Nabucco : oui, mais...

Par Eurechos | 5 mars 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Nabucco : oui, mais...”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 5 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/825, consulté le 06 décembre 2022

L’obstacle majeur d’un tel projet est certainement lié à la question de l’approvisionnement. Cette problématique est la clef de voute quant à la réalisation du projet et de multiples inquiétudes surgissent à ce sujet. Ainsi, les pays qui semblent être les partenaires obligés de Nabucco, à savoir les pays de la mer Caspienne auxquels on peut ajouter l’Irak, posent tous des questions en ce qui concerne leur aptitude à fournir des quantités de gaz importantes. Non pas que ces pays manquent de réserves (bien au contraire), ce sont en réalité des problèmes d’ordre technique et politique qui s’imposent. L’exemple de l’Iran est le plus criant : la vétusté de ses installations d’extractions et son retard technique mettent clairement en doute ses capacités à produire du gaz à grande échelle. Parallèlement, ses relations diplomatiques difficiles et complexes avec l’Union Européenne font de ce pays un partenaire énergétique incertain. Ces difficultés techniques peuvent aisément s’appliquer aux cas de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan et du Turkménistan. Quant aux soucis d’ordre politique, il va sans dire que l’Irak, dans le contexte actuel, n’en est pas dispensé.

Néanmoins, ces fournisseurs apparaissent comme des partenaires indispensables à la réalisation du projet. Sans ces derniers, le gazoduc européen ne pourra pas atteindre les 30milliard de m3 de gaz, seuil en dessous duquel le gazoduc ne serait pas rentable. Plus important encore, il est nécessaire que dès sa mise en service, sa production atteigne 15 milliard de m3 afin que les investisseurs acceptent de prendre part au projet. Vient alors se greffer le second point noir qui contrarie la mise en œuvre de Nabucco : son financement. On le voit, il est le corolaire de l’approvisionnement et aujourd’hui celui-ci est loin d’être bouclé. Enfin, dernier problème et de taille pour Nabucco : la concurrence. Gazprom et l’Etat russe ne voient pas d’un bon œil le projet et South Stream est là pour rappeler que Gazprom ne tient pas à voir son hégémonie en matière énergétique être battu en brèche par un concurrent dans lequel de facto il ne peut pas prendre part. Ainsi, le gazoduc poétiquement nommé semble être dans une impasse et sa réalisation compromise.

Pourtant, des raisons de croire en son aboutissement subsistent mais il faut que l’Union européenne prenne son temps, temps dont elle dispose car il apparaît que les besoins gaziers européens sont couverts pour les dix années à venir. La question de recourir à Nabucco est vitale mais elle ne se posera qu’aux alentours de 2020-2025, dans la décennie qui s’annonce, l’Europe aura la possibilité de réfléchir au règlement de la question de l’approvisionnement. D’ailleurs, afin d’échapper à la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et de Gazprom, l’Europe a la possibilité durant cette période de recourir au Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Ce dernier possède le double avantage d’éviter les tracés hautement politiques dont la rentabilité n’ est pas assuré tout en permettant de diversifier les fournisseurs. Des liens pourraient être développés avec l’Algérie, le Nigéria ou encore le Qatar. En outre, des terminaux existent notamment en Turquie et en Grèce et ce mode d‘approvisionnement ne cesse de se développer. Qui plus est, remettre à plus tard la réalisation de Nabucco permettrait de trouver de nouveaux partenaires privés pouvant participer à son financement.

Enfin, en ce qui concerne la concurrence de South Stream, même si les bruits de couloir alimentés par les annonces tapageuses de l’Etat russe et de son bras armé en matière énergétique Gazprom, semble faire de South Stream le projet idéal et immédiatement réalisable, la réalité est tout autre . En effet, Nabucco n’a pas à rougir de son concurrent et compte même de nombreux avantages sur celui-ci. Ce dernier a obtenu comme North Stream le statut de « réseau transeuropéen » ce qui les qualifie de projets d’intérêt commun et les rend éligible à des soutiens financiers, ce qui n’est pas le cas de South Stream. De plus, le coût du projet Nabucco est bien moindre que celui du projet offshore russe, alors que Nabucco coûterait 8 milliards, South Stream lui a un coût bien plus élevé du a sa technicité difficile à établir. En effet, certains experts évalueraient son coût à 40 milliards alors que Gazprom l’estime à 20 milliards. Difficulté renforcée par le fait que les « feasibility studies » pour toutes les parties du gazoduc ne sont pas encore disponibles. Ainsi, sans ces études préparatoires achevées qui pourront évaluer toutes les difficultés techniques à surmonter, (South Stream doit passer à travers 900 km d’eaux territoriales turques et bulgares afin d’éviter les eaux territoriales ukrainiennes et dans une profondeur de 2200m) il est impossible d’évaluer le véritable coût du projet. Autre difficulté pour South Stream, il n’est pas sûr que le gouvernement russe (malgré de nombreuses déclarations politiques) veuille investir dans un tel projet car dans le contexte de crise actuel avec la mise en place du projet North Stream, South Stream ne semble pas se justifier aux yeux du Kremlin. Il semble que l’objectif principal de l’Etat russe est d’assurer le développement des champs de gaz au nord du territoire, comme celui de Yamal, qui ont besoin d’investissements massifs pour pouvoir se développer. Il se peut que cet objectif primera sur la nécessité d’un second projet de contournement de l’Ukraine tel que le projet South Stream. Dans une telle situation, il est ainsi aujourd’hui légitime de poser la question de la viabilité du projet « South Stream ».

 

La délégation GDF Suez,

Matthieu Zuba,

Kenneth Mathieu,

Jan Kral.