"Qu'apporteront la Bulgarie et la Roumanie a l'Union européenne"

Par Adrien Fauve | 24 décembre 2006

Pour citer cet article : Adrien Fauve, “"Qu'apporteront la Bulgarie et la Roumanie a l'Union européenne"”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 24 décembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/76, consulté le 17 septembre 2019

photo_045-2 Il y a exactement une semaine, Nouvelle Europe a organisé son premier Café européen ! A l’occasion de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne à compter du 1er janvier 2007, nous avions invité un membre de l’ambassade de chacun de ces deux pays, pour venir discuter de ce que leur pays apportera à l’Union européenne. L’idée était d’aller à contre courant des rares débats que cet événement provoquera en France. Lecteurs fidèles du site Nouvelle Europe et europhiles sont venus nombreux et nous les en remercions. Nous avons ainsi eu un échange très intéressant. Alors, pour ceux qui n’ont pas pu venir cette fois, nous proposons un compte rendu de ce qui s’est dit. En espérant qu’il vous donnera envie de venir aux prochains Cafés européens qui seront dorénavant organisés chaque mois. 

A l’occasion de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne à compter du 1er janvier 2007, le sujet de ce premier café européen était : « Qu’apporteront la Bulgarie et la Roumanie a l’Union européenne ? » M. Tomescu, conseiller européen à l’ambassade de Roumanie, et M. Tchirakian, ancien conseiller aux affaires économiques de l’ambassade de Bulgarie, ont eu la gentillesse de venir discuter avec le public. Après une succincte présentation, ils ont répondu à toutes les questions ce qui a permis de découvrir ce que la Bulgarie et la Roumanie apporteront au niveau économique et stratégique ainsi que les relations privilégiées que chacun entretient avec la francophonie.


Le processus d’intégration

Les deux intervenants sont d’abord revenus sur le processus d’intégration de leur pays à l’Union européenne. Les traités d’association signés en 1993 pour la Roumanie et en 1995 pour la Bulgarie, leur intégration a été retardée par rapport aux dix pays entrés en 2004. En 2006, leur adhésion est ratifiée par chacun des pays membres et les deux conseillers ont expliqué que ce délai, même s’il n’était pas désiré, a été l’occasion de bénéficier de l’enseignement des expériences des autres, mais aussi de réellement faire la preuve de la santé et des potentiels de leur pays.

 

 M. Tchirakian a expliqué comment les Bulgares ont concentrés leurs efforts de transformations dans le seul et unique objectif de rentrer dans l’Europe. « On revient après 1989, à une vie qu’on aurait toujours du avoir ». L’Europe était le symbole et l’objectif de toutes les réformes menées. Aujourd’hui, les Bulgares aspirent à une vie plus ordonnée, à une liberté de circulation, à mieux connaître les autres peuples. M. Tomescu a, lui, fait remarquer que l’Assemblée nationale française a été la seule en Europe, à voter à l’unanimité la ratification du traite d’adhésion de la Roumanie à l’UE. Il interprète cela comme un signal clair d’amitié et une porte ouverte pour une future collaboration étroite au sein de l’Europe a 27. "On revient après 1989, à une vie qu’on aurait toujours du avoir"

Des défenseurs de la francophonie

"Le rideau de fer semble avoir été plus épais du coté occidental, puisque, nous, Bulgares, avons appris beaucoup de la culture et des auteurs occidentaux …" Ces deux pays sont d’ailleurs membres du mouvement international de la francophonie. Avec leur entrée, la francophonie deviendra majoritaire au sein de l’UE avec 14 membres sur 27. La Roumanie, pays de langue latine, a toujours eu des relations privilégiées avec la France. Celle-ci est le troisième investisseur dans le pays et le sommet international de la francophonie de 2006 a eu lieu à Bucarest. La Bulgarie, bien que de culture slave et orthodoxe, est aussi proche de la culture française et se dit prête à défendre l’usage du français dans le monde. M. Tchirakian a même fait observer que « le rideau de fer semble avoir été plus épais du coté occidental, puisque, nous, Bulgares, avons appris beaucoup de la culture et des auteurs occidentaux …» Il ne tient plus qu’aux Européens d’Occident de rattraper le retard et de découvrir les richesses culturelles de l’Europe de l’Est.

Des scientifiques et des informaticiens

La question de l’éducation supérieure a justement été posée par le public.  Les deux représentants ont affirmé que leurs pays soutenaient fortement les principes du processus de Bologne. Ils ont également fait valoir la qualité des systèmes d’éducation supérieure de leurs pays. M. Tchirakian a affirmé que selon une évaluation de l’OMC, la Bulgarie occupe le 5eme rang mondial en science et que 85% des enfants bulgares suivent des études secondaires. Et, M. Tomescu nous a appris que « 25% des spécialistes informatiques de Microsoft sont d’origine roumaine ».  "25% des spécialistes informatiques de Microsoft sont d’origine roumaine"

Apports économiques : des marchés, des partenaires, des investissements…

En entrant dans l’Union européenne, la Roumanie deviendra le 7eme plus important pays en terme de démographie (plus de 22 millions d’habitants) et occupera la 8eme position par sa superficie (238 000 km²). La Roumanie a fait preuve de son dynamisme avec des taux de croissance de 8,3% en 2004, 4,5% en 2005 et près de 8% en 2006. Elle représente donc un grand potentiel de développement économique.
 
 
 "Ses intérêts ne sont absolument pas en contradiction avec ceux de la France" affirme M. Tchirakian qui explique que la Bulgarie a toujours soutenu la France dans les dossiers agricoles à l’Organisation Mondiale du Commerce.
La Bulgarie, quant à elle, est un pays plus petit (8 millions habitants sur 111 000 km²), mais M. Tchirakian a expliqué que son pays a fait la preuve de la santé de son économie (croissance de 6-7%). Représentant un marche limité, la Bulgarie a cependant de nombreux partenaires économiques et offre ainsi une nouvelle dynamique d’échanges à l’Europe, en terme d’importations comme d’exportations. Elle a des accords de libre échange avec les pays balkaniques, est voisine de la Turquie, proche des pays du Moyen Orient et des anciens pays soviétiques. La Bulgarie est également un pôle d’investissements potentiels importants : 85% des activités agricoles et industrielles sont privatisées et les secteurs du tourisme et de la construction offrent aussi un important potentiel (comme notamment avec la construction du deuxième pont sur le Danube). Enfin, la Bulgarie a un savoir-faire dans l’énergie. Une seconde centrale nucléaire, par exemple, est en construction, à laquelle participe d’ailleurs de grandes entreprises françaises comme Areva ou Alstom.
Une question a été posée sur la Politique Agricole Commune dont la Roumanie et la Bulgarie ne bénéficieront pas immédiatement en totalité. La Bulgarie produit du vin, des fruits, du tabac, de l’orge, du foie gras… Elle espère pouvoir moderniser son agriculture grâce aux investissements européens, mais « ses intérêts ne sont absolument pas en contradiction avec ceux de la France » affirme M. Tchirakian qui explique que la Bulgarie a toujours soutenu la France dans les dossiers agricoles à l’Organisation Mondiale du Commerce.
 
 
Apports stratégiques : ouverture sur la Mer Noire et frontière directe avec la Turquie
 
 
C’est surtout pour la politique de Défense et de sécurité de l’Union européenne que ces deux pays représentent un enjeu très important. La Roumanie offre une ouverture géostratégique importante en ouvrant un accès direct à la Mer Noire, par laquelle passe 50% des ressources énergétiques de l’Union européenne. M. Tomescu a ainsi évoqué à plusieurs reprises le concept de « Région élargie de la Mer Noire » lancé par le président Roumain : cette ouverture sur la Mer Noire sera ainsi également importante pour la défense de l’UE. M. Tomescu rappelle que son pays est conscient des responsabilités que cela entraîne pour la sécurité européenne, notamment en ce qui concerne l’immigration illégale venant de la Mer Noire, du Caucase, des régions caspiennes et du Moyen Orient. Le gouvernement roumain a pris des décisions claires pour structurer son action aux frontières et a, notamment mené un travail de formation du personnel de frontière, avec le soutien de la France. Du fait de cette position, la Roumanie est sensible aux relations qu’entretient l’UE avec la Russie. M. Tomescu a ainsi expliqué qu’il était nécessaire que l’UE négocie ses rapports avec la Russie et diminue sa dépendance par rapport a elle en matière d’énergie, en diversifiant ses sources.

 

La Bulgarie quant à elle, est une voisine directe de la Turquie. L’Europe partagera donc dorénavant des frontières avec ce pays. M. Tchirakian a expliqué que son pays est donc très sensible à la question des relations de l’UE et ce voisin direct. D’autant qu’une partie de la population bulgare se réclame turque, ayant vécu sous l’Empire ottoman et étant de religion musulmane. Et cette partie de la population a su constitué un parti qui perdure dans le paysage politique bulgare, et qui représente ainsi une population “avec une autre sensibilité” – selon ses mots. La Bulgarie est donc très attaché à avoir un voisin stable et prospère qui pourrait être un partenaire sain. Mais, elle n’est pas pour autant, pour une intégration de la Turquie à l’UE ; M. Tchirakian dit que « c’est à la Turquie de démontrer à quel groupe géographique elle appartient. Seule une petite partie de sa géographie appartient à l’Europe, il faut qu’elle démontre qu’elle partage vraiment les idées et les valeurs européennes. ». La Roumanie rejoint cette vision : « C’est important, pour la stabilité et la sécurité de l’Europe de maintenir la Turquie proche ; nous soutenons fortement l’adhésion de la Turquie à l’UE, mais à long terme. », a dit M. Tomescu.
 « c’est à la Turquie de démontrer à quel groupe géographique elle appartient. Seule une petite partie de sa géographie appartient à l’Europe, il faut qu’elle démontre qu’elle partage vraiment les idées et les valeurs européennes. »
 
Autre intérêt stratégique de l’entrée de ces deux pays dans l’UE : le Danube devient un fleuve intérieur de l’Union européenne. Depuis sa source en Allemagne jusqu'à son embouchure dans la Mer Noire, le fleuve est entièrement contrôlé par les pays membres, position non négligeable en terme de Défense.

La discussion a duré ainsi près d’une heure et demi et s’est poursuivie autour d’une coupe de vin bulgare ...

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