Vers une nouvelle crise gouvernementale en Pologne

Par Isabelle Pinzauti | 5 novembre 2009

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Vers une nouvelle crise gouvernementale en Pologne”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 5 novembre 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/709, consulté le 21 mai 2022

donald_tusk_x240.jpgLe 2 octobre 2009, grand nombre de médias polonais titraient sur une affaire de corruption présumée mettant en cause des responsable de PO (Platforma Obywatelstwa –Plateforme Civique) du Premier ministre Donald Tusk. Gazeta Wyborcza, principal quotidien polonais du très connu Adam Michnik, titrait alors "Le plus grand scandale éclaboussant le gouvernement Tusk".

donald_tusk_cba.jpgLe 2 octobre 2009, grand nombre de médias polonais titraient sur une affaire de corruption présumée mettant en cause des responsable de PO (Platforma Obywatelstwa –Plateforme Civique) du Premier ministre Donald Tusk. Gazeta Wyborcza, principal quotidien polonais du très connu Adam Michnik, titrait alors "Le plus grand scandale éclaboussant le gouvernement Tusk".

Que s’est- il passé ?                                      

Ainsi selon le CBA (Bureau Central anticorruption), le Ministre des Sports Drzewiecki et le Président de la Commission des finances du Sejm (Parlement polonais) Monsieur Chlebowski (aussi président du groupe parlementaire PO) auraient, sous l’influence des lobbyistes, bloqué l’introduction d’une nouvelle taxe sur les recettes des jeux de hasard, taxe qui devait servir à financer l’Euro 2012. 

La Direction du parti a dû prendre une décision rapide et cinglante, et ainsi Monsieur Chlebowski a été immédiatement suspendu de ses fonctions en tant que chef du groupe parlementaire. D’autre part, l’opposition (constituée principalement par le parti PiS du Président de la République Kaczynski) a demandé qu’une commission parlementaire d’enquête soit mise en place et qu’une motion de censure soit votée à l’encontre du Ministre des Sports. 

Quatre  jours après que le scandale ait éclaté et que de nombreux affres entre les partis écumés, le Ministre des Sports s’est vu obligé de démissionner car l’accusation de trafic d’influence était trop grave et ne l’éclaboussait pas seulement lui mais tout son parti, alors que les élections présidentielles auront lieu en 2010. Comme le présageaient les médias, ce premier départ n’était que le début d’un plus vaste remaniement gouvernemental que Donald Tusk a annoncé dès le lendemain. 

De fait, le 6 octobre, le Premier ministre a annoncé le départ du Vice-Premier ministre et Ministre de l’Intérieur, M. Schetyna ainsi que du Ministre de la Justice, M. Czuma, et d’un Secrétaire d’État au sein du Ministère de l’Économie, M. Szejnfeld. En parallèle, le chef du Bureau anti-corruption a été révoqué car Tusk juge qu’il est devenu un « instrument politique » et qu’il faut une personne plus détachée et impartiale. En effet, il semblerait qu’il aurait omis des informations face au gouvernement au sujet d’une autre affaire, la privatisation des chantiers navals de Gdynia et Szczecin, sous l’influence du PiS dont il est sympathisant (bien que pas officiellement membre du parti car il ne pourrait pas occuper sa fonction actuelle en l’étant) .

Tout en réaffirmant sa confiance envers ses collaborateurs, ces départs ont été jugés nécessaires par Tusk afin de « conserver la confiance des Polonais et garantir le bon fonctionnement du gouvernement ». De plus, il a souligné la nécessité d’impartialité et de transparence du gouvernement au cours des différentes étapes qui mèneront à l’éclaircissement final de toute cette affaire. 

Dans ce contexte, le chef du gouvernement a exprimé son accord de principe pour la création d’une commission d’enquête parlementaire comme le souhaite l’opposition. Pour cette raison, il a décidé de renforcer les structures du groupe parlementaire de  PO en y associant M. Schetyna (devenu chef du groupe) et trois autres proches collaborateurs, Secrétaires d’État au sein de sa Chancellerie.

La réaction des médias 

Ce remaniement a été salué par les médias et on pouvait lire dans Gazeta Wyborcza «  M. Donald Tusk veut rétablir la crédibilité de son gouvernement et gagner la guerre contre le PiS au Parlement, il doit démontrer que son gouvernement a endigué la corruption et que son parti n’est pas touché par la corruption ». Le journal estime que « s’il veut montrer aux Polonais qu’il est réellement un homme d’État et non seulement un chef de parti, ce dont l’accuse M. Mariusz Kaminski (chef du CBA) le Premier ministre doit trouver un candidat à la direction du CBA aussi ferme et impartial que son prédécesseur, qui n’aurait pas hésité à s’en prendre aux collaborateurs des frères Kaczynski s’il était convaincu de leur culpabilité ». En plus, il devra reconstruire rapidement son gouvernement, « car seul un gouvernement efficace, et de nouveaux ministres garantissant l’indépendance des Ministères de la Justice et de l’Intérieur, permettront de recouvrer la confiance de l’opinion publique ».  

