Programme JCE - Avril 2007 - Lycée J. Curie de Nanterre

Par Virginie Lamotte | 1 mai 2007

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “Programme JCE - Avril 2007 - Lycée J. Curie de Nanterre”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 1 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/190, consulté le 17 septembre 2019

juliot_cLe 25 mars dernier, nous avons célébré en Europe les 50 ans des traités de Rome. Lors de la signature, nous étions 6 ; aujourd’hui, nous sommes 27. Plusieurs de ces nouveaux pays membres ont alors vécu de loin les débuts de la construction européenne.

C’est pourquoi Nouvelle Europe a choisi de donner la parole à l’un d’entre eux, la Hongrie, lors de son café européen, qui a eu lieu au lycée Joliot Curie de Nanterre le 24 avril dernier. Ce café est le premier d’un nouveau genre : dans le cadre de sa volonté d’informer ceux qui ont le moins accès à l’Europe, nous avons choisi d’aller trois fois par an dans un lycée de la banlieue parisienne. Ce café a été co-organisé avec l’établissement, en particulier avec Madame Blanche Sellam, qui anime depuis 3 ans maintenant un programme « Europe » au sein de son établissement.

 

 

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Les élèves de Première et de Terminale ES de l’établissement ont ainsi pu débattre de la construction européenne vue de Hongrie et de Russie avec Monsieur Pál PIUKOVICS, Conseiller chargé des Affaires européennes, Monsieur István SZILÁGYI, Conseiller chargé des Affaires économiques de l'ambassade de Hongrie et avec Madame Anna BARSUKOVA, doctorante de l’université de Kaliningrad à Sciences-Po.

Monsieur PIUKOVICS a souhaité dans un premier temps faire une brève présentation de son pays et de son histoire au sein de l’Europe.

La Hongrie est en effet située dans le bassin danubien. C’était un peuple nomade alors que le continent européen était déjà bien développé. Les Hongrois avaient comme aspiration dans un premier temps de tirer profit de la situation européenne d’une manière guerrière, d’où les incursions des tribus hongroises dans la partie occidentale du continent. Ils ont été rejetés plusieurs fois. Cependant, le couronnement par le Pape du premier roi hongrois, saint Etienne, marque les débuts d’un Etat hongrois, et c’est à cette occasion que le pays est devenu massivement catholique. Au Moyen-Âge, au 15ème siècle, le roi Matthias a développé l’ouverture de la Hongrie vers l’Ouest. Mais au début du 16ème siècle, elle est attaquée par l’empire ottoman et perd son indépendance. Elle est ainsi occupée par les Turcs pendant 50 ans puis par les Habsbourg pendant plus de 300 ans. Cependant, cela a donné la possibilité à la Hongrie de se moderniser et de s’ancrer dans le système européen. La 2ème modernisation se fit en 1848 avec la création de la double monarchie de l’Autriche-Hongrie, qui dura 50 ans. Cette double monarchie consistait en une union entre les deux entités, l’Autriche et la Hongrie, avec des compétences communes dans les domaines par exemple de la défense ou de la politique étrangère…

Au cours du 20ème siècle, la Hongrie a connu 9 régimes politiques différents. Après la Première Guerre mondiale, elle perd les 2/3 de son territoire. Après la Seconde Guerre mondiale sont arrivés l'Union soviétique et le bipolarisme. Tout au long de son histoire, la Hongrie a connu des mouvements de rébellion et de dissidence contre les Ottomans, les Habsbourg, puis les Soviétiques jusqu’à la révolution de 1956. Ces mouvements sont avant tout tournés vers l’Europe, vers l’indépendance, l’ouverture, la modernisation du pays mais aussi la possibilité de choisir son propre chemin. 

Suite à la chute du mur de Berlin, en 1989, la Hongrie et son nouveau gouvernement a tout de suite déclaré son envie d'adhérer à l’OTAN et à l’UE. De plus, plusieurs choses ont été très vite introduites : démocratie, régime parlementaire, système de parti pluraliste, élections libres. Monsieur SZILÁGYI a tenu à ajouter que les principes de la réforme économique sont tous venus de l'Ouest. Dès les années 1990, les préparations à l’adhésion ont commencé, même si officiellement les négociations n’ont débuté qu’en 1998.

Anna BARSUKOVA nous a présenté la vision russe de la construction européenne, mais aussi celle du gouvernement soviétique de l’époque.

En 1947, il y a eu d’une part une acceptation du plan Marshall - en Europe de l'Ouest - et d'autre part une non-acceptation de celui-ci par l’URSS. Cela a été un évènement décisif en ce qui concerne la suite des relations avec l’Europe. Cela touche aussi à la question de la séparation allemande et de l’inclusion de l’Allemagne de l’Est au bloc soviétique. Le traité CECA, signé à Paris en 1951, a lancé de grands débats au sein du gouvernement soviétique qui ont abouti à un "non" au gouvernement français. Dans le journal la Pravda, qui relate l’opinion officielle, le plan Schuman y est qualifié de "guerre contre les pauvretés, projet cosmopolite bourgeois et impérialiste américain". En janvier 1957, les Soviétiques réagissent aux changements européens.

