Préparation de la Présidence hongroise de l’UE : entretien avec Attila Ágh

Par David Cadier | 29 août 2009

Pour citer cet article : David Cadier, “Préparation de la Présidence hongroise de l’UE : entretien avec Attila Ágh”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 29 août 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/692, consulté le 08 décembre 2022

agh.jpgopinion.pngAttila Ágh, professeur de sciences politiques à l’Université Corvinus de Budapest et directeur du Centre d’Études sur l’Union européenne de l’Académie des Sciences de Hongrie, est spécialiste des questions institutionnelles et administratives liées au contexte de l’élargissement. À ce titre, il participe activement à la préparation du programme de la Présidence hongroise du Conseil européen (premier semestre 2011), programme dont il dévoile pour Nouvelle Europe les principales orientations.

opinion.pnghungary_eu.jpgAttila Ágh, professeur de sciences politiques à l’Université Corvinus de Budapest et directeur du Centre d’Études sur l’Union européenne de l’Académie des Sciences de Hongrie, est spécialiste des questions institutionnelles et administratives liées au contexte de l’élargissement. À ce titre, il participe activement à la préparation du programme de la Présidence hongroise du Conseil européen (premier semestre 2011), programme dont il dévoile pour Nouvelle Europe les principales orientations.

 
 

Comment caractériser, cinq ans après l’élargissement, le positionnement de la Hongrie au sein de l’Union européenne ? Quelles sont ses préférences et ses priorités en matière de politiques communes ?  

 
 

À long terme, les politiques de cohésion économiques et sociales sont à la fois les politiques européennes les plus attractives et les plus délicates pour le pays. La Hongrie est opposée à la renationalisation de certaines compétences communautaires, tel par exemple la politique de cohésion, politique dont le financement est d’ailleurs regardé par Budapest comme une question de premier ordre en ce qu’elle représente un instrument décisif stimulant la croissance économique et la création d’emplois dans le pays. Bien que la Hongrie soit également un bénéficiaire important de la Politique agricole commune (PAC), sa position reste ouverte quant aux réformes potentielles après l’échéance 2013.  Ainsi, de façon générale, et bien que cette question soit largement ignorée par l’opinion publique, hommes politiques et experts académiques suivent avec attention la réforme du budget. La Hongrie est en faveur d’un budget déterminé à l’aune des politiques communes et souhaite par conséquent un accord sur certaines politiques ciblées. Pour autant, l’actuelle réforme du budget ne doit pas fondamentalement modifier l’architecture financière de la période 2007-2013, les nouveaux éléments ne doivent pas être introduits au détriment du financement des politiques actuelles. La position nationale en ce qui concerne le financement de l’UE tend à favoriser des changements lents et minimes, notamment en ce qui concerne l’introduction de nouvelles politiques communautaires (climat, énergie et innovation).

 
 

En matière de politique étrangère, la Hongrie a des intérêts vitaux dans les Balkans occidentaux, région de son voisinage direct qui accueille une part majeure de ses investissements à l’étranger. Budapest a toujours été prudente lorsqu’il s’agissait de prendre position sur les conflits qui secouaient la région, il en est allé ainsi de la question de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. La population hongroise demeure favorable à une continuation de l’élargissement, mais avec de plus en plus de réserves, la Croatie bénéficiant d’un soutien fort alors que la candidature de la Turquie fait débat dans le pays.

 
 

En ce qui concerne les relations extérieures de l’UE, le dossier prioritaire pour la Hongrie est le volet oriental de la Politique européenne de voisinage (PEV), et en particulier la nouvelle initiative du ‘Partenariat oriental’. Des pays concernés par ce programme, l’Ukraine est indéniablement le pays clé, de par sa situation géographique (frontière commune) mais aussi de par la particularité et la complexité de sa situation politique interne, génératrice à la fois de menaces et d’opportunités. Ainsi, la Hongrie fait partie des États membres qui poussent à un approfondissement des relations UE-Ukraine, Budapest avançant par exemple l’idée d’un statut juridique intermédiaire – entre celui actuellement conféré par la PEV et celui d’État membre – qui tiendrait compte de la spécificité de l’Ukraine. En tout état de cause, la Hongrie considère qu’il est important de ne pas exclure la perspective d’adhésion pour l’Ukraine, même si le calendrier de cette accession reste en suspens. L’immigration illégale en provenance d’Ukraine (composée à la fois d’Ukrainiens et de migrants en transit), et ses corollaires en matière de travail illégal et d’activités criminelles, représente le principal risque posé à la Hongrie par son voisinage oriental. Bien que Budapest n’en ait pris la pleine mesure, la Hongrie passe peu à peu de pays de transit à celui de destination de flots  migratoires.

 
 

Les questions méditerranéennes ont peu d’importance pour la Hongrie. De façon générale, Budapest souhaite que les dimensions méridionales et orientales de la PEV soient mieux équilibrées, que l’UE approfondisse ses relations à l’Est en leur donnant un cadre plus stable et en favorisant une approche plus pragmatique. La Hongrie, considèrant la Russie comme un partenaire stratégique, est en faveur de la négotiation d’un nouvel Accord de Partenariat et de Coopération (APC). Au niveau des relations bilatérales, si la politique gouvernementale à l’égard de la Russie est marquée par un fort pragmatisme, l’opposition pour sa part met l’accent sur la nécessité de pousser l’UE à exiger de la Russie des avancées démocratiques. À dire vrai, la problématique du triangle énergétique UE-Russie-Ukraine est un des grands sujets de polarisation entre le gouvernement actuel et l’opposition. 

 
 

En matière de sécurité nationale, les Hongrois se sentent moins exposés aux menaces traditionnelles que la moyenne des citoyens européens, et considèrent par ailleurs que l’UE est le cadre le plus approprié pour enrayer les ‘nouvelles menaces’ (i.e. de soft security). Depuis l’adhésion à l’OTAN, la thématique de l’intégration des politiques et forces de Défense a largement perdu en importance auprès de l’opinion publique hongroise. Si cette dernière soutient dans l’ensemble la Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC) de l’UE ainsi que la mise en place progressive d’une politique de défense européenne (PESD), ces questions sont pour autant loin des préoccupations immédiates des électeurs. Notons également que la Hongrie a adopté une attitude ambivalente quant à sa participation aux opérations militaires internationales et de maintien de la paix. Des troupes hongroises ont bien participé à des missions de gestion de crises et de résolution de conflits en certains endroits, mais dans l’ensemble la contribution aux opérations internationales reste très limitée. Ceci s’explique par la faiblesse des ressources militaires hongroises, mais également par une réticence de l’opinion, et par là des élites politiques, à courir le risque de pertes humaines. Depuis son adhésion à l’OTAN, la Hongrie a d’ailleurs été critiquée pour la faiblesse de sa participation aux opérations de maintien de la paix. Pourtant, les missions dans les Balkans ont démontré la valeur ajoutée que la Hongrie pouvait apporter dans cette région.

 

Enfin, alors que la crise financière mondiale fait peser beaucoup de zones d’ombre sur l’avenir, l’appartenance à l’UE offre une protection précieuse contre les déséquilibres mondiaux. Au plus fort de sa propre tempête économique, la Hongrie a reçu une aide considérable de l’UE, et grâce à elle, des organisations financières internationales. Ce geste a eu une influence certaine sur l’opinion publique hongroise et le pays continue d’être un promoteur obstiné de l’intégration européenne.

Comment la Hongrie prépare-t-elle sa première présidence européenne ? Quels seront les principaux axes de son programme ? Dans quelle mesure ses priorités sont-elles coordonnées avec l’Espagne et la Belgique dans le cadre du trio de présidence 2010-2011 ?

 
 

La coopération au sein du trio Espagne-Belgique-Hongrie (EBH), mise en place à partir de 2007, se révèle intense et dynamique, à la mesure de l’ambition d’une coordination réussie entre les présidences de trois États fondamentalement pro-européens (i.e en faveur d’une continuation de l’intégration européenne). L’équipe qui coordonne ces discussions a déjà publié trois documents exposant les priorités et les objectifs du trio.

 
 

Le 24 septembre 2008, les Ministres délégués aux affaires européennes du trio EBH arrivèrent à un accord préliminaire sur les priorités communes à leurs présidences. Un accord similaire était conclu le 17 octobre à Budapest par les Commissions aux Affaires européennes des trois parlements nationaux, accord entériné le 5 novembre à Bruxelles par les Présidents de ces mêmes parlements. Les Ministres délégués aux Affaires européennes se sont réunis régulièrement, en marge des réunions du Conseil ‘Affaires générales et Relations extérieures’ (GAERC), mais également de façon indépendante tous les deux mois. Enfin, les représentants des trois États ont rencontré Javier Solana début mai afin de discuter du contexte stratégique de leur programme. Toutes ces réunions, tenues régulièrement et à différents niveaux, sont apodictiques à la réalisation du programme commun s’étalant sur 18 mois, et qui doit être présenté avant novembre 2009. Le 15 mai 2009, une première version du programme opérationnel des trois présidences était présenté.

 
 
 

La Hongrie, participant activement à ce processus, structure de fait de plus en plus ses préférences nationales à l’aune des priorités définies pour sa présidence du Conseil et/ou des priorités communes au trio. À ce jour, les éléments phares du programme de la Présidence hongroise sont les suivants :  

1 – La Stratégie de Lisbonne et sa reconduction après 2010 sous la forme d’un programme ‘post-Lisbonne’ qui puisse être finalisé et mis en place en 2011 par la Hongrie, programme qui serait idéalement renommé ‘Stratégie de Budapest’.

 

2 – Un avant-projet de budget général des communautés européennes pour la période d’après 2013, budget qui prendrait en compte l’importance des politiques de cohésion et comprendrait une aide agricole adéquate pour les nouveaux États-membres.

 

3 – Élargissement aux Balkans occidentaux et approfondissement de la PEV à l’Est à travers une plus profonde institutionnalisation des ‘espaces communs’ et des politiques coordonnées.

 

4 – Intensification de la coopération en matière de Justice et Affaires intérieures (JAI) dans le cadre d’un programme post-Hague qui inclurait des politiques communes traitant des nouveaux risques de sécurité (une « Stratégie de Stockholm » doit être mise en place à partir de décembre 2009).

 

5 – Accession des derniers entrants (Roumanie et Bulgarie) à l’espace Schengen dans le cadre d’un renforcement des politiques communes en matière d’immigration, de visas et de droits d’asile.

 

Enfin, la Hongrie s’est récemment rattachée au projet de ‘Stratégie pour le Danube’, dont les différentes composantes sont soutenues par l’Allemagne et l’Autriche d’un coté et de l’autre la Roumanie et la Bulgarie, projet qui concernerait également les Balkans occidentaux et qui déboucherait sur la mise en place d’une structure de gouvernance à différents niveaux.            

 
 
 
 

Quel regard portez-vous sur les précédents slovène et tchèque ? Quelles leçons à retenir pour la Hongrie ?

La Présidence slovène avait des ambitions limitées et a été plutôt performante. L’analyse de la Présidence tchèque demanderait plus de temps, mais l’on peut dire qu’elle n’a pas répondu aux attentes, et ce du fait à la fois de tensions dans le trio de Présidences et de complications de politique intérieure.    

 

Pour aller plus loin:

site20x20.png  Sur Nouvelle Europe
site10x10.png Lancement de la préparation de la Présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne en 2011
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