L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007 a rapproché l’Union
européenne de l’Europe orientale, soulignant le besoin urgent d’une
politique étrangère européenne. Mais dans quelle mesure une politique
extérieure commune à Vingt-sept est-elle réalisable ?
MPUE, EUBAM, EULEX, EUMM : des réalités multiples
Dans les années 1970, la Communauté européenne s'engage timidement sur la voie d'une politique étrangère commune. Mais c'est seulement en 1992 que les Quinze officialisent cette démarche avec le Traité de Maastricht en créant la Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC), suivie de la création en 1999 du poste de Haut-Représentant pour la PESC qui donne une voix à l'Union européenne.
La PESC fournit un cadre général de politique étrangère, allant des déclarations sur les droits de l'Homme ou toutes autres valeurs chères à ses membres à une intervention plus directe en cas de conflits armés. À cette fin, l'UE s'est dotée, en 2003, de la Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD), composante de la PESC, et qui met en place des missions de gestion de crise, appelées missions de Petersberg. Entre autres et principalement, les missions envoyées sur le continent européen : depuis le lancement de sa première mission en Bosnie-Herzégovine (MPUE) en 2003 à la plus récente EUMM mise en place en 2008 en Géorgie, deux autres missions européennes ont vu le jour, EUBAM à la frontière Moldavo-Ukrainienne, et EULEX installée dans le fragile Etat-région du Kosovo.
MPUE : Mission de Police de l'Union européenne en Bosnie-Herzégovine
Le délitement de la Yougoslavie au début des années 1990 qui a donné lieu à plusieurs années de conflits interethniques violents avait trouvé un moment de répit, en 1995, à la signature des Accords de Dayton qui prévoyait la mise en place d'une mission des Nations unies. Celle-ci est reprise en 2003 par l'UE qui lance ainsi sa première mission dans le cadre de la PESD. Il s'agit principalement d'une mission policière qui a pour objectif la constitution d'une police multiethnique professionnelle en Bosnie-Herzégovine, visant à plus long terme la lutte contre le crime organisé dans la région.
EULEX : Mission « État de Droit » au Kosovo
Depuis 1999, l'ONU avait maintenu le Kosovo, zone explosive des Balkans, plus ou moins sous contrôle, tentant d'étouffer toute résurgence d'affrontements entre les Serbes qui affirment la souveraineté de la Serbie sur le territoire du Kosovo, et les Albanais, majorité dominante dans la région. La présence de la mission administrative (MUNIK) des Nations unies n'avait malheureusement apporté aucune amélioration, tant sur le plan politico-légal (les négociations ayant toujours échoué entre les deux parties) que sur le plan humain pour les populations impliquées. Début février 2008, l'UE lance la mission EULEX qui s'avère d'autant plus nécessaire que le Kosovo autoproclame son indépendance moins d'un mois après. EULEX est une mission civile qui entend « assister et soutenir les autorités du Kosovo dans la mise en place d'un État de droit ».
EUBAM: European Union Border Assistance Mission to Moldova and Ukraine - Mission européenne d'assistance à la frontière entre la République de Moldavie et l'Ukraine
En 1992, la région de la Transnistrie s'était autoproclamée indépendante de la République de Moldavie, indépendance qui n'est non seulement pas reconnue par la Moldavie, mais par aucun autre État dans le monde non plus. Depuis, aucune résolution légale du conflit n'est apparue et la Transnistrie est devenue une plaque tournante de trafics en tous genres (drogue, armes, êtres humains, ...). Maintenant frontière de l'UE suite à l'adhésion de la Roumanie en 2007, la Moldavie bénéficie du soutien de la Commission européenne avec EUBAM. Cette mission vise à aider la République de Moldavie et l'Ukraine « à moderniser les contrôles à leur frontière commune et à contribuer par là au règlement pacifique du conflit en Transnistrie ».
EUMM : EU Monitoring Mission in Georgia - Mission de Surveillance de l'UE en Géorgie
En août 2008, la déclaration unilatérale d'indépendance de l'Ossétie du Sud avait mis le feu aux poudres dans la région du Caucase qui avait vu s'affronter la Géorgie et la Russie. Après le refus de la Russie d'approuver l'extension des mandats de l'OSCE et de l'ONU, l'UE est aujourd'hui la seule présence internationale dans la région. Ainsi, à partir du 1er octobre 2008, la mission de surveillance EUMM (European Monitoring Mission in Georgia) veille au respect de « l'accord en six points » signé entre l'UE, la Russie et la Géorgie. Seuls présents, des « observateurs militaires » venus des vingt-sept pays de l'UE ; et en seconde position après la surveillance du retrait des troupes, la « normalisation de la situation en matière de gouvernance, d'état de droit et d'ordre public ».