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Veiko
Spolis écrit un blog en anglais sur la vie politique dans les pays
baltes, principalement en Lettonie et le moins qu'on puisse dire, c'est
qu'il n'est pas politiquement correct. Diplomé de la Central European
University de Budapest, Veiko Spolis est à la fois professeur,
journaliste et homme politique de sa commune.
Comment décririez-vous la situation politico-économique actuelle de la Lettonie ?
La situation actuelle de la Lettonie est d’une instabilité inquiétante. Elle est tout à fait comparable à celle de la Hongrie (Ndr. L’ancien Premier ministre Ferencz Gyurcsany avait ouvertement menti à ses électeurs), mais elle est complètement différente en ce qui concerne les pays qui l’entoure, l’Estonie et la Lituanie. La crise économique mondiale touche tous les acteurs de l’économie mondiale, quelque soit leur taille. Mais elle est d’autant plus féroce dans les pays qui sont mal gouvernés. Au lieu de prendre des mesures préventives suite au début de la crise des subprimes aux États-Unis, les politiciens lettons suffisants ont continué de vivre dans leur bulle de pouvoir et essayé de convaincre les citoyens que tous les problèmes en Lettonie étaient dus à la crise économico-financière mondiale.
Dans le même temps, il faut noter qu'aucun des deux voisins baltes n’a eu besoin de faire appel à un prêt d’urgence [le nôtre est équivalent à un tiers du PIB actuel (!)], et les gouvernements de Vilnius et Tallinn ont été assez prudents pour vivre avec des budgets équilibrés pendant les années durant lesquelles les économies baltes avaient une croissance du double du taux classique. Un budget équilibré en Estonie et dans une moindre mesure en Lituanie ne sont pour autant qu’une partie de la réponse car la vraie cause des maux lettons sont une administration de l’État totalement désuète.
Les législateurs lettons ne sont toujours pas passés au système de déclaration des taxes obligatoires qui existe en Estonie depuis 1991 et en Lituanie depuis 1994. Ce laisser-aller, ainsi appelé « zéro déclaration » ne permet pas au Service de Revenu Interne Letton d’avoir sa propre vision d’ensemble de qui possède réellement quoi en Lettonie. Ainsi le manquement à l’instauration de cette loi a laissé s’instaurer à la place une sorte d’ « omerta » comme un contrat entre les politiques lettons et le public « nous ne vous demandons pas de vous bagarrer avec des déclarations annuelles, mais ne vous embêtez pas sur la question de savoir comment nous utilisons vos impôts ». Ainsi, la Lettonie demeure le seul État membre où les partis politiques ne sont pas financés par le budget national. Ceux en mesure d’apporter des capitaux aux « partis politiques lettons » sont devenus des groupes de pression de familles oligarchiques.
Dans quelle mesure la crise actuelle est-elle liée à la crise économique mondiale et à des problèmes internes au pays ?
La crise globale a accéléré l’ensemble du processus, mais les réelles fautifs de l’enlisement letton sont le système d’administration publique non réformé et son système légal dépassé ! La majorité des gouvernements, avec quelques exceptions dans le monde, font face au fait que le crédit pas cher est une époque révolue ! Comme je l’ai déjà dit auparavant, l’assèchement global des ressources disponibles touche tout particulièrement les économies malades du fait de leur mauvaise administration. La Lettonie en est un cas exemplaire. Alors que le « triumvirat » de l’ancien gouvernement letton [la coalition des conservateurs du Parti du Peuple, Union des Verts et des Agriculteurs et Première et Voie pour l’Union de la Lettonie] était évincé avec de « l’argent facile », ils ont suffoqué l’opposition des médias avec leurs propres voies médiatiques, et ont pu obtenir le support politique par la prise en otage de l’État. La prise en otage de l’État n’aurait pas été possible sans le système légal qui favorise ces élus très contestables.
La fin de l’actuel système politique est advenu en septembre 2006, lorsque deux membres du « gouvernement triumvirat » ont ouvertement enfreint la loi avant les élections parlementaires de 2006. Ainsi la Cour suprême de l’Administration de l’Assemblée lettonne a proclamé une loi le 3 novembre 2006, en annonçant que le Parti du Peuple et Première et Voie pour l’Union de la Lettonie ont enfreint la loi, mais d’après eux cette infraction ne suffisait pas à déclarer les élections illégales. Il y a eu des partis mineurs de l’opposition qui ont contestés les élections. Néanmoins pour des raisons inconnues, la question n’a jamais été abordée par les partis de l’opposition les plus importants.
