Les Capitales vertes de l'Europe : un prix de communication durable ?

Par Virginie Lamotte | 4 janvier 2010

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “Les Capitales vertes de l'Europe : un prix de communication durable ? ”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 4 janvier 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/760, consulté le 17 septembre 2019

stockholm_2006_x130.jpgEn janvier 2010, Stockholm est devenue la première « capitale verte » de l'Europe. Ce prix, qui sera décerné tous les ans à une ville européenne, vise à récompenser une ville pour ses programmes environnementaux, ses ambitions en matière de développement urbain durable et sa capacité à les partager. Pourquoi avoir créé un tel prix ? En quoi consiste-t-il ?

En janvier 2010, Stockholm est devenue la première « capitale verte » de l'Europe. Ce prix, qui sera décerné tous les ans à une ville européenne, vise à récompenser une ville pour ses programmes environnementaux, ses ambitions en matière de développement urbain durable et sa capacité à les partager. Pourquoi avoir créé un tel prix ? En quoi consiste-t-il ?

Les capitales vertes : les origines du prix

L'idée de créer un prix pour les villes vertueuses en matière d'environnement est venue de l'initiative de Jüri Ratas, aujourd'hui ancien maire de Tallinn (Estonie), qui y a réuni le 15 mai 2006 quinze maires et élus locaux : « Je crois qu'une Europe verte et durable est essentielle pour l'amélioration de la santé publique et de la qualité de vie de nos citoyens ». À l'issue de cette rencontre, ces élus, soutenus par l'Association des villes estoniennes, ont signé un mémorandum à l'attention de la Commission européenne proposant la création des Capitales vertes. Aujourd'hui, 40 villes, dont 21 capitales soutiennent le projet.

Le prix vise à récompenser une ville modèle pour les autres municipalités en matière environnementale, une ville qui aurait une politique consistante en la matière, qui mettrait en œuvre des programmes de mobilité durable, qui gérerait ses déchets efficacement, et qui placerait l'innovation au centre de ses actions pour améliorer la qualité de son environnement urbain. Le mémorandum conclut que « les résultats accomplis par les villes dans ces domaines méritent plus de reconnaissance, d'appréciation et une plus grande dissémination pour les bonnes pratiques ». Les villes souhaitent ainsi être replacées au cœur des initiatives pour l'amélioration de l'environnement urbain et des standards de vie de leurs habitants.

Les villes au cœur des politiques environnementales

L'Union européenne compte 258 métropoles de plus de 250 000 habitants et 80% des Européens vivent en ville. Ces entités sont désormais des acteurs à part entière en matière économique et sociale, mais aussi environnementale dans l'organisation des politiques de leurs États. Cette concentration humaine et des activités nuit à leur environnement. L'enjeu aujourd'hui est donc de réduire cet impact sans ralentir le moteur économique. Les villes européennes regroupent en effet une bonne partie de l'activité économique et des richesses. En Europe centrale, les villes, et particulièrement les capitales ont un rôle moteur indéniable, à l'instar de la Slovaquie, de la Bulgarie ou de la Pologne dont leur capitale rassemble au minimum deux fois plus de richesse que le reste du pays.

Les Capitales vertes de l'Europe s'inscrivent dans le cadre communautaire d'une part via la politique environnementale de l'Union et d'autre part via la politique régionale. Par le principe de subsidiarité qu'applique l'Union européenne, les centres urbains ont un rôle clé à jouer dans la mise en œuvre de plans d'action locaux pour l'amélioration de l'environnement urbain : des normes de qualité ont été adoptées par l'UE, mais leur mise en œuvre est le fait des acteurs eux-mêmes. Les différents programmes qui ont été adoptés n'ont ainsi pas valeur contraignante, laissant aux niveaux nationaux et locaux les modalités de leur réalisation.

Le 11 janvier 2006, l'Union européenne a adopté une Stratégie thématique pour l'environnement urbain, qui encourage en premier lieu l'adoption d'approches intégrées pour la gestion des centres urbains. Elle vise ainsi à « améliorer la qualité de l'environnement urbain, en faisant des villes un lieu de villes, de travail et d'investissements plus attrayant et plus sain et en réduisant l'impact négatif des agglomérations sur l'environnement dans son ensemble ». Le développement des villes a concentré au fil du temps de nombreuses causes de dégradation de l'environnement (baisse de la qualité de l'air, intensification du trafic routier, pollution sonore, massification des constructions, augmentation des émissions de CO2, gestion des terrains vagues, des déchets et eaux usées). Que ce soit par des impulsions européennes, nationales, régionales ou locales, les villes sont par conséquent appelées à agir pour contrevenir à ces effets. La Commission européenne a ainsi souligné quatre thèmes d'action prioritaires : gestion urbaine, transports durables, construction et urbanisme.

