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Réduire les inégalités hommes-femmes: choix de politiques publiques en Europe

Rédaction Bruxelles Par Aurélie Champag... — Mercredi 25 avril 2012 | Tags : familles, Europe sociale
Réduire les inégalités hommes-femmes: choix de politiques publiques en Europe

Lors de notre série sur les inégalités hommes-femmes publiée à l’occasion du 8 mars dernier, nous avons étudié comment celles-ci se construisent dans la sphère familiale et professionnelle. Il reste maintenant à trouver les leviers qui permettraient de réduire cet état de fait. A la lumière des pratiques de différents pays européens, trois principaux champs d'action se dégagent : l'égalité professionnelle, les modes de garde de la petite enfance et la prise en charge des personnes âgées et dépendantes.

Il ne s'agit donc pas tant d'expliquer les différences objectives de situation dans les différents pays européens par des attributs culturels que de chercher à comprendre ce qui structure l'articulation du temps de travail et du temps consacré à la famille. Il n'est bien sûr pas question de discuter de l'opportunité d'une transposition (pour autant qu'elle fût possible) de tel ou tel modèle national dans un autre pays, mais de connaître les choix de politique publique qui aboutissent à des différences objectives de situation.

Enfin, il faut noter que les pratiques sociales, quels que soient les choix de politique empruntés, ne sont heureusement pas homogènes : il existe de nombreuses contradictions et contre-exemples au sein de chaque pays, et il arrive bien souvent qu'une décision particulière ait un effet inverse à celui escompté.

Emploi des femmes et inégalités professionnelles

L'inégalité entre hommes et femmes dans la sphère domestique résulte d'une forte imbrication de cette sphère avec celle du monde professionnel. Il n'est donc pas étonnant de constater que cette inégalité se réduise dès lors qu'on constate une égalité salariale. Cette réduction est toutefois très limitée : « Dans les couples où la femme gagne moins que son conjoint, le salaire des femmes représente en moyenne 63% de celui de leur conjoint, et les hommes assurent en moyenne 31% des tâches domestiques. Dans les couples où la femme gagne au moins autant que son conjoint, le salaire des femmes représente en moyenne 128% de celui de leur conjoint, et les hommes assurent en moyenne 37% des tâches domestiques », selon une étude pour l'INSEE datée de 2006.

Il faut donc prendre en compte un autre élément : l'inégalité dans les tâches ménagères se réduit également lorsque hommes et femmes travaillent un nombre d'heures similaire. C'est notamment le cas en Suède, où 66% des couples travaillent à plein temps, ce qui entraîne une répartition plus équitable des tâches ménagères (les hommes effectuant 42% des tâches domestiques). Il en résulte que le développement du temps partiel, tel qu'il a notamment été beaucoup encouragé aux Pays-Bas, n'est pas un choix de politique publique neutre. Les Néerlandais ont un très fort taux d'emploi des femmes, celui-ci dépassant déjà les objectifs fixés par la Commission européenne (75% à l'horizon 2020). Ce taux d'emploi est largement alimenté par une politique publique très favorable au développement du temps partiel, puisque les trois quarts des femmes employées, et un quart des hommes, travaillent à temps partiel.

Le choix du temps partiel, s'il peut refléter un goût personnel, n'est pas sans incidence sur l'évolution professionnelle des femmes, sur l'égalité salariale et l'accumulation des droits de retraite. Et, en maintenant la femme à la maison, il entretient un modèle masculin de chef de famille, où l'homme n'a que peu de temps à consacrer à ses enfants, et encore moins aux travaux ménagers. C'était d'ailleurs l'objet d'une campagne de sensibilisation menée en 2002-2004 aux Pays-Bas, autour du slogan « Qui fait quoi ? » et dont l'objet principal était de faire comprendre que si les hommes participaient davantage aux tâches domestiques, alors les femmes seraient en mesure de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Cette campagne de sensibilisation, financée par le programme EQUAL de la Commission européenne, n'a pas été la seule mesure mise en place par le ministère néerlandais des affaires sociales, puisqu'une task force a été créée afin de trouver des moyens de remettre les femmes au travail, notamment via un rallongement des temps partiels.

Garde d'enfants

Les choix de politique publique en termes de garde d'enfant ont une influence sur le maintien dans l'emploi des femmes, un maintien dont on a vu qu'il était déterminant pour l'égalité domestique. Il faut rappeler que le taux d'emploi des femmes (UE25) diminue de 12,4 points lorsque celles-ci ont des enfants de moins de 12 ans à charge, alors que celui des hommes dans la même situation augmente de 7,3 points. C'est parce que l'existence d'une offre de service de garde d'enfants est déterminante afin de parvenir à l'égalité hommes / femmes en Europe qu'ont été fixés des objectifs en 2002 au cours du Conseil européen de Barcelone. Il s'agissait de mettre en place d'ici à 2010 des structures d'accueil pour au moins 33 % des enfants de moins de trois ans et pour au moins 90% des enfants âgés de trois à l'âge de la scolarité obligatoire.

Seuls quatre pays (Suède, Belgique, Espagne, Danemark) ont réussi à atteindre les deux objectifs, cinq autres ayant partiellement atteint le résultat attendu (France, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Irlande). Le reste des pays de l'Union s'approche du taux de couverture requis (Royaume-Uni, Luxembourg, Portugal, Chypre, Slovénie). Le reste des États demeure encore à un stade intermédiaire, ou sont franchement en retard (le taux d'accueil des enfants de moins de 3 ans en Pologne s'élevait à 2% en 2009). La particularité des structures d'accueil destinées aux enfants de trois à l'âge de scolarisation obligatoire est qu'elles fonctionnent bien souvent à temps partiel, comme au Royaume-Uni. Si l'on considère le taux de couverture à temps plein, alors plus de la moitié des États membres tombe en dessous de la barre des 50%. C'est ainsi qu'il est possible d'expliquer le taux très faible d'emploi (28,6% en 2009) des mères allemandes d'enfants de moins de trois ans : la dualité entre travail et vie de famille se fait particulièrement tranchée, et le manque de place dissuade les Allemandes d'avoir un second enfant, et même dans certains cas un premier.

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