Dans cette ambiance complexe, tout le monde sait, médias comme citoyens, que l’opposition, aussi bien le PiS que le SLD (parti de gauche), chercheront désormais à impliquer le Premier ministre dans l’affaire. « C’est la question de la fuite sur l’enquête du CBA contre les hommes politiques de PO, qui semble la plus intéressante », a déclaré un membre de PiS. Enfin, M. Jaroslaw Kaczynski, chef du PiS (et frère jumeau du Président de la République), a déclaré dans une émission politique que le Premier ministre « figurait parmi les suspects ».  

Le 8 octobre, lors de son allocution devant le Sejm, Donald Tusk vouloir faire le maximum pour que clarté soit faite dans cette affaire mais aussi, face aux provocations du PiS et CBA, « nous gagnerons la guerre ».

Un nouveau gouvernement

Le 14 octobre, l’affaire revenait à la une avec l’annonce ainsi que de la nomination des nouveaux Ministres de la Justice, de l’Intérieur, des Sports et du Tourisme. Mais c’est surtout la révocation du chef du CBA, remplacé immédiatement par un ancien de la maison, qui a été remarquée, d’autant que celle-ci a été faite sans attendre l’accord écrit de la Présidence. Enfin révoqué, M. Kaminski a annoncé tout de suite sa volonté d’attaquer en justice la décision du Premier ministre. Néanmoins, M. Wojtunik, son remplaçant, s’est mis à la tache sans attendre et a dès le lendemain « nettoyé énergiquement le CBA » comme le soulignait le quotidien Polska, en limogeant deux adjoints de son prédécesseur.

 

Il a ainsi suivi les préconisations du Premier ministre qui a précisé lors de sa nomination les responsabilités du nouveau chef du CBA : « M. Wojtunik devra s’abstenir de faire de la politique, faire preuve d’un réel professionnalisme et lutter sans pitié contre la corruption ».

Le dernier évènement lié à cette affaire est l’annonce il y a quelques jours est la probable mise en place d’une commission parlementaire d’enquête pour examiner le trafic d’influence lors de l’élaboration du projet de loi sur les jeux de hasard. Elle devrait être présidée par un chef de l’opposition, c’est-à-dire probablement du parti PiS du Président ainsi que du SLD. Depuis le 22 octobre, la question de l’ouverture de cette commission ainsi que sa composition sont débattues au Sejm. Le premier jour, le SLD déclarait vouloir « aider Tusk à s’excuser auprès des Polonais ». Ainsi, il s’agit là d’une affaire qui promet encore d’être tumultueuse et non sans influence sur ceux qui devront élire leur nouveau Président au cours de l’année à venir.

Les effets sur l’opinion publique

Après la révélation de toute cette affaire, Gazeta Wyborcza a publié un sondage (effectué entre les 2 et le 4 octobre) sur l’évolution des préférences électorales des citoyens polonais. Alors que le soutien au PiS est de 28% (augmentation de 4 points), PO a perdu 4 points tombant ainsi à 48%. Ce sondage montrait aussi que l’actuel Premier ministre demeure malgré tout le candidat favori à la Présidence avec une cote de popularité de 37% suivi de M. Cimoszewicz (17 %, ancien Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, il pourrait être le candidat du SLD, mais pour l’instant il demeure sympathisant d'une gauche indépendant) et enfin l’actuel Président Lech Kaczynski avec 15 points. 

En ce qui concerne le deuxième tour, si Kaczynski et Tusk devait s’affronter ce dernier gagnerait avec 70% des voix alors que contre Cimoszewicz, ce serait seulement par 59%.

 

Certains envisageant des élections anticipées, un sondage paru dans Rzeczpospolita montraient que 47% des Polonais les souhaiteraient, ainsi que la démission du gouvernement suite au récent scandale mettant en cause le PO. Néanmoins, un nombre équivalent se prononce contre tout changement du calendrier électoral prévu.

Selon le politologue M. Biskup, « le gouvernement Tusk reste toujours en vie, parce que le chef du gouvernement gère habilement le conflit PO-PiS. Il a déclaré la guerre et cela fonctionne. Une partie des électeurs est choquée par les affaires de corruption, mais ils détestent plus encore le PiS, et c’est pour ça qu’ils  continuent de soutenir le gouvernement et donc le PO ». En effet un sondage effectué entre le 16 et le 18 octobre montre que désormais 49 % souhaitent voter pour le PO et plus que 26% pour PiS et d’après leurs données, le PO a gagné un point et les autres partis en ont perdu dont 2 points pour le PiS. Ainsi, malgré cette affaire peu claire, les Polonais semblent toujours faire confiance au parti du Premier ministre.

 

(Certaines traductions de journaux sont extraites de la Revue de Presse quotidienne de l’Ambassade de France à Varsovie).

 

 

Pour aller plus loin

Sur Internet

Source photo : Gazeta Wyborcza