Obama en 2008 et Romney en 2012, deux campagnes européennes très différentes ou comment faire croire que le vieux continent est important

Par Olivier Pawlicka | 6 novembre 2012

Pour citer cet article : Olivier Pawlicka, “Obama en 2008 et Romney en 2012, deux campagnes européennes très différentes ou comment faire croire que le vieux continent est important”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 6 novembre 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1583, consulté le 29 octobre 2020

À l’instar du candidat Obama en juillet 2008, Mitt Romney a traversé l’Atlantique cet été pour aller à la rencontre de dirigeants européens et de citoyens américains installés à l’étranger. Cette opération séduction, faute d’avoir convaincue, a illustré le cruel manque d’enthousiasme dont il bénéficiait contrairement à son rival quatre années auparavant. Éléments d’explication.

Les deux mandats républicains de Bush (2001-2009) ont laissé à Mitt Romney des séquelles politiques sur le sol américain et un déficit populaire lourd à rattraper à l’international. Il faut à présent remonter jusqu'à Ronald Reagan (1981-1989) pour retrouver un président républicain dont la côte serait aujourd’hui préservée (par le poids de l’Histoire). L’unique mandat de Bush père est, comme celui de son fils, entaché de conflits qui suscitent encore la polémique.

Aujourd’hui le bilan du président Obama n’est certes pas aussi utopique que ses  sympathisants l’espéraient au début de son mandat, mais force est de constater que quatre ans plus tard il bénéficie toujours d’une popularité suffisante pour rester pertinent. Les stigmates de la doctrine Bush Jr. n’auront pas aidé le candidat républicain Romney à constituer une aura positive sur la scène internationale. Son parti reste profondément connoté aux huit années du président Bush dont l’absence dans la campagne présidentielle est criante de vérité. L’administration Obama n’est pas aussi critiquée que celle de son prédécesseur qui, il est vrai, nous avait habitué à des égarements politiques rares. Le parti républicain, plombé par la présidence Bush, avait besoin d’envoyer le soldat Romney en Europe pour se différencier et imposer une nouvelle image du Grand Old Party.

Mitt Romney a choisi de se rendre en Europe en pleine ouverture des Jeux Olympiques de Londres. Ce qui devait être un choix de calendrier symbolique pour bénéficier d’une couverture médiatique importante s’avérera être une erreur tactique flagrante tant son passage est resté dans l’ombre du plus grand événement sportif mondial. Ce qu’on retiendra de son séjour à Londres est entre autres la bévue commise lorsque, pris d’une énième imprudence de langage et pensant être légitime en sa qualité d’organisateur des J.O d’hiver de Salt Lake City en 2002, il s’hasarda à critiquer l’organisation des Jeux de Londres alors en pleine euphorie populaire.

En 2008, Barack Obama avait choisi Berlin comme première étape de sa campagne européenne. Ville à la saveur symbolique pour les démocrates et les Berlinois après le passage historique de John F. Kennedy en 1963 et son fameux ‘Ich bin ein Berliner’. Sans reprendre ces termes, ce qui aurait été une faute de goût politique sans nom, le candidat Obama s’est érigé, pendant l’Obamamania européenne, une posture d’homme politique international lors d’un discours puissant qui a résonné jusqu’à son élection en novembre.

Le Romney 2012 a fait le choix de la fausse discrétion quand le Obama 2008 avait décidé de se propulser sans complexe sur la scène médiatique européenne en donnant dans le centre de la capitale un discours fleuve. Ca en disait long sur, déjà à l’époque, la force d’attraction à l’étranger d’un homme qui n’était alors qu’un candidat qu’on pointait parfois du doigt pour son manque d’expérience. Son passage berlinois lui procura une étoffe d’homme politique international et un costume virtuel de président. Alors que Obama incarnait l’espoir d’un renouveau des relations diplomatiques transatlantiques, le candidat Romney représentait cet été le danger d’une rechute de “l’Amérique” dans une présidence à la Bush malgré les efforts du mormon pour se dissocier de ce dernier.

Avec toute la meilleure volonté du monde, Mitt Romney n’aurait pu effacé les écueils du dernier républicain à avoir présidé la Maison Blanche. Ces déplacements suivants en Israël et en Pologne n’ont pas non plus bénéficié du retentissement médiatique positif escompté. Expliquer la différence du PIB entre Israël et l’Autorité Palestinienne par des disparités culturelles n’est pas ce qu’on appelle une analyse fine de la région, quant à réussir à s’attirer les foudres de Mahmoud Abbas pendant un séjour express ne relève pas d’une diplomatie particulièrement adroite. Il aurait pu au mieux, quitter le Moyen-Orient dans l’indifférence. Là où Barack Obama avait suscité l’enthousiasme en 2008 (Afghanistan, Irak, Jordanie, Israël, Berlin, Londres et Paris) lors d’une tournée transatlantique vaste et téméraire, Mitt Romney laisse perplexe tant son circuit sera resté confidentiel et bref.

En 2008, le prix Nobel de la paix polonais Lech Walesa avait “poliment” snober Barack Obama mais a accepté de recevoir le candidat républicain en août dernier pour le soutenir publiquement. L’équipe de campagne de Romney, aussi talentueuse qu'elle soit, doit sûrement naïvement penser qu’obtenir son appui pourra l’aider à rallier une partie de la diaspora aux Etats-Unis après que Obama ait joué au yoyo politique concernant le bouclier antimissile. Lech Walesa n’a néanmoins pas l’écho et l'influence aux Etats-Unis que le clan républicain espère. C’est donc dans une relative indifférence que Mitt Romney a quitté le vieux continent en août 2012 quand Obama en 2008 laissait derrière lui une Europe apprivoisée. L’Obama-mania n’est bien sûr plus intacte et a souffert d’une désillusion prévisible car les attentes étaient trop lourdes pour un seul homme, mais si elle avait la possibilité de voter, le démocrate serait largement élu.

Certes, Mitt Romney n’a pas atteint pas le délicieux niveau des perles verbales d’une Sarah Palin en 2008, mais aura, pendant cette campagne européenne, prouvé que n’est pas Obama qui veut. Même si l’issue de l’élection américaine n’est clairement pas dans la main des Européens, bénéficier du soutien médiatique et populaire au-delà de ses propres frontières ne peut pas faire de mal. Romney a, de façon peu habile, éviter de visiter des pays de la zone euro (dont la France, pays qu'il connait bien pour y avoir vécu plus jeune, mais décidément trop 'liberal' depuis quelques mois) et semble avoir fait le service minimum.

Le conservateur Mitt Romney ne fait donc le poids dans le match européen mais le “social-démocrate” Obama a fait des déçus après avoir brillé par son absence aux grands rendez-vous européens ces dernières années. « Parcourir » l’Europe ne change certes pas la donne de la course à la Maison Blanche, mais quitte à s’y rendre autant être sûr d’être préparé sans avoir l’air d’un touriste estival faisant du vague prosélytisme politique.

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Photo source: Wikicommons.

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