Quelle perspective européenne pour la Serbie ?

Par Sarah Struk | 9 juin 2010

Pour citer cet article : Sarah Struk, “Quelle perspective européenne pour la Serbie ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 9 juin 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/893, consulté le 24 septembre 2022

La Serbie, pays bénéficiaire de l'instrument d'aide de préadhésion (IAP) depuis 2007, a déposé sa candidature à l'Union européenne le 22 décembre 2009, mais ne dispose pas encore du statut officiel de pays candidat accordé par la Commission européenne. Les ambitions européennes du pays et l'épineuse question du Kosovo sont suivies de près par les acteurs européens et internationaux sur place.

 

Visite à l'Ambassade de France de Belgrade pour une présentation de la situation régionale, au-delà des discours officiels serbes entendus précédemment.

Les faits sont posés : la Serbie est « l'avenir » et en même temps la « veuve » de la Yougoslavie, portant le poids du régime de Milosevic. Le constat est sévère : depuis l'assassinat de l'ancien Premier ministre Zoran Djindjic en 2003, l'envol (européen) s'est brisé. Les années 2003-2008 peuvent être qualifiées d'années perdues, caractérisées par le manque de coopération du pays avec le T.P.I.Y.  À l'Ambassade de France comme à la Délégation de la Commission européenne de Belgrade, la troisième plus grande délégation dans le monde  après celle de Pékin et d'Ankara, on s'accorde à dire que les dernières années ont été plus positives. L'année 2008 a marqué « la reprise de la marche démocratique et européenne de la Serbie », selon l'Ambassadeur français M. Jean-François Terral. L'année 2009 a été finalement riche de trois évènements : 7 décembre, le dégel de l'Accord intérimaire sur le commerce et les mesures d'accompagnement signé le 29 avril 2008 avec l'Union Européenne ; 19 décembre, la libéralisation des visas pour des séjours de moins de trois mois ; 22 décembre, la candidature serbe à l'UE. Les autorités serbes se montrent déterminées. « Nous espérons rejoindre l'UE avant 2020 », explique Srdjan Majstorovic, Directeur adjoint du SEIO, le bureau intergouvernemental de l'intégration à l'Union européenne, et de poursuivre : « Rejoindre l'UE non pas comme un pays de seconde classe, mais en tant que pays contributeur à l'Union européenne ». Pour le Ministre de l'Intégration européenne, Bozidar Delic, l'objectif est de « lutter contre les stéréotypes de nos partenaires européens sur les Balkans » et de commencer les négociations avec l'UE d'ici à 2012, avant les prochaines élections.

La situation politique actuelle et les relations avec l'Union européenne dominent également la réunion du QUINT tous les lundis après-midi, laquelle rassemble autour d'une même table les ambassadeurs des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de l'Italie et de la France. Du côté des 27 États membres de l'Union européenne, les relations sont toutes sauf faciles, du fait de l'opposition actuelle des Pays-Bas à la signature de l'Accord de Stabilisation et d'Association entre l'Union européenne et la Serbie (sans mentionner le manque d'enthousiasme de la République fédérale d'Allemagne par rapport à l'élargissement, selon l'Ambassadeur). Les Pays-Bas s'oppose à la ratification de l'Accord de Stabilisation et d'Association, un blocage dont les raisons sont reconnues, tant dans les cercles officiels serbes que français, comme étant étroitement liées aux insuffisances du bataillon néerlandais à Srebrenica pendant la guerre en Bosnie.

La question centrale subsiste, celle du Kosovo, cet « os dans le potage » sur lequel achoppent les relations de la Serbie avec l'UE et les perspectives d'adhésion, pour reprendre l'un des interlocuteurs sur place. Les 27 ne veulent pas en effet d'un  « nouveau Chypre ». L'indépendance de cette province de Serbie a été reconnue par 22 États membres. Cinq autres l'ont refusée : l'Espagne, la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et Chypre. La précipitation de la déclaration d'indépendance en février 2008, malgré le délai demandé par l'Espagne pendant ses propres élections nationales, serait à l'origine de l'actuelle scission entre les membres de l'UE.

Les 27 ne devront pas privilégier l'attachement des Serbes à la voie européenne aux dépens de leur attachement au Kosovo ; c'est ce qui ressort au vu des trois ambitieuses priorités de la politique étrangère du gouvernement serbe, présentées lors de la visite au Ministère des Affaires étrangères (le 27 avril) : la première sur l'adhésion à l'Union européenne ; la seconde sur la bataille pour l'intégrité territoriale et le règlement de la question du Kosovo par des moyens légaux et diplomatiques ; la troisième sur la coopération régionale. Ces priorités, l'Ambassadeur, M. Batakovic les a déjà  présentées (lors d'une conférence le 5 novembre à l'IEP de Paris), affirmant que la Serbie défend clairement une politique pacifique et se montre favorable à la stabilité du Kosovo et à son intégration dans l'Union européenne « en tant qu'État temporairement sous supervision internationale, rattaché à la Serbie ». Le dialogue s'annonce difficile, car le gouvernement kosovar se refuse de négocier sur le statut et la partition du Kosovo, comme nous le confie M. Qerim Qerimi, conseiller politique du Ministère des Affaires étrangères du Kosovo, à Pristina.

Quelles sont alors les perspectives pour la reprise de négociations sur la situation du Kosovo ?

La demande d'avis consultatif déposé par la Serbie devant la Cour internationale de Justice (CIJ), qui sera rendu entre les mois de juin et novembre 2011, constituera un levier certain pour de nouvelles négociations, d'après le Directeur politique du Ministère des Affaires étrangères, M. Borislav Stefanovic. Juriste de formation, M. Stefanovic se dit conscient du fait que cet avis sera en demi-teintes et que la Cour ne pourra pas trancher de façon claire. Pour le Ministre de l'Intégration européenne, Bozidar Delic, il ne s'agira pas, après la communication de l'avis consultatif, de « couper la région par la voie ethnique, mais de trouver un accord politico-juridique ». Des négociations cruciales certainement, puisque la Serbie ne rejoindra pas l'Union européenne sans avoir résolu le ‘problème du Kosovo'. Quelles voies de sortie sont envisageables ? Réponse de l'Ambassadeur français : un accord de normalisation sans reconnaissance du Kosovo, comme l'Accord interallemand du 21 décembre 1972, a été proposé par le diplomate allemand Wolfgang Ischinger. Une situation délicate donc, car une reconnaissance de l'indépendance du Kosovo ne ferait qu'alimenter les arguments des nationalistes en Serbie.

 

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Source photo : Balkans 2, par Flavijus, sur Flickr