D’après vous, quel est le rôle que l’Union européenne devrait jouer en Lettonie ?
La faiblesse lettone lors de son entrée dans l’Union en 2004 était sa capacité administrative. L’administration publique n’agit pas indépendamment comme un système entrepreneurial, et les ministères lettons l’ont fait devenir un système de fiefs féodaux pour des partis politiques particuliers. L’Union européenne aurait du agir plus sévèrement lorsque des voix s’élevaient au sujet de « discutables élections parlementaires », le gouvernement faisant passer secrètement des changements dans les lois touchant la sécurité des organisations. Par exemple, Joaquin Alminia a visité la Lettonie en 2007 et en 2008, mettant en garde les gouvernements successifs au sujet de l’économie non équilibrée, mais les recommandations d’ECOFIN [Conseil des Ministres traitant de l’économie et de la finance] n’ont pas été écoutées. De mon point de vue l’Union aurait alors du arrêter la distribution des fonds structurels comme elle l’a fait en Bulgarie.
Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un blog en anglais ?
L’idée de commencer un blog m’est venue en 2006 pendant le sommet de l’OTAN à Riga. J’étais dans les studios de la radio lettonne avec le Ministre de la Défense Atis Slakteris, qui par la suite a fait connaitre la Lettonie avec son slogan « rien de spécial » (Ndr. à propos de la crise économique dans son pays). Lorsque j’étais avec lui dans les studios, je me suis rendu compte à quel point son savoir était superficiel et juste après sont venues les élections contestées. En voyant cela, que les articles de mes collègues et les appels du public n’ont pas marché vis-à-vis de la société civile endormie, j’ai réalisé que je devais écrire un blog en anglais pour toucher l’extérieur. L’anglais était la meilleure manière car je pouvais informer plus de relais que par les médias lettons traditionnels. Je pouvais fournir des nouvelles et ma propre analyse académique presque instantanément, et cette stratégie a marché. Certains articles du blog ont immédiatement été des succès et lorsque j’analyse les résultats et les visites, je peux vraiment constater à quel point le blog a créé une vraie sphère globale d’intéressés [la majorité évidemment étant dans l’Union, en Amérique du Nord et en Australie].
Pensez vous que les blogs sont la nouvelle manière de communiquer entre Européens pour mieux se connaitre ?
D’une certaine façon, les blogs sont une nouvelle forme d’information, mais je pense qu’il serait prématuré de penser qu’il remplace d’hors et déjà les anciens medias. Il y a beaucoup de bloggeurs mais tous ne touchent pas un large public pour de nombreuses raisons. Il y a de bons, de médiocres et de mauvais bloggeurs, car dans le monde moderne, le système économique est rapide et parfois il n’y a simplement pas suffisamment de temps pour écrire. J’ai aussi observé que les meilleurs résultats sur le blog sont les articles que j’ai écrits dans un moment d’inspiration plutôt que dans une discipline compulsive. Il y a des moments où j’engage une voie de dépendance, j’ai commencé à écrire et il y a des lecteurs qui attendent, qui comptent sur mes informations et je dois continuer à l’alimenter. Je ne sais pas, sans doute je prends certaines choses trop sérieusement, alors que finalement je devrais me relaxer, surtout maintenant que ma « mission est partiellement accomplie » - les gens en Europe ne croient plus aussi facilement à la propagande du gouvernement letton.
Ecrivez-vous en tant que député européen, comme un journaliste le ferait ou bien comme un citoyen letton observant son pays ?
Absolument, j’écris comme un journaliste et un citoyen actif de mon pays ! Mon site web pour les élections européennes est actuellement en construction, et vous pouvez probablement voir le logo publicitaire de celui-ci en haut à droite de mon blog. Les élections du Parlement européen vont demander beaucoup d’efforts et ne vont pas me laisser beaucoup de temps à consacrer au blog mais je suis presque sûr que le blog Balte va continuer avec sa vision critique des évènements en Lettonie et parfois même en Estonie et en Lituanie. De plus, je prévois d’écrire un livre intitulé « La Lettonie, des élections illégales de 2006 à la transformation en 2009 », basé sur les informations de mon blog.
Pour aller plus loin :
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