À l'issue du Conseil européen de juin 2006 a été adoptée la Nouvelle Stratégie de l'Union européenne en faveur du développement durable : « L'objectif général est de recenser et de renforcer des actions permettant à l'UE d'améliorer de manière continue la qualité de la vie des générations présentes et futures, en créant des communautés durables, capables de gérer et d'utiliser les ressources de manière efficace et d'exploiter le potentiel d'innovation écologique et sociale de l'économie, en garantissant la prospérité, la protection de l'environnement et la cohésion sociale ». Elle décrit de nombreux défis : changement climatique et énergies propres ; transport durable ; consommation et production durables ; conservation et gestion des ressources naturelles ; santé publique ; inclusion sociale, démographie et migrations ; pauvretés dans le monde et défis en matière de développement durable. Tous ces enjeux sont applicables aux villes, qui doivent gérer ces questions au quotidien. La Stratégie conclut entre autres que « la Commission est invitée à élaborer des solutions possibles quant à la manière de promouvoir la "Campagne pour des villes européennes durables"; celle-ci permet d'échanger de bonnes pratiques, notamment en ce qui concerne l'élaboration de critères de qualité, d'indicateurs et d'instruments tels que l'analyse d'impact. Les meilleures initiatives prises par les autorités régionales et locales en matière de développement durable se verront décerner des prix chaque année ». C'est ce point précis qui lance de manière effectivement la création du prix, un mois tout juste après l'appel lancé depuis Tallinn.

Comment devenir une capitale verte ?

Toutes les villes européennes (Union européenne, États candidats, pays de l'EEE) de plus de 200 000 habitants peuvent se porter candidate. Pour les pays qui n'en disposeraient pas, la plus grande ville du pays a droit d'y participer. Pour les deux premières villes désignées (2010 et 2011), le processus de sélection avait commencé en 2008 : 35 villes avaient alors déposé leur dossier et huit ont été sélectionnées pour le deuxième tour de sélection. Qui pour évaluer les candidats ? Le jury est variable selon les années. Ses membres sont des experts reconnus dans leur spécialité (correspondant aux indicateurs), la Commission européenne et l'Agence européenne de l'Environnement.

L'évaluation porte sur des critères environnementaux, la capacité à mettre en œuvre des mesures innovantes et efficaces et les projets pour poursuivre les engagements pris à l'avenir. La capacité de partage des expériences et des résultats tient également une place importante. Les villes sont d'abord jugées sur des critères environnementaux. Ici, ce sont les indicateurs environnementaux qui dictent ces qualités. Il ne s'agira pas seulement des initiatives mises en œuvre par la ville elle-même, les initiatives impulsées par les gouvernements nationaux, les entreprises et les citoyens étant également prises en compte. Les indicateurs sont les suivants : contribution locale au changement climatique, transports locaux, espaces verts urbains, affectation durable des sols, nature et biodiversité, qualité de l'air ambiant, pollution sonore, production et gestion des déchets, consommation d'eau, traitement des eaux usées et enfin gestion de l'environnement par l'autorité locale. Le second principe, celui de la mise en œuvre de mesures innovantes et efficaces ainsi que la poursuite des engagements pour atteindre les objectifs fixés, s'applique quel que soit l'état de la nature environnante. Enfin, la communication et la capacité à mettre en réseau les bonnes pratiques appellent les villes candidates à se présenter comme des modèles et une source d'inspiration. Chaque candidat doit exposer un programme stratégique de communication, comprenant des plans d'action et des évènements pédagogiques et promotionnels.

Recevoir ce prix est avant tout une marque de prestige, puisque celui-ci ne permet pas l'octroi de financements spécifiques pour la mise en œuvre du projet proposé par les villes candidates. Il ouvre ainsi une vitrine pour les villes gagnantes d'un an de mise en valeur de leur action pour les autres villes européennes, un espace de bonnes pratiques également ouvert à l'international. {mospagebreak}

Stockholm 2010 et Hambourg 2011 : les premières villes primées

À l'issue de la première sélection, huit villes ont été retenues : Amsterdam, Bristol, Copenhague, Fribourg, Hambourg, Münster, Oslo et Stockholm. Le 29 janvier 2009, les deux premières villes gagnantes ont été désignées : d'une part Stockholm (2010) et Hambourg (2011).

Stockholm, capitale de la Suède, 800 000 habitants, a été récompensée par le jury pour son engagement historique en faveur du développement urbain durable et sa politique environnementale actuelle particulièrement ambitieuse (gestion du bruit et des déchets, transports durables). Son objectif d'être une ville sans énergie fossile d'ici 2050, a joué dans le choix de Stockholm, la ville ayant déjà réduit ses émissions de 25% par rapport aux niveaux de 1990. Par ailleurs, 95% de la population vit à moins de 300m d'espaces verts.

Hambourg, deuxième ville de l'Allemagne, 1,8 millions d'habitants, a été primée pour son fort engagement depuis une dizaine d'années : un Agenda 21, une loi de protection du climat (mesures d'équipement pour les bâtiments publics), gestion des déchets, consommation de l'eau, transports publics à moins de 300m et de nombreux espaces verts. La ville ambitionne également de réduire ses émissions de CO2 de 40% d'ici 2010 et de 80% pour 2050. Pour promouvoir le projet, elle a proposé la mise en circulation d'un « train des idées » où chacune des villes candidates qui le souhaiterait aurait son propre wagon pour partager ses expériences et bonnes pratiques.

Si Stockholm a été la première primée, Hambourg a été la ville qui avait reçu le plus de points à l'issue du processus de sélection et, dans son rapport d'évaluation, le jury recommandait de désigner Hambourg pour 2010 et Stockholm pour 2011. À la fin du premier tour d'évaluation, Hambourg était déjà première et Stockholm quatrième, devancée par Münster et Amsterdam. La différence s'est faite au second tour sur la pondération des points suite à la présentation orale où chacune des villes finalistes a pu défendre sont dossier, apporter un complément de documentation et présenter des plans d'action plus détaillés de même que des projets de dissémination. Ainsi, c'est l'antériorité de son action qui a permis à la capitale suédoise de se voir décerner la première édition du prix, malgré la qualité du dossier de Hambourg. Le poids de l'initiative et des impulsions nordiques en matière de développement durable aura ainsi indubitablement pesé dans la décision du jury.

Le Nord-Ouest condamné à gagner ?

Lors de la précédente sélection, l'Allemagne et l'Espagne étaient arrivées en tête du nombre de candidatures (respectivement sept et six villes). Les villes nordiques s'étaient aussi fortement mobilisées (sept candidatures, dont les quatre capitales Oslo, Stockholm, Copenhague et Helsinki). Sur les 35 villes candidates, seules sept provenaient d'Europe centrale et orientale : Lettonie (Riga), Roumanie (Cluj-Napoca), Lituanie (Kaunas, Vilnius), République tchèque (Prague) et Pologne (Łódź, Toruń).

Sur ces sept candidatures orientales, aucune n'est parvenue au second tour d'évaluation, la première d'entre elles est arrivée 15e dans le classement final : il s'agissait de Prague. En effet, les critères d'évaluation sont pour certains d'entre eux discriminants pour les villes de l'Est, qui n'atteignent pas (encore) les hauts standards édictés par les villes occidentales, en suivant le modèle de leurs voisines nordiques. Ainsi le premier d'entre eux - la ville la plus verte - met d'office sur la touche les villes d'Europe centrale, puisqu'elles n'ont pas le même recul, ni eu le même temps pour mettre en place de telles politiques. Le rapport d'évaluation conclut ainsi pour ce critère que « le candidat favori pour recevoir le titre sera probablement une riche ville de l'Ouest ». Même si les second et troisième critères visent à ne pas exclure les villes qui ont hérités d'un environnement détérioré, afin de récompenser les initiatives et les efforts d'améliorations continues, etc., les résultats finaux démontrent bien qu'il est difficile de les mettre en valeur.

 

D'ici le 1er février 2010, les villes peuvent déposer leur candidature pour recevoir ce label pour 2012 ou 2013. Quelles pourront être les chances réelles de Tallinn, Budapest, La Valette ou à nouveau Prague de défendre leur dossier et leur engagement en faveur de l'amélioration de leur environnement urbain ? Quelles pourront être les opportunités pour le jury de valoriser l'action de ces villes sans en venir à créer comme un « sous-prix » pour l'Europe centrale ? La décision finale sera annoncée en octobre.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

À lire

  • Commission européenne, Stratégie thématique pour l'environnement urbain, janvier 2006
  • Commission européenne, Nouvelle Stratégie de l'Union européenne en faveur du développement durable, juin 2006 

Source photo : Stockholm (2006) / Nouvelle Europe

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