Pourquoi le candidat slovaque a-t-il été élu ?

Par Eurechos | 22 février 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Pourquoi le candidat slovaque a-t-il été élu ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 22 février 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/809, consulté le 08 décembre 2022

Les derniers candidats en lice lors de l'élection du President du conseil européen le 13 février 2010 expliquent pourquoi, selon eux, le candidat slovaque a finalement été nommé. Francesco Marchi et Emmanuel Vivet, chargés de recherches à IRENE-ESSEC, nous éclairent sur la question en leur qualité de formateur lors des négociations.

 

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Les derniers candidats en lice lors de l'élection du President du conseil européen le 13 février 2010 expliquent pourquoi, selon eux, le candidat slovaque a finalement été nommé. Francesco Marchi et Emmanuel Vivet,chargés de recherches à IRENE- ESSEC, nous éclairent sur la question en leur qualité de formateur lors des négociations.

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Les délégations réagissent à l'élection du candidat slovaque

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Pourquoi le candidat slovaque a-t-il été élu ? L'analyse de Francesco Marchi.

L'analyse d'Emmanuel Vivet

En tant qu'observateur de la négociation, je n'ai aucun commentaire à faire sur le résultat de samedi, mais en tant que formateur, je ferai deux ou trois remarques.

Il ne faut pas oublier qu'il s'agissait d'une simulation. Elle a été jouée par les étudiants des trois associations avec entrain et une préparation qui nous a d'ailleurs beaucoup impressionnés. Comme toutes les simulations, elle procédait à la fois d'un certain réalisme, nécessaire à sa crédibilité, mais aussi d'une certain simplification par rapport à la réalité.

Réaliste, la négociation de samedi l'était, parce qu'on a cru voir arriver le Luxembourg et qu'on a eu la Slovaquie. Or, que s'est-il passé à Bruxelles entre septembre et décembre 2009 ? on attendait Jean-Claude Juncker, le premier ministre du Luxembourg, très expérimenté, extrêmement respecté au Conseil depuis plus de 10 ans (voir par exemple sur ce point les études de J. Tallberg), et on a eu Herman Van Rompuy, un belge sorti du chapeau. N'y a-t-il pas une petite similitude avec ce qui s'est passé à l'Essec ? Toute négociation comporte des incertitudes, et finalement heureusement car c'est aussi la magie, cette part d'imprévisibilité, qui dépend des hommes et des situations. Notons au passage qu'Herman Van Rompuy, que personne n'attendait, est en train lentement de s'imposer à Bruxelles comme un homme de consensus, mais qui sait ce qu'il veut. Barroso n'a rien à craindre de Lady Ashton, mais Van Rompuy va sans doute en surprendre plus d'un.

Mais c'est vrai qu'il y a aussi toujours une dimension légèrement simplificatrice dans les simulations, et peut-être les étudiants, qui s'étaient très bien préparés à partir d'éléments réels, en ont-ils soufferts. Or, la simplification est nécessaire pour des raisons pédagogiques, pour que les participants puissent entrer dans leur rôle sans trop de difficultés. En l'occurence, les instructions particulières à chaque délégation étaient, samedi, limitées à 5 caractéristiques nationales (positions par rapport au libéralisme, à la Russie, à la Turquie, au Dalaï Lama, au nucléaire) et 3 caractéristiques relatives aux individus (langues parlées, compétences professionnelles et expérience de l'UE). Ces 5 premiers critères étaient-ils trop restrictifs ? en fallait-il davantage ? dans la réalité, les points d'appui d'une candidature ne sont effectivement pas limités à cinq. Donc, oui, le cas imposait des contraintes. Dès lors, certaines délégations, et en tant que formateurs nous le savions, partaient avec un petit avantage de départ, parce que leurs caractéristiques nationales les rapprochaient de la majorité des préférences. Rien que de très réel, au fond... Et ainsi, il y avait la Slovaquie, mais aussi la Hongrie, l'Italie et l'Allemagne, ou d'autres, qui avaient de bonnes chances au départ. En revanche, la Suède était en moyenne moins populaire, à cause de certains caractéristiques nationales imposées, et qui l'isolaient un peu. Le Luxembourg, quant à lui, était à la fois anti-nucléaire, pro-Dalaï Lama, et finalement minoritaire sur ces deux points, ce qui a rendu sa candidature moins difficile que la suédoise, mais pas la plus facile pour autant. Il faut donc saluer sa performance en "finale".

Mais élargissons le débat : qu'est-ce qui fait une élection, au fond ? est-ce une négociation comme les autres ? certes, au Conseil européen à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement jouent parfois des figures imposées (par exemple par leur opinion publique). Mais ils ont aussi toujours la possibilité de s'écarter un peu de leur mandat. En effet, par définition, il s'agit de personnalités puissantes, qui ont de l'autorité. Et, quand en plus il s'agit d'élire un homme ou un femme, c'est-à-dire lorsque des facteurs plus personnels, de confiance et de préférence entrent en compte, cet écart est véritable et plus faciles à justifier. Samedi, à l'Essec, on a vu un écart se creuser, dans une certaine mesure, puisque l'on comptait une dizaine délégations plutôt anti-Dalaï Lama au départ, mais qui sont en moyenne devenues positives à son endroit au cours de la journée. En revanche, sur la fin du jeu, les contraintes fixées par les instructions du cas sont revenues un peu en boomerang et ont peut-être oblitéré des préférences personnelles. Une question à se poser, lorsqu'on est un négociateur, c'est de savoir, compte tenu des circonstances, si l'on doit s'écarter de ses instructions, et pour quelles bonnes ou mauvaises raisons. Quels en sont les risques, quels sont les risques à ne pas le faire, et comment ? voilà des questions pas faciles auxquelles les étudiants de l'AMAE, de Franchement Europe et d'Europa-Essec ont été confrontés. Ce n'est sûrement pas la dernière fois que cela leur arrive et pour eux qui travailleront dans les affaires européennes, cela se reproduira dans leur carrière, à coup sûr !

Emmanuel Vivet
Chercheur invité à Essec Iréné