Les traités ont donc été considérés comme un complot impérialiste et d’annexion économique assimilé à l’OTAN mais surtout comme un projet non réaliste.

La construction européenne a dans tous les cas été sous-estimée par l’URSS. Dans les années 1960, le facteur américain a joué un rôle important pour le gouvernement soviétique. L’intégration européenne a été assimilée aux relations avec les Etats-Unis et donc considérée comme de la politique extérieure des Etats-Unis. Au début des années 1970, avec les débuts de la Détente, des relations sont restaurées et l’intégration européenne est ainsi considérée comme une réalité objective. A la fin des années 1980, Gorbatchev mène une politique ouverte par rapport à l’Europe, avec une nouvelle pensée politique. Des relations diplomatiques sont instaurées entre l’URSS et l’UE. Après la Seconde Guerre mondiale, le principe de l’intégration européenne et du bloc communiste sont basés sur l’anti-nationalisme mais sur la base du volontariat des Etats-membres à l'Ouest.  Elle n’a pas su évaluer le potentiel européen. Mais aujourd’hui, c’est gagné pour l’UE.

Le souhait de Nouvelle Europe était de donner la parole aux élèves. A la suite de ces présentations, ils ont donc pu poser leurs questions, de même que leurs enseignants.

Ces questions ont permis de nourrir le débat et de dépasser le simple cadre de la construction européenne, celles-ci recoupant de nombreuses fois l’actualité.

C’est ainsi que les premières questions ont plutôt tourné vers les relations russo-européennes, et notamment concernant la politique énergétique de la Russie. Mademoiselle BARSUKOVA a précisé que le début des années 1990 était une période dure en Russie, même si elle fut finalement politiquement positive car basée sur les valeurs démocratiques. Boris Eltsine, le premier président post-période communiste, a dirigé la période transitoire russe. A posteriori, sa politique a peut-être parfois été jugée par les Russes comme trop ouverte vers l’Europe. Mais il a beaucoup insisté sur la coopération et le développement de relations avec l’UE. C’est l’héritage d’Eltsine. Aujourd’hui, l’UE tient une place assez importante dans le pays.La Russie veut développer des relations de manière plus productive avec ces partenaires. 

La question des relations avec l’Autriche a aussi été abordée et notamment son rôle dans l’adhésion de la Hongrie. Monsieur PIUKOVICS a rappelé que l’Autriche est membre de l’UE depuis 1995, et que donc, à l’entrée de la Hongrie en 2004, elle était elle aussi en phase d’apprentissage des institutions européennes, avec un avantage certain du point de vue économique et de son développement. Pendant plus d’une décennie, avant l’adhésion, l’Autriche a considérablement investi en Hongrie.

En ce qui concerne la transition économique de la Hongrie, d’une économie soviétique vers l’économie de marché en vigueur au sein de l’UE, Monsieur SZILÁGYI a précisé que la transition économique était la condition sine qua non de l’adhésion à l’UE. Avant l’adhésion, la Hongrie a connu 13 ans de transition économique. Il a fallu transformer un système économique en un système qui devait intégrer les acquis communautaires, soit 130.000 pages. L'ensemble de la législation a été bouleversée. Aujourd’hui, 90% de l’économie est privatisée, soit plus qu’en France.

L’économie de marché, quant à elle, a été dure à mettre en place car tout était auparavant étatisé. Cela a été extrêmement dur, surtout au début des années 1990, au moment de la transition économique. Pendant 10 ans, la Hongrie a dû tout restructurer et cela a causé beaucoup de problèmes dans le pays. C’était la condition à la réintégration européenne de la Hongrie. Avant cela, l’économie hongroise était totalement artificielle, tout comme l'est la PAC en Europe. Cependant, la crise immense de l’économie soviétique a permis de faciliter le changement du système. La Hongrie remercie la sagesse russe de ne pas avoir profité de la force militaire et d’avoir ainsi accepté le changement. 

Concernant la Constitution européenne, Monsieur PIUKOVICS a dit qu’il n’y a pas eu de référendum en Hongrie; c’est le Parlement national qui l’a ratifiée à plus de 90%. Il y avait eu un référendum pour l’adhésion à l’OTAN et l’UE. Qu’il n’y ait pas eu de référendum a été une décision politique. La Constitution est un document très long comportant des implications juridiques, qui ne sont pas accessible à tous. La Hongrie a donc souhaité remettre le choix entre les mains des élus, députés et sénateurs, élus par le peuple. L’adhésion à l’UE a été très importante car la Hongrie avait  perdu en 1920 les 2/3 de son territoire, ce qui explique aujourd’hui la présence de minorités dans les pays voisins. Ces minorités sont très importantes à l’étranger. Celles-ci font toutes parties de l’UE, cela marque encore plus la disparition des frontières, ce qui est très important pour la Hongrie.

