Quelles suites du partenariat oriental vu de Varsovie ?

Par Sarah Struk | 29 août 2010

Pour citer cet article : Sarah Struk, “Quelles suites du partenariat oriental vu de Varsovie ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 29 août 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/919, consulté le 14 août 2022

Issu d'une initiative polono - suédoise en 2008, puis lancé le 7 mai 2009 à Prague par la Commission européenne, le Partenariat Oriental correspond à la volonté polonaise depuis 1998 de renforcer les liens entre l'Union européenne et l'Europe orientale. Même si le Partenariat Oriental reste silencieux sur la vocation de l'Ukraine à intégrer l'UE prochainement, la Pologne entend défendre la future candidature ukrainienne, au même titre que la Slovénie intervient en faveur de l'adhésion croate, que la Hongrie soutient l'adhésion serbe ou que l'Allemagne défendait l'adhésion polonaise avant 2004.

L'UE et son voisinage : conception polonaise actuelle

Dans son discours de politique étrangère devant la diète polonaise en avril 2010, le Ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a insisté sur la nécessité d'aborder différemment les « voisins de l'Europe » du pourtour méditerranéen d'une part, et les « voisins européens » d'Europe orientale d'autre part. En se prononçant pour « Plus, et non pas moins d'Europe », Sikorski a défendu le soutien polonais aux efforts pro- européens de la Turquie et de l'Ukraine. Le premier pays est candidat officiel à l'Union européenne depuis 1999, le second a exprimé son désir d'intégrer l'UE, notamment par la voix de son président, Viktor Iouchtchenko devant le Parlement européen en février 2005 puis par l'actuel président Ianoukovitch. Cherchant à clarifier la formule « Plus, et non pas moins d'Europe», le Ministre polonais des Affaires étrangères  s'est prononcé en faveur d'un renforcement des valeurs de « communauté et de solidarité » de l'Union Européenne. Il a refusé toute « logique de renationalisation », s'opposant ainsi à l'idée selon laquelle l'élargissement de l'UE se ferait au détriment de son approfondissement.

Acteurs de la politique orientale au Parlement européen

Mise à part l'initiative sur le Partenariat Oriental, la Pologne entend défendre sa place d'interlocuteur privilégié vis-à-vis des pays d'Europe orientale à travers d'autres réseaux, par exemple au sein du Parlement européen. Entre 2004 et 2007, le représentant de la Délégation du Parlement européen à la commission de coopération parlementaire UE - Ukraine est un polonais, Marek Siwiec, tandis que Bogdan Klich est le délégué général de la Délégation du Parlement européen pour les relations avec la Biélorussie. Aujourd'hui, ces délégations sont présidées respectivement par les Polonais Pawel Kowal et Jacek Protasiewicz. Leurs activités sont inégales, malgré la volonté de renforcer les relations entre l'UE et chacun de ces pays.

Depuis l'arrivée des députés polonais en septembre 2004, une délégation distincte pour l'Ukraine d'une part et pour la Biélorussie d'autre part remplaça la délégation pour les relations avec l'Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie. Cette création a permis à chacune des délégations de se concentrer sur un pays, multipliant par la même occasion les rapports relatifs à l'Ukraine. Ainsi, entre 2004 et 2007, 5 rapports furent publiés sur l'Ukraine par la délégation, par rapport à la publication d'un rapport sur ce pays entre 2000 et 2004 ; soit un rapport de plus que pour la Moldavie (trois rapports publiés sur trois ans entre 2005 et 2007). Sur trois ans, la délégation pour le Caucase du Sud a publié quant à elle 2 rapports ; la délégation pour les pays de l'Ex-Yougoslavie en a publié 5 pour l'ensemble de la région des Balkans occidentaux entre 2004 et 2006.  

À l'inverse, et compte tenu de la situation politique biélorusse, la délégation du Parlement européen pour la Biélorussie est restée relativement impuissante malgré la demande de soutien, en 2004, de certains députés (dont Marek Siwiec) auprès du Conseil de l'Union européenne, pour leur permettre de se rendre en Biélorussie pendant la tenue des élections. Aucun rapport n'a été publié après 2004. La délégation n'entretient que des rapports avec l'opposition et les ONG biélorusses. En 2010, une proposition de résolution de Marek Siwiec a dénoncé les arrestations des membres de l'ONG L'Union des Polonais du Bélarus et des représentants de la minorité polonaise.

La délégation pour les relations avec l'Ukraine s'est prononcée sur le thème de l'élargissement, du renforcement de la PEV et de la coopération en matière énergétique. En ce sens, on peut dire que la délégation, sous la direction d'eurodéputés polonais, a exprimé certaines des principales revendications des gouvernements polonais. En octobre 2005, la délégation demandait une « réponse claire » de l'UE en faveur de la voie européenne annoncée par les autorités ukrainiennes. En avril 2007, la délégation publia une recommandation dans laquelle elle se prononçait, entre autres, en faveur de l'intégration de l'Ukraine dans le projet de gazoduc Nabucco et au renforcement des relations avec l'Ukraine dans le cadre de la PEV, en réponse à la mise en application de certaines réformes recommandées par le Plan d'Action UE-Ukraine.

L'Ukraine, un « État européen » 

Par ailleurs, des fondations et d'anciens élus en Pologne entendent militer en faveur de l'intégration européenne de l'Ukraine. La vocation européenne de ce « pays européen » a été reconnue pour la première fois le 9 septembre 2008 sous la Présidence française de l'Union, lors du Forum UE- Ukraine. En attendant de nouveaux signes de rapprochement, l'heure est au débat initié par la Fondation Amicus Europae, fondée par l'ancien président Aleksander Kwasniewski, ou par la Fondation Arseniy Yatseniuk ‘OpenUkraine'.

Alexander Kwasniewski a récemment défendu l'adhésion ukrainienne en avril 2009 à ‘OpenUkraine'. L'ancien président a pour ainsi dire milité pour que l'Ukraine soit reconnue officiellement comme étant un « État européen » et futur pays candidat à part entière, et pas uniquement un «pays européen». Cette distinction nouvellement opérée par les institutions européennes, comme le rappelait Michel Foucher en 2009, distingue les  simples voisins d'un « État européen» qui peut « demander à devenir membre de l'UE », selon l'Article 6 du Traité sur l'Union européenne.

Depuis le lancement du Partenariat Oriental, né d'une initiative polono - suédoise et s'adressant à six pays d'Europe centrale et du Caucase, la Pologne a compris qu'il fallait se démarquer d'un simple rôle d'avocat de la candidature ukrainienne. Sous la direction d'eurodéputés polonais depuis deux législatures, la délégation pour les relations avec l'Ukraine complète l'action des gouvernements polonais par communiquant ses recommandations. Elle oeuvre pour renforcer les domaines de coopération UE - Ukraine, notamment dans le secteur énergétique (l'Ukraine étant un des principaux pays de transit du gaz russe). L'action pour faire reconnaître l'Ukraine en tant que pays potentiellement candidat de l'UE n'est pas délaissée pour autant par la scène politique polonaise...mais reprise par d'anciens élus, des fondations polonaises et ukrainiennes. 

Pour aller plus loin 

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Ailleurs

Illustration : Desmond Norma, The same horizon, 2006, accédé 30 août 2010, à http://www.flickr.com/photos/dramaqueennorma/191063346/.