compris leur structure, mais aussi dans l´évolution démographique du pays.

 

Raison et déraison : la réforme des retraites

Des arguments sérieux se mêlent aux émotions et aux arguments insensés. La coalition de droite, qui gouverne le pays, n’a pas l’air de vouloir discuter le sujet. Elle veut tout simplement privatiser le système actuel – celui de la retraite par répartition – et favoriser des fonds privés sans plus d’explication. Il s’agit aussi de préparer la hausse des impôts indirects, qui peuvent aider à combler les déficits. Les arguments officiels que le gouvernement utilise pour défendre sa réforme sont les suivants :

1) Démographie et vieillissement de la population tchèque ;

2) Situation budgétaire du pays ;

3) Nécessité « pour la population » de diversifier son portefeuille d’investissements pour mieux résister à des chocs économiques divers ;

4) Diminution du paternalisme d´État.

Pour comprendre cette réforme il faut d’abord distinguer le système de retraites public (retraites par répartition) et le système de retraite pas capitalisation où au moins un pilier est « privé » et financé « obligatoirement » par des contributeurs (appellons-le « retraite par capitalisation partielle») :

 

    Retraite par répartition

      Retraite par capitalisation partielle

  • pilier "sécurité sociale"
  • pilier "sécurité sociale"
  • pilier(s) privé(s)
  • solidarité intergénérationnelle
  • solidarité intergénérationnelle
  • individualisme
  • productivité économique
  • rendement des actifs
  • contributions obligatoires
  • contributions obligatoires
  • rôle primordial de l'État
  • rôle partiel de l'État

a)      Le système de retraite par répartition repose sur une solidarité entre générations. Les cotisations, versées par la population dite « active » au titre de l´assurance vieillesse, sont utilisées pour payer les pensions des retraités actuels. De même, ces cotisations sont collectées et distribuées par l´État.

b)      Dans le régime de retraite par capitalisation partielle la population active épargne pour sa propre retraite. Le rôle d´État est limité ; ce n’est pas lui le « collecteur », mais les fonds privés. Dans ce système, les retraites dépendent crucialement des rendements des actifs où les fonds privés font leurs investissements.

En principe, la seule raison pour lancer une réforme des retraites devrait être de les assurer (Barr, Diamond, 2008). Le système de retraites ne doit pas servir d’autres objectifs. Car nous disposons normalement d´autres instruments de politique économique, qui peuvent être utilisés pour des buts divers. En même temps il faut bien insister sur le fait que les pensions sont influencées par de nombreux facteurs, comme par exemple la capacité fiscale, la capacité institutionnelle, la sensibilité politique, volatilité de la consommation, type de redistribution présent dans la société, etc. (Barr, Diamond, 2008)

En ce qui concerne les systèmes partiellement privés, privés ou publics, on peut distinguer les régimes à cotisations définies (defined contribution) et les régimes à prestations définies (defined benefits). Dans un régime à cotisations définies, il n´y a aucune certitude quant à la retraite finale. Le niveau de retraite est donc déterminé par le choix de placement, ainsi que par le montant des cotisations.

Par contre, dans un régime à prestations définies, la retraite est prédéfinie par les revenus et peut donc être liée à la carrière professionelle. Apparemment, ce régime peut s´avérer instable, voire spéculatif, selon le fameux schéma « Ponzi ». Ceci repose, en effet, sur une entrée exponentielle des nouveaux « cotisants » pour pouvoir rémunérer les « précédents ». Il s´agit donc d´une pyramide financière, dans ce cas « permise » par les gains de productivité et l´état des finances publiques. Cependant, si les paramètres ne changent pas, il y existe, bien évidemment, un budget intertemporel nettement délimité.

Contexte : l'État providence sur la défensive 

L´État providence était en jeu ces derniers temps. Son existence en Europe, sans doute liée à l´existence du régime socialiste « juste à côté », est maintenant questionnée. En outre, la crise économique, qui a aggravé les positions budgétaires, a renforcé les propositions de réforme. De ce fait, le rôle et l´amplitude de l´État providence seront redéfinis.

Les pensions sont logiquement concernées. À présent, il y a plusieurs pays en Europe qui ont introduit une réforme de retraite d´une manière ou de l´autre. Parmi eux, la Pologne et la Hongrie. Depuis 1999, les Polonais sont obligés de hausser la part de leurs épargnes de retraite à un montant de 7,3 % (aussi) dans le pilier « privé », pendant que les Hongrois ont quitté le système : ils ont commencé leur réforme par 8 %, mais étant donné leur difficultés budgétaires, le gouvernement a nationalisé presque tout le système en 2010. Apparemment, la raison principale pour la Hongrie d´étatiser ce qui a été précédemment privatisé réside dans des déséquilibres entre les prestations de la génération des retraités actuelle et les cotisations de la population active actuelle.

