"Nous ne payerons pas la crise"

Par Marta Palombo | 2 mai 2012

Pour citer cet article : Marta Palombo, “"Nous ne payerons pas la crise"”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 2 mai 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1481, consulté le 23 mars 2017

TINA, There Is No Alternative. C’est le message des autorités italiennes au sujet de la rigueur. Mais c’est une politique douloureuse, un remède amer que les Italiens, et surtout les jeunes, n’aiment pas. La situation économique est dramatique, mais les conséquences politiques pourraient être pires.

Il n'y a pas d'autre choix 

Le Président de la République, Giorgio Napolitano, a plusieurs fois rappelé qu’il n’y a pas d’autre choix pour l’Italie : les mesures d’austérité ont été « imposées » par l’actuelle situation, très fragile, et une dette publique sans précédents à laquelle il est impossible de ne pas se confronter. Cependant, il est clair qu’une telle politique entrainera (ou entraine déjà) d’importantes conséquences : les coupes budgétaires posent des problèmes pour la croissance et l’emploi, et en premier lieu l’emploi des jeunes. Les données sur le chômage des jeunes en Italie sont en effet préoccupantes. Déjà en 2011, le taux de chômage était de 9,7% pour les 15 - 64 ans, et de 23% pour les 15 - 29 ans, avec un pique de 34,3% dans les régions du Sud. Les chiffres sont encore pires pour les 15 - 24 ans, où le chômage concerne 32,6% des jeunes. Selon le Centre pour les Etudes et les Investissements Sociales, environ un million de jeunes en Italie ont perdu leur travail entre 2007 et 2010. Les conditions de travail des jeunes en emploi sont également à prendre en compte : le Président Napolitano a exprimé une forte préoccupation pour les conditions de précarité et l’exploitation qui caractérisent trop souvent les emplois des jeunes en Italie. Ce n’est donc pas surprenant que les estimations répètent que chaque année environ 60.000 jeunes italiens quittent le pays.

Le rêve de la jeunesse italienne en fumée 

Quand Mario Monti a annoncé sa « manœuvre d’austérité » de 30 milliards d’euros, il a aussi annoncé que des sacrifices étaient nécessaires ; et les voilà. La réforme sur le marché du travail a aussi suscité beaucoup de critiques. Le ministre du Welfare Elsa Fornero a déclaré que l’objectif de cette réforme était de trouver un équilibre entre les « hyper-garanties » dont bénéficient certains postes de travail, et l’ « hyper-flexibilité » des employés précaires, et donc de rendre le marché du travail plus dynamique. La réforme, telle que proposée par le gouvernement au Parlement, rend plus difficile la flexibilité à l’entrée du marché du travail afin de décourager les abus concernant les contrats temporaires ou à projet. Dans le même temps, elle augmente la flexibilité à la sortie du marché du travail. Un coup dur pour « le rêve italien » : les jeunes ont hérité de leurs parents la perspective de terminer leurs études, trouver un travail pour la vie, acheter un appartement et construire au plus tôt une famille. Un désir, plus qu’une perspective, qui est maintenant une image brisée par la crise. Dans ce contexte, on comprend bien que la phrase du Premier ministre Mario Monti, qui, en incitant les jeunes à accueillir le défi de la flexibilité, a déclaré aux médias qu’un poste de travail fixe serait monotone, a suscité la rage et l’indignation d’une grande partie de la société.

Indignation et rage des ciotyens envers la politique

Indignation est vraiment le mot-clé, parce que ce sont avant tout les « Indignati » (ou « Indignados », ou « Indignés ») qui se sont opposés à la politique de rigueur au cri « Non pagheremo noi la vostra crisi » (« Nous ne payerons pas votre crise »). Dans plusieurs manifestations, jeunes et étudiants ont exprimé leur protestation avec des slogans tels que : « Non au gouvernement d’austérité ! », « Bas les pattes de notre futur ! », et tant d’autres. Les jeunes Italiens demandent pourquoi, plus encore pourquoi maintenant, et pourquoi ce sont eux qui doivent payer. Malheureusement, à cause de cette rage et de cette volonté de révolte, les effets secondaires négatifs ne se font pas attendre. La violence dans les manifestations des Indignés d’octobre dernier, qui a transformé Rome en un champ de bataille, en est un exemple éclatant. Mais il y a des conséquences plus subtiles, plus lentes, peut-être plus dangereuses : c’est la haine contre la politique, comme réaction à l’austérité.

