La mer Baltique : un modèle d'union des villes ?

Par Katarzyna Jasik | 27 décembre 2009

Pour citer cet article : Katarzyna Jasik, “La mer Baltique : un modèle d'union des villes ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 27 décembre 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/755, consulté le 22 novembre 2017

gdansk_x130.jpgL'histoire de la région de la mer Baltique est complexe. Elle a divisé les Européens pendant la Guerre froide et semble redevenir un lieu de retrouvailles et d'échanges depuis la Chute du Rideau de Fer. Dans quelle mesure la mer Baltique est-elle un vecteur de coopération ? Quelles sont les initiatives prises et quel est le rôle des villes dans cette coopération ?

L'histoire de la région de la mer Baltique est complexe. Elle a divisé
les Européens pendant la Guerre froide et semble redevenir un lieu de
retrouvailles et d'échanges depuis la Chute du Rideau de Fer. Dans
quelle mesure la mer Baltique est-elle un vecteur de coopération ?
Quelles sont les initiatives prises et quel est le rôle des villes dans
cette coopération ?

La déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 affirme que « l’Europe ne se
fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des
réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait
». Le renforcement
de la coopération européenne passe d’abord par une coopération à une moindre
échelle, celle des villes par exemple.

La région de la mer Baltique peut être définie comme l’ensemble des États
qui la bordent, à savoir l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, la Suède et le Danemark, plus les régions russes de
Saint-Pétersbourg et Kaliningrad. Parfois on y ajoute aussi la Norvège et l’Islande qui
certes ne sont pas riverains, mais qui font partie des pays nordiques et sont de
ce fait liés aux intérêts régionaux. Le territoire de la région de la mer
Baltique compte pour un peu moins de la moitié du territoire de l’Union
européenne (environ 2,3 millions de km2) et rassemble près de 100
millions d’habitants. En même temps, il contribue à environ 16% du PIB de l’UE.

Avec l’adhésion de la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie à
l’Union européenne, la mer Baltique est devenue un « lac européen ».
Toutefois,
l’extension de l’UE n’est pas le seul et ultime facteur de la transition de la
région baltique vers un nouvel ordre régional. Le commerce autour de la
Baltique était une constante du développement économique de la région et la Hanse en est la preuve. Plus spécifiquement,
la Ligue hanséatique était l'association des villes marchandes de l’Europe du
Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique. Entre le XIIe
et le XVIIe siècle, cette Hanse a eu un rôle dominant au niveau
commercial, puis politique en Europe. Cette dynamique de liens économiques
tissés par quelques 130 villes est présente dans les mémoires si bien qu’en 1980,
à Zwolle (Hollande), les villes ont relancé ce projet en instaurant la Nouvelle
Hanse. Il s’agit d’une union internationale et volontaire
de villes, à laquelle participent actuellement plus de 200 villes de 16 pays
européens. Aujourd’hui, la Nouvelle Hanse, en se référant à la tradition de la
Ligue hanséatique, se focalise sur la coopération des villes au niveau
culturel, social et éducatif. Dans l’esprit de ce mouvement, pour appuyer ce
développement et augmenter les échanges autour de la Baltique, plusieurs programmes
de coopération ont été lancés.

Des initiatives régionales
des États du pourtour de la Baltique : les efforts des villes

L’Union des Villes baltiques (UBC), fondée en 1991 par une centaine de villes
de la région, est une organisation très décentralisée, fonctionnant en réseaux,
dont le champ d’activités est très vaste et s’étend de la coopération
économique à l’éducation en passant par la protection de l’environnement, la
culture, l’urbanisme ou le tourisme. Il s’agit avant tout d’un échange d’expériences
et de savoir-faire, de promotion de l’histoire, du patrimoine et de la culture de
la région ainsi que de l’organisation d’événements, surtout dans le domaine
sportif et culturel. Pour la période 2004-2009, les villes baltiques ont adopté le Programme d’action du nouvel Agenda 21.
Ce projet de 8 millions d’euros était financé par les villes et leurs États,
mais également par les différents programmes financiers de l’UE (FEDER, Interreg),
ainsi que le Conseil nordique. Le secrétariat permanent de l’UBC est basé à
Gdańsk, mais chacune des dix commissions sectorielles est dirigée par une autre
ville, chargée de coordonner la mise en œuvre de l'Agenda 21. 