On peut sûrement énumérer les autres pays d´Europe centrale et orientale, comme la Lettonie, la Lithuanie, la Slovaquie ou la Slovénie, qui ont lancé leurs réformes des retraites parametriques au début du nouveau millénaire. Toutefois, il semble être trop tôt pour les évaluer de manière détaillée et suffisamment approfondie. Cela tient également pour la Suède, l´Allemagne ou le Royaume-Uni. Il faut noter qu´un certain nombre d´économistes préviennent que beaucoup d´États membres auront des problèmes avec la soutenabilité de leur finances publiques dont la République tchèque, si on ne travaille pas suffisamment pour fortifier cette soutenabilité (voir par exemple Regling, Castello, 2003).

Cependant, comme en témoigne par exemple Guardiancich, le succès d´une réforme des retraites dépend également de la qualité des institutions, qui est, selon lui, plus faible dans l´Europe de l´Est que dans l´Europe de l´Ouest. En outre, il montre que les pays de l´Est ont des problèmes avec le « patronage », c´est-à-dire avec une ingérence étatique « excessive ». C´est aussi pour cela qu´il faudrait réformer le système des retraites – une orientation vers plus de responsabilité individuelle devrait être au centre du débat. Pourtant, il faut noter que l´approche « individuelle » s´est déjà bien répandue en République tchèque depuis le début de son existence et que l´État providence régresse y de manière générale.

Les arguments de la privatisation du système des retraites : leurs limites

La raison citée le plus souvent en République tchèque est probablement celle du vieillissement de la population. D´un côté, cet argument est valable en République tchèque : la natalité continue de baisser. De l´autre côté, la proportion des gens dits « actifs » ne baissera pas considérablement d´ici au moins 30 ans, car l´immigration est toujours forte (+15 600 personnes en 2010) et ne va pas faiblir dans un avenir proche. De plus, étant donné ce sont maintenant les « millésimes 1970 et 1980 » qui donnent les plus d´enfants, on peut même s´attendre à plus d´enfants qu´avant. L’argument consiste à penser que la population « active » va diminuer, et qu’on ne pourra donc pas générer suffisamment de moyens pour financer les retraités.

 

            Population en République tchèque en 2010 (en millions de personnes)

reforme1.png

Source : FAO, 2009

 

Cet argument est problématique : on peut se demander pourquoi tout le monde pense que l´économie tchèque ne croîtra pas suffisamment vite pour financer les retraites dans l´avenir. Pourquoi pense-t-on sincèrement que les bénéfices des fonds privés croîtraient plus vite que la productivité totale dans l´économie tchèque ? Ceux-ci ont tendance à penser que le rendement des actifs est en quelque sorte séparé de l’économie réelle, ce qui est vrai normalement pour le court terme. Mais à long terme, une partie de n´importe quelle économie ne peut pas croître plus vite que l´économie dans son ensemble. Cette quasi-tautologie a été bien illustrée par la crise économique récente. De même, si les retraites sont cumulées et ensuite investies, elles deviennent procycliques (supposant qu´une part des retraites investies à l´étranger sans crise économique ou récession parallèles serait tojours beaucoup moins importante).

Ce type d'argument est bien évidemment liée à la situation budgétaire structurelle, en affirmant que le financement de la part du gouvernement ne sera plus possible. A l´heure actuelle, la position budgétaire de l´État est celle-ci (2010): déficit budgétaire de 5,8 % du PIB, déficit primaire de 3,9 % du PIB, déficit de la sécurité sociale de 0,2 % et dette publique de 38,6 %. Apparemment, la solution ici repose dans une « simple » augmentation des cotisations sociales, notamment chez les « classes » riches. Ainsi, par se retourner vers la progressivité de l´impôt sur le revenu et/ou du quasi-impôt sur le revenu. Comme le notent par exemple Brys et Männistö (2010) « Tous les pays de l’OCDE appliquent des tranches d’imposition, même si l’Islande, la République tchèque et la République slovaque n’en ont qu’une seule. »

 

Taux légal maximum et taux d´imposition global sur les salaires, 2009

reform2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : OCDE, 2009

 

Réforme des retraites en République tchèque : les mythes, la réalité et l'avenir

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Partenaires médias

Carrefour de l'Europe - RFI Arte

Partenaires universitaires

Université Sorbonne Nouvelle Paris-IIIESSEC IRENE - Institut de recherche et d'enseignement sur la négociationSciences Po