Nos invités ont ensuite débattu sur la question de l’adhésion turque à l’Union européenne. Pour Madame BARSUKOVA, celle-ci révèle une crise de croyance de institutionnelle en Europe. L’UE développe son élargissement et considère celui-ci comme une de ses forces. Pour la Russie, c’est difficile car elle a des intérêts communs avec la Turquie, notamment la mer Noire. C’est une question sensible. Du côté hongrois, Monsieur PIUKOVICS a précisé que la Hongrie est partie prenante du processus de décision autour de la Turquie et ce depuis les débuts des négociations à l’adhésion. La Turquie doit partager les valeurs européennes. L’opinion publique hongroise reste cependant neutre à ce sujet, il n’y a pas d’hostilité apparente, mais on ne peut pas dire que cela les enthousiasme. Ils sont dans l’attente du développement des négociations.

Les lycéens ont été aussi curieux de ce qu’était le sentiment européen en Hongrie. Monsieur PIUKOVICS a répondu que les Hongrois sont très heureux d’être des citoyens européens, mais ils sont en premier lieu hongrois, puis européens, comme les Français. "On se sent peut-être un peu plus européens". Mais Monsieur SZILÁGYI a ajouté que, en ce qui nous concernait, nous Français, cela faisait 50 ans que l’on était intégré à la construction européenne et que par conséquent on devrait être plus européen qu’eux. La Hongrie est encore trop jeune dans l’UE. Et c’est un petit pays de 10 millions d’habitants, la France est 7 fois plus grande ! De plus les Hongrois sont de très grands touristes européens, surtout vers les pays voisins. Ils sont plus européens de ce point de vue que les Français. La Hongrie veut voir toute Europe, elle veut voir le monde !

L’identité de Kaliningrad était aussi au progamme. Plutôt russe ? ou plutôt européenne ? Pour Mademoiselle BARSUKOVA, c’est une question difficile pour la Russie car elle se situe déjà entre l’Europe et l’Asie. Parfois on a une identité russo-européenne et on a aussi une identité russo-asiatique, qui est une autre identité, tout aussi difficile à définir. Il y a un grand décalage entre les régions. En ce qui concerne plus précisément le cas de Kaliningrad, les Russes ne la considère pas comme européenne, même si c’est une enclave russe au sein de l’Europe, Kaliningrad est bien russe, pour les gens de la Grande Russie. Kaliningrad est quelque chose de très particulier, et n’est pas en Russie. Dans la presse d’influence européenne, on a une présence européenne, aussi dans la région, mais la mentalité russe reste très présente. Elle a besoin de temps.

Pour finir, un élève a demandé quels avaient été les changements en Hongrie depuis l’adhésion en 2004. Monsieur PIUKOVICS a précisé que de nettes améliorations s'étaient produites, notamment avec l’arrivée des aides communautaires, des fonds structurels et de cohésion. La Hongrie a reçu 2 milliards d’euros en 2006 à ce titre et pour la période 2007-2013, elle recevra 22 milliards d’euros. Mais cela a aussi apporté des difficultés budgétaires. La croissance est plus élevée que dans certains pays de l’UE-15. Pendant 15 ans, l’adhésion a amené un investissement de 60 milliards d’euros. 75% des entreprises présentes sont des multinationales et cela est très difficile pour les PME, qui peinent à trouver leur place dans la compétition européenne. 40.000 projets sont préparés en vue des fonds structurels et les porteurs de projet vont avoir à faire avec le co-financement. La Hongrie est aujourd’hui un membre normal de l’UE mais souffre d’importants problèmes économiques. Elle connaît moins de chômage que dans le reste de l’UE mais il augmente.

La Hongrie est confrontée à une très mauvaise situation budgétaire, qu’il faut à tout prix améliorer, avant 3-4 ans, afin d’obtenir l’Euro et donc de faire partie de la zone euro. Pour tout nouvel Etat membre, c’est obligatoire. Le budget s’est détérioré à cause de la politique sociale afin de rattraper les pays occidentaux. Cependant, l’UE est une chance car elle oblige les pays à respecter les règles et leurs engagements. Aujourd'hui le déficit budgétaire est de 9% et doit aller en dessous des 3%. Cela sera résolu par l’impôt et ce sera très difficile pour la population.

Et en ce qui concerne la politique extérieure et les relations avec les Etats-Unis, la Hongrie a une politique d’équilibre. Elle est liée avec les Etats-Unis, mais l’UE reste le partenaire numéro 1. L’aspect de la sécurité est très important. L’appartenance européenne est primordiale pour des raisons historiques, c’était une chance unique et historique à saisir. Monsieur SZILÁGYI précise cependant que les Etats-Unis sont le 2ème plus gros investisseur en Hongrie, 3 fois plus que la France. Les liens transatlantiques sont donc très importants. Et en ce qui concerne l’OTAN, ce sont surtout eux qui dictent les règles.

Pour aller plus loin :

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Sur Internet

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