Première Gay Pride en Lituanie : un chemin de croix

Par L'équipe | 5 mai 2010

Pour citer cet article : L'équipe, “Première Gay Pride en Lituanie : un chemin de croix”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 5 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/875, consulté le 08 août 2020

Grande première en Lituanie : le samedi 8 mai est organisée la première marche des fiertés pour défendre les droits des personnes lesbiennes, gays, bis et transexuels, la Baltic Pride, à Vilnius. Mais celle-ci suscite un rejet de la part de nombreux citoyens et de politiciens.

Difficile d'être homosexuel en Lituanie... La communauté LGBT balte essaie d'organiser depuis des mois la Baltic Gay Pride, censée réunir les homosexuels d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie. Chaque année, elle change de lieu... L'an dernier, elle avait été organisée à Riga, non sans difficultés. Cette année encore, le parcours est semé d'embuches.

Un récent sondage publié et commandé par le journal Alpha indique que 70% des Lituaniens se disent contre cette Gay Pride, preuve que l'homosexualité reste très mal acceptée. De tradition catholique, ce pays est très attaché aux valeurs de la famille, à tel point que celles-ci sont mentionnées dans l'article 38 de la Constitution lituanienne. « La famille est le fondement de la société et de l'État. L'État sauvegarde et protège la famille, la maternité, la paternité, l'enfance.[...] L'État enregistre les mariages, les décès et les naissances, et reconnaît également les mariages organisés par l'Église »

En juin 2009, le Parlement (le Seimas), a instauré une loi dite de Protection des mineurs contre les effets nuisibles de l'information publique, adoptée à une écrasante majorité : 67 députés ont voté pour, 3 contre, et 4 se sont abstenus. Cette loi interdit la promotion, par les médias et par l'école, de la violence, du suicide et... de l'homosexualité, justifiant que toute diffusion d'information publique sur ces thèmes peuvent avoir des effets négatifs sur la santé mentale, physique, intellectuelle et sur l'environnement moral des jeunes. L'ONG Amnesty International a aussitôt dénoncé une loi homophobe, le Parlement européen l'a sévèrement critiqué, mais en Lituanie, elle n'a pas choqué grand monde. La plupart des politiciens l'ont voté et défendu. Ceci prouve que l'influence de l'Église catholique sur la politique et la société lituanienne ne tend pas à diminuer.

Avec une telle loi, on comprend très bien la difficile mise en place d'une marche pour défendre les droits des homosexuels.

La décision de la mairie de Vilnius d'autoriser la manifestation a choqué de nombreux politiciens, qui n'ont pas tardé à le faire savoir. Par une lettre ouverte signée par une quinzaine de députés, publiée le 17 mars dernier et destinée au Premier ministre, M. Kubilius, au Parlement et au maire de Vilnius, le Mouvement de la Réforme a demandé l'interdiction la marche du 8 mai : « Les homosexuels sont tolérés dans les magasins, les institutions, dans les transports, dans les évènements publics autant que les autres citoyens. Par contre, nous sommes contre la dénonciation des problèmes des homosexuels (il y en a-t-il en Lituanie ?) » contre la politique et l'idéologie, visant  à propager l'homosexualité de manière agressive ».

Ces hommes politiques ne sont pas les seuls à s'être offusquer d'une telle parade dans la capitale lituanienne, puisque des médias ont également pris position contre cet événement, à l'instar du journal conservateur Lietuvos Žinios qui dans son édition du 13 avril, stipulant que son interdiction ne constituerait en aucun cas une violation des droits de l'homme.

Le défilé aura pourtant bien lieu. Mais la mairie de Vilnius a refusé que la marche se déroule dans le centre ville, malgré la demande des organisateurs, et contournera donc la vieille ville. Le 11 mars dernier, jour de l'indépendance de la Lituanie, la municipalité avait par contre autorisé la marche dans le centre ville d'un groupe de jeunes nationalistes xénophobes, accompagnés de quelques députés, qui parcouraient le centre avec un slogan « La Lituanie aux Lituaniens !  ».

Et le 1er mai dernier, quelques personnes défilaient avec des croix gammées dans la principale artère de la ville, l'avenue Gedimino, sans le moindre problème.

Quelques voix se sont levées contre l'attitude de la classe politique lituanienne. Parmi eux, Léonidas Donskis, philosophe et député au Parlement européen. Dans le Baltic Times du 15 avril dernier, il a publié une tribune intitulée « Que nous arrive-t-il ? », où il dénonce l'attitude de nombreux députés, en faveur de la marche xénophobe et contre la Gay Pride. « Tandis que pas un seul député n'a élevé sa voix contre ce slogan, et contre la continuelle désacralisation du Jour de l'Indépendance, plus de cinquante députés se sentent  profondément offensés par la Baltic Gay Pride ». Il se bat au sein du PE pour dénoncer la loi de Protection des Mineurs, qui selon lui n'est pas en accord avec les lois européennes.

Malgré tout, la manifestation devrait se tenir, mais aussi des conférences, un festival de cinéma, vont avoir lieu, afin d'informer, de débattre sur un sujet qui demeure encore tabou dans ce pays de plus de trois millions d'habitants. Les organisateurs espèrent que l'évènement rassemblera au moins 300 personnes, dont la moitié venues de l'étranger. Ils espèrent aussi sans doute qu'ils pourront défiler librement et que des groupes hostiles n'interféreront pas dans la Gay Pride. Cette crainte de violences est à n'en pas douter un rebutoir pour de nombreuses personnes homosexuelles ou solidaires, et explique certainement le faible nombre de manifestants attendus.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

Source photo : LGBT flag map of Lithuania, par Fry1989, on wikimediacommons

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