En tant qu’outil d’entraide et de concertation, le jumelage entre villes de
la Baltique renforce davantage la dynamique mise en œuvre par l’Union des
Villes baltiques. Le principe de jumelage consiste en des échanges
socio-culturels entre des villes partenaires. Cette coopération est bien
illustrée par le jumelage des villes de Jurmala (Lettonie), Anadia (Portugal), Cabourg
(France), Eskilstüna et Gävle (Suède), Palanga (Lituanie), Pärnu (Estonie) et
Terracina (Italie) qui sont pour la plupart situées en bord de mer et qui se sont
regroupées autour de la question environnementale : en septembre
2006,  Jurmala a accueilli ses partenaires pour une conférence sur la « gestion
et protection du littoral ». Un autre exemple de coopération réussie est le cas de Saint-Pétersbourg. Avec l’abandon du nom de Leningrad, la ville est redevenue
la « fenêtre sur l’Europe ». L'Initiative
baltique, lancée en 1996 par la Commission européenne, vise à renforcer la position
de Saint-Pétersbourg dans la région baltique. La capitale du district nord-ouest russe s’est jumelée avec plusieurs villes de la région : Turku,
Gdańsk, Stockholm et Göteborg, elles-mêmes jumelées avec d’autres villes
baltiques (Tallinn, Oslo, Kaliningrad, Elseneur, Kalmar et autres). Cette
tradition de jumelage a été le moteur de création d’un réseau et de la mise en
place d’accords d'échanges entre différents instituts d’enseignement supérieur
de la région. Citons par exemple le Baltic
University Programme qui, impliquant à la fois les capitales et les « deuxièmes
villes », constitue un réseau de plus de 225 universités coopérant autour
de questions liées au développement durable, à la protection de l’environnement,
etc. Quant au Conseil des États de la mer Baltique (CEMB), celui-ci a financé de 1993 à 2005 un projet d'EuroFacultés dans les universités de Tartu, Riga,
Vilnius et Kaliningrad  (2000-2007), récemment transformé en programme nommé EuroBaltic Centres of Excellence géré par les villes elles-mêmes. Désormais, c'est la région de Pskov en Russie qui profitera du programme d'EuroFacultés. Dans
la mesure où ces projets se veulent très concrets et à taille humaine, se pose
alors la question de l’adhésion des citoyens. Au sein de l’Union européenne, un
bon jumelage doit idéalement créer des liens entre les citoyens et contribuer à
forger une identité européenne. Or, l’identité commune demeure toujours le point
faible de la construction européenne. 

D'un point de vue économique, le cas de la mer Baltique montre bien que non
seulement les capitales nationales – détentrices du pouvoir politique – peuvent
jouer un rôle économique à l'échelle internationale, mais également les villes secondaires. La Conférence des Métropoles baltiques
(Baltic Metropolises Network), connue sous le nom de BaltMet, est un forum qui rassemble les capitales (Copenhague, Oslo,
Stockholm, Helsinki, Tallinn, Riga, Vilnius, Varsovie, Berlin) et les grandes
villes comme Malmö ou Saint-Pétersbourg. Ces onze métropoles de la Baltique abritent
près de 25 millions d'habitants – ce qui représente un citoyen sur quatre de la
région de la mer Baltique. En tant que centres de l'activité économique et
culturelle, ces villes sont le moteur du développement régional. Une étroite
coopération entre les villes est le principal moyen afin de promouvoir la
recherche et la compétitivité dans la région. À cet effet,
les dix villes (sans Oslo) ont signé la Résolution
de Copenhague
lors de la rencontre du 12 et 13 octobre 2002.

Il ne faut pas oublier que les villes du pourtour de la mer Baltique sont
aussi membres de l’Association des Métropoles européennes, communément appelée Eurocities qui donne à ses membres la
possibilité de faire du lobbying à Bruxelles. Il s’agit de prendre en compte des
intérêts les collectivités locales et de leurs permettre de bénéficier des
financements communautaires.{mospagebreak}    

L’Union européenne dans la
coopération baltique : le réseau transeuropéen de transport 

Afin de réaliser l’objectif principal de l’Union européenne, à savoir la
réalisation du marché commun, et dans un souci d’intégration toujours plus
poussée de ses États membres, l’UE a mis en place un programme de développement
des infrastructures de transport connu sous le nom de Réseau de Transport
transeuropéen (RTE-T). Les projets effectués dans le cadre de ce programme
peuvent être financés par l’UE à hauteur de 20%.

Pour la région de la mer Baltique est construit le corridor de transport Via Hanseatica qui relie Saint-Pétersbourg
à Lübeck, via Tartu, Riga, Kaliningrad, Gdańsk, Rostock et Szczecin. La Via Baltica reprend le tracé de la route
européenne E67 afin de relier Varsovie à Helsinki, en passant par les États
Baltes, par une autoroute. La construction de cette autoroute a suscité une
grande controverse en 2007, car son itinéraire devait passer par un site
naturel unique en Europe – la vallée de la rivière Rospuda en Pologne – zone protégée par l’UE dans le cadre du réseau
européen Natura 2000. Après une longue période de protestation la décision de
contourner la vallée de Rospuda fut prise en 2009, ce qui a considérablement
ralenti le travail.

À l’horizon 2020, trente projets prioritaires
ont été arrêtés par le Parlement et le Conseil européen en 2004. Citons par exemple l’axe
ferroviaire « Rail Baltica : Varsovie - Kaunas - Riga - Tallinn - Helsinki ».
Le but est de réduire le
temps de transport et faciliter la mobilité aux citoyens européens. Pour l’instant le projet prévoit de relier
Varsovie à Tallinn d’ici 2013 par un train roulant à une vitesse de 120 km/h,
ce qui évitera un voyage qui prend actuellement environ 36 heures. Parmi
les projets prioritaires déjà achevés pensons au pont de l’Øresund entre le
Danemark et la Suède, dont la construction fut terminée en 2000. Lien direct
entre Copenhague et Malmö, le pont favorise, avec une moyenne de 12 000 passages
par jour, le développement régional, la coopération transfrontalière, et
constitue une solution au problème de saturation d’infrastructures.

La coopération au sein
de l’Union européenne se fait à différents niveaux. « Le retour d’expérience entre
les régions » est une nouvelle face de la politique menée par l’Union
européenne, qui vise à mieux intégrer et harmoniser à un niveau régional voire
local avant d’agir à grande échelle. C’est ainsi qu’à l’échelle des villes la cohésion se fait à travers des coopérations plus ciblées. Certes, il s’agit de
participer à la cohésion du territoire, de construire une communauté
économique, mais également de rapprocher les habitants. Ce rapprochement est
essentiel pour bâtir un lien plus étroit entre les nations, un des objectifs
fondamentaux de l’Union européenne. Cette tâche est sûrement la plus difficile
à mener à bien, mais c’est ainsi que la coopération entre les villes dévoile la
dimension humaine du projet européen. Malheureusement, la coopération
transfrontalière entre celles-ci est toujours un sujet qui reçoit trop peu
d’attention au quotidien ; les acteurs locaux sont trop peu informés et
les projets et programmes n’ont pas la portée qu’ils méritent. La coopération entre
les villes n’est encore pas aussi poussée qu’elle ne pourrait l’être. Les
projets plus ambitieux passent toujours par l’État, même si c’est au niveau
local que ces programmes seront ensuite mis en œuvre. Peut-être pour mieux
coopérer, les villes devraient jouir de plus d’autonomie ? Il serait
intéressant de voir si quelque chose va changer avec l’adoption récente (octobre
2009, sous la Présidence suédoise) de la stratégie pilote de l’Union européenne
pour la région de la mer Baltique, qui devra être mise en œuvre lors d’un
forum prévu pour le 13 octobre 2010 à Tallinn, en Estonie.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

À lire

  • BAYOU Céline, Saint-Pétersbourg : capitale russe de la mer Baltique ?, CREMOC
  • BLANC-NOEL Nathalie, La Baltique, une nouvelle région en Europe,
    L’Harmattan, 2002
  • TETART Frank, Géopolitique de Kaliningrad, une « île » russe au sein de
    l’Union européenne élargie
    , PUPS, Paris, 2007

Source photo : Gdansk, par bilgungsroman sur Flickr

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