Un autre facteur a aussi contribué à augmenter la méfiance des Italiens, et surtout des jeunes Italiens, envers la politique : les nombreux scandales qui ont frappé les partis politiques italiens en sont un exemple. Plus précisément, le récent cas de la Lega Nord a eu un très fort impact sur l’opinion publique. Le sentiment des jeunes est que les hommes politiques ne les représentent plus, ni à droite ni à gauche, ni ceux du gouvernement « technique ». Par conséquent, il y a un désir d’une politique renouvelée, qui puisse agir dans l’intérêt général des individus, souvent aussi faite par les individus ensemble. En effet, il suffit de regarder Facebook pour capter ce mouvement : tout d’un coup, les jeunes Italiens qui ne s’étaient jamais intéressés à la politique, parlent tout le temps de la réformer. Ce ne sont pas des propositions, mais plutôt des accusations envers « les mécanismes injustes qui font souffrir le peuple sans motivation », ou envers « les voleurs sans scrupules assis au Parlement ». Tout d’un coup, tous deviennent experts en politique. Malheureusement, en analysant ces modes d’expression, on comprend immédiatement que pour la plupart ils ne véhiculent pas une réflexion, mais seulement de la rage. 

L’emblème de cette situation est peut-être Beppe Grillo : humoriste et acteur, il s’est transformé en militant politique en 2007, et en 2009 il a crée le Mouvement 5 étoiles, mouvement politique inspiré des idéaux de démocratie participative et directe. Beppe Grillo est le symbole de l’antipolitisme. Il a eu et continue d’avoir du succès, et spécialement parmi les jeunes, parce qu’il dit ce que les citoyens veulent entendre : des critiques, des critiques, et encore des critiques. Mais son problème est cependant qu’il n’a pas de propositions alternatives, qu’il n’a pas de projet politique réel. Il ne parle pas des choses qu’il y aurait à faire, à changer. Il incarne seulement la rage et la révolte. C’est l’antipolitisme, et cela fait peur : l’antipolitisme met en danger les institutions, et ouvre la porte aux populismes extrêmes. L’expérience du fascisme nous enseigne que c’est la route que prennent les régimes autoritaires. Et précisément à l'occasion de la fête de la libération de l’Italie du fascisme, le 25 avril dernier, le Président Napolitano a rappelé dans son discours officiel le danger de la démagogie, l’impossibilité d’un système politique démocratique sans partis, et donc la nécessité d' « extirper ce qui est pourri » dans les partis politiques.

Restaurer la confiance 

Si la crise n’est pas une maladie italienne, et l’austérité un remède nécessaire, il est urgent de donner aux Italiens, et surtout aux jeunes italiens, une nouvelle confiance dans la politique. Cela passe sans doute par des politiques de relance économique, mais aussi par un nouveau sens des responsabilités politiques des partis et des hommes politiques pour trouver une nouvelle légitimité au gouvernement. Cela est indispensable pour éliminer les dangers populistes qui menacent la démocratie : il est fondamental de faire comprendre aux citoyens qu’il n’y a pas d’hommes politiques « méchants » qui leur « font payer la crise » ; il y a seulement des efforts nécessaires pour construire leur futur sur des bases solides. Le populisme est l'une des causes les plus fortes qui ont amené l’Italie dans sa situation actuelle, et il faut donc faire tous les efforts possibles pour l’éliminer du présent et du futur.

 

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