Pologne : quand l'art questionne notre rapport aux médicaments

Par admin | 25 septembre 2007

Pour citer cet article : admin, “Pologne : quand l'art questionne notre rapport aux médicaments”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 25 septembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/273, consulté le 05 juillet 2022
the_bath_maleNouvelle Europe est partenaire de la nouvelle exposition du "Wyspa Art Institute" àarticle Gdańsk. Jeanne Susplugas, artiste franco-polonaise issue d'une famille de pharmaciens questionne notre rapport aux médicaments dans une société qui tente d'échapper aux tourments de la réalité. Entretien avec l'artiste.

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Nouvelle Europe est partenaire de la nouvelle exposition duarticle "Wyspa Art Institute" à Gdańsk. Jeanne Susplugas, artiste franco-polonaise issue d'une famille de pharmaciens questionne notre rapport aux médicaments dans une société qui tente d'échapper aux tourments de la réalité. Entretien avec l'artiste. 

Vous avez été élevée dans une famille de pharmaciens. Pourquoi les médicaments ont-ils exercé une si grande influence sur votre travail ?

Ce n'est pas facile de savoir comment mon expérience familiale a influencé mon travail. Mes souvenirs d'enfance sont très liés aux médicaments. J'attendais mes parents qui jouaient avec des microscopes... Je pense qu'il y avait là quelque chose de fascinant. Je ne voyais pas le monde comme quelque chose de rationnel mais comme un univers énigmatique, mystérieux et magique. Travailler sur les médicaments, c'est aussi une façon de perpétuer la tradition familiale !

Nous cherchons tous à être plus beaux, plus jeunes, plus intelligents ...  et donc nous prenons différentes mixtures, nous buvons du thé pour maigrir, mettons de la crème anti-âge, des vitamines, des pilules anti-migraines, des anxiolitiques, d'autres pour dormir, pour être en forme. Luttez-vous contre la surconsommation ? 

Je me positionne comme une observatrice de la société ; je ne rejette pas en bloc la société de consommation mais bien l'abus de consommation. Parfois, les choses deviennent absurdes, comme j'essaie de le montrer dans mes photos. Qu'est-ce qui rend les gens si beaux, si différents ? Je parle de notre quotidien. 

Pour la médecine, c'est un peu différent.  Dans La maison malade,c'est clairement une dénonciation des abus mais le slide-show "addicted" est plus une simple dénonciation de notre mode de vie consumériste. Les pilules font partie de nous, elles sont devenues une extension de notre corps. Nous en consommons comme des bonbons ! Il y en a pour chaque problème, dans toutes les situations !

Je fais aussi très attention à nos habitudes alimentaires ! Dernièrement, Danone a créé un "yaourt cosmétique". [...] Les producteurs changent juste la stratégie marketing en ajoutant les mentions "riche en calcium", "pauvre en sodium"... Tout est basé sur le pouvoir de la "santé" ou de la "beauté". Nous voulons nous persuader que nos aliments résolvent nos problèmes ! [...] Ces "alicaments" sont la base de notre nouvelle alimentation et il n'y a aucun moyen de les éviter.

Que pensez-vous de l'ambivalence des médicaments ? D'un côté, ils sauvent et de l'autre, ils peuvent  tuer.

C'est fascinant ! Même si aujourd'hui nous surconsommons et si les laboratoires ont un pouvoir disproportionné, on ne peut négliger l'apport global des médicaments.

Je trouve étrange les comportements consistant à refuser les médicaments qui atténuent la peine et incroyables les personnes qui n'admettraient jamais en consommer. Cette relation complexe aux pilules m'intéresse particulièrement. Je joue beaucoup avec ce rôle ambivalent de la médecine. Dans la série de photographies Offrandes, vous ne pouvez pas définir si elles sont offertes pour tuer ou pour guérir. Ce doute existe aussi dans La maison malade, inspirée des chambre des hôpitaux psychiatriques. Ces chambres sont faites pour soigner le patient mais sont aussi des sortes de prisons. C'est la même chose pour les pilules. Elles vous soignent, elles vous rendent dépendants, elles peuvent vous aider, elles peuvent vous tuer.

Vous êtes aussi historienne de l'art. Est-ce difficile d'être un artiste et de créer quand on a une si bonne connaissance de l'histoire de l'art ? 

C'était effectivement très difficile d'accepter ce que j'étais en train de créer. Je faisais tout le temps des références - et j'en fais toujours ! Mais grâce à de nouveaux médias comme la vidéo et la photo, j'ai trouvé ma propre voie.  

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Interview par Roma Piotrowska and Ola Grzonkowska 

Exposition du 6 au 20 octobre 2007.  Wyspa Institute of Art , ouvert du mardi au dimanche de 12h à 18h. ul. Doki 1 building #145 B PL 80-958 Gdańsk, Pologne.

© seconde image : the Bath, 2002