Qu'est-ce que l’Association de Libre Échange Centre-européenne (ALECE) ?

Par Pascal Orcier | 13 mai 2010

Pour citer cet article : Pascal Orcier, “Qu'est-ce que l’Association de Libre Échange Centre-européenne (ALECE) ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 13 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/854, consulté le 27 avril 2017

L’Association de Libre Échange Centre-européenne (ALECE), également connue sous l’acronyme anglais CEFTA a été créée en 1992, comme pendant économique du groupe de Visegrad, qui regroupait alors les États d’Europe centrale engagés dans le processus de transition politique et économique. Son objectif était de faciliter l’intégration de ses membres à l’UE. Elle est donc un « sas », un passage temporaire, marquant une phase de transition. C’est là une différence majeure avec l’AELE.

Tous ses membres fondateurs (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie) en sont sortis en adhérant à l’UE en 2004. Les membres actuels de l’association ont adhéré depuis seulement 2002 et se trouvent aujourd’hui concentrés en Europe du sud-est. On distingue d’une part le bloc formé par la région des Balkans occidentaux (formée par l’Albanie et l’ensemble des États issus de l’ex-Yougoslavie – sauf la Slovénie), et d’autre part la Moldavie.

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Ces États ont en commun d’avoir connu de profondes crises et des conflits armés au cours de la décennie 1990, qui ont fragilisé ou détruit leur économie. Il s’agit de petits États qui n’existent pour les plus anciens que depuis 1991, issus de morcellement de fédérations autoritaires. Ils ont été confrontés à des crises économiques aigues et la désorganisation de leurs marchés et de leurs échanges économiques, en raison de l’établissement de nouveaux cadres étatiques et de nouvelles frontières. Leurs frontières font encore l’objet de différends bilatéraux, qui s’ajoutent au passif des guerres anciennes et récentes. Les tensions ethniques y sont toujours présentes et les questions nationales continuent à se poser pour plusieurs d’entre eux. 

Ces États, à l’exception peut-être de la Moldavie, se sont vus reconnaître en 2003 une vocation à adhérer à l’UE. Or, tous ne sont pas au même niveau d’avancement. La Croatie, qui avait démarré ses négociations d’adhésion en 2005 est en passe de les finaliser. 28 chapitres de négociation sur 35 ont été ouverts, dont 18 définitivement refermés au 26 avril 2010. Le pays dispose du niveau de vie le plus élevé de la région (11 229 € par habitant), bien que celui-ci reste encore à 62 % de la moyenne de l’UE, mais toutefois au-dessus de la Roumanie et de la Bulgarie. Le pays table sur une entrée effective dans l’UE en 2012. La Macédoine en revanche, bien que candidat reconnu depuis 2005, attend toujours que celles-ci démarrent. Le Monténégro, l’Albanie et la Serbie, États moins avancés dans leurs réformes économiques, ont déposé leurs candidatures respectives seulement en 2008 et 2009. La Bosnie-Herzégovine tarde pour sa part à fonctionner comme un véritable État, ce qui est une condition essentielle à l’entrée en vigueur de plusieurs accords avant même d’envisager une demande d’adhésion. Le Kosovo reste pour sa part objet de discorde : il est certes reconnu par 22 États de l’UE sur 27 (81%), mais par 33 sur les 48 autres que compte le continent (68%). La Serbie dont il a fait sécession refuse de le reconnaître. La Moldavie reste pour sa part confrontée à des divisions internes entre pro-européens et pro-russes, ne parvenant pas à élire un nouveau Président de la République. Elle n’est pas parvenue à trouver une solution au conflit gelé né de la sécession de la province de Transnistrie, qui lui échappe depuis 1991.

Tableau comparatif des États appartenant à l’ALECE (source : DG Commerce de l’UE)

 

Superficie en km²

Population(millions d’hab.)

PIB/hab. en € (2008)

Statut vis-à-vis de l’UE

Serbie

Croatie

BosnieH.

Moldavie

Albanie

Macédoine

Monténégro

Kosovo

77 474

56 542

51 129

33 843

28 748

25 713

13 812

10 887

7,6

4,4

4,5

4,3

3,6

2

0,62

1

4 873

11 229

3 323

1 229

2 927

3 346

4 784

1 302

Candidat déclaré

Adhésion en 2012 ?

Candidat potentiel

Candidat potentiel

Candidat déclaré

Attente début négociations

Candidat déclaré

Reconnaissance inachevée

Les Balkans occidentaux réalisent 67% de ses échanges économiques avec l’UE. Une différence notable avec l’AELE, c’est la Russie qui arrive en seconde position dans ces échanges, essentiellement en raison des importations énergétiques, mais aussi du poids économique de la Serbie dans l’ensemble considéré. La Moldavie occupe une place à part, dans la mesure où la part de l’UE dans les échanges n’est que de 49%, contre 42,5% avec les États de la Communauté des États Indépendants (CEI). On observe toutefois que la part de l’UE tend à augmenter depuis plusieurs années. Ce pays inclus par ailleurs dans la Politique européenne de Voisinage (PEV) occupe donc une position charnière.

Ainsi, la prochaine phase d’élargissement de l’UE se fera au sein du groupe d’États appartenant actuellement à l’ALECE, selon un rythme différencié selon les États, et avec une interrogation concernant la Moldavie.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

  • L'Europe hors-UE (à venir)
  • L'Association Européenne de Libre echange (AELE) (à venir)

Sur Internet

Source carte : Pascal Orcier, pour Nouvelle Europe (avril 2010) ; Flag of CEFTA, par Madden, sur wikimedia commons

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