Compte-rendu du débat du 22 juin 2009 - 1989 : l'Europe, le monde et Solidarnosc

Par L'équipe | 5 juillet 2009

Pour citer cet article : L'équipe, “Compte-rendu du débat du 22 juin 2009 - 1989 : l'Europe, le monde et Solidarnosc”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 5 juillet 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/677, consulté le 07 août 2020

article.pngdebat_institut_pl.jpgLe 22 juin 2009 s'est tenu le dernier débat de la saison de Nouvelle Europe à l'Institut polonais sur la question suivante : 1989 avant 1989, l'Europe, le monde et Solidarnosc. Pour en discuter dans les salons de l'Institut, nous avons eu l'honneur d'accueillir : Son Excellence M. l'Ambassadeur de Pologne en France, M. Orlowski, Son Excellence M. l'Ambassadeur de Hongrie en France, M. Nikicser, et M. Jacques Rupnik directeur de recherche au CERI.

article.pngdebat_institut_pl.jpgLe 22 juin 2009 s'est tenu le dernier débat de la saison de Nouvelle Europe à l'Institut polonais sur la question suivante : 1989 avant 1989, l'Europe, le monde et Solidarnosc. Pour en discuter dans les salons de l'Institut, nous avons eu l'honneur d'accueillir : Son Excellence M. l'Ambassadeur de Pologne en France, M. Orlowski, Son Excellence M. l'Ambassadeur de Hongrie en France, M. Nikicser, et M. Jacques Rupnik directeur de recherche au CERI.

Comment faut-il penser la chronologie de 1989 par rapport à Solidarnosc ? Quelles ont été les interactions avec les autres démocraties populaires pendant la séquence 1980-89 ? M. l'Ambassadeur de Pologne, M. Orlowski, a souligné dans la chronologie polonaise le fait, que le pays a été témoin de la toute première révolte ouvrière, suivie ensuite de la Hongrie et de la République tchèque. Il a insisté sur l'existence d'une solidarité entre les pays contre un régime soviétique qui allait à l'encontre des principes de ces peuples et contre une certaine culture politique. Chaque pays différemment a ainsi essayé de trouver un chemin contre le Communisme. Malgré les difficultés de communication, de coopération – le pouvoir soviétique essayant même de dresser les États les uns contre les autres – il existait entre eux un certain échange, une sagesse commune afin d'apprendre de l'expérience des autres. Cette sagesse a permis de mûrir la réaction au communisme, même si chaque pays a su conserver ses particularités.

En Pologne en outre, l'élection du Pape Jean-Paul II a été une accélération formidable. Cette élection envoyait un signal clair aux populations polonaises : l'un d'eux avait été élu Pape et le pays n'était désormais plus coupé du monde. Cela permet de rejoindre une réflexion du documentaire mettant l'accent sur la solitude du peuple polonais jusqu'à Solidarnosc, et la colère de nombreux Européens de l'Ouest à l'ouverture du Mur et à la découverte que toute une partie de l'Europe avait été cachée, oubliée. Jusqu'à Solidarnosc, la Pologne de l'autre côté du Rideau de Fer, avait été rayée de la carte dans les mentalités européennes de l'Ouest et ne fut redécouverte que dans la décennie des années 1980.

Le chemin a été différent selon les pays. M. l'Ambassadeur de Hongrie, M. Nikicser souligne quant à lui que la lutte a été chronologiquement différente en Hongrie. La lutte ayant commencé dès l’après 1968, la période des années 1980 a été relativement calme. Cependant Solidarnosc a servi de modèle aux Hongrois, et la Pologne y a été considérée comme un État de liberté.

Comme souligné dans le documentaire et par sa forme même de collection d'images d'archives, la révolution polonaise de Solidarnosc a été vécue sous le feu des caméras, au début de la société des médias. M. Rupnik est revenu sur le caractère inédit et médiatique de cette révolution, rappelant certaines images ancrées aujourd'hui dans l'inconscient collectif comme celle de Rostropovith jouant du violon sur le Mur.

1989 a été fondamentalement différent de 1968 en cela que l'information n'y a pas circulé de la même façon. D'une part, des radios occidentales ont pu relayer l'information d'Ouest en Est, comme Radio Europe Libre, la BBC ou RFI. D'autre part, la façon dont l'information parvenait était totalement bouleversée, passant par des canaux indépendants du pouvoir, des réseaux de diffusion d'idées, d'œuvres, d'une pensée libre. L'utilisation des médias dans les années 1980 a irrémédiablement brisé le monopole du pouvoir sur l'information et les débats politiques. Si 1989 en est le point d'aboutissement, une telle évolution médiatique est toujours au cœur des révolutions de par le monde. En Iran par exemple aujourd'hui, le mouvement populaire qui s'est soulevé contre la confiscation des élections est retransmis plus ou moins en direct sur les chaînes européennes et du monde entier, une menace qui est très bien comprise par le pouvoir. Contrairement à ce que 1984 de George Orwell prédisait, l'autoritarisme a beaucoup de difficultés avec Internet et les technologies modernes. Cette faille créée dans les systèmes d'information est une étape très importante dans la formation d'une opinion publique indépendante.

M Rupnik souligne également que l'importance de Solidarnosc est venue également du fait que le mouvement a ouvert la voie à une interaction avec l'opinion publique occidentale, vers un espace public européen. Bronislaw Geremek rapportait ainsi son étonnement à la vue d'un jeune Français se promenant avec le badge de Solidarnosc dans les rues de Paris. Cet espace public européen est aujourd'hui toujours au coeur des préoccupations européennes, comme on a pu le voir lors des élections parlementaires européennes de juin dernier.

Cependant, si les médias ont permis d'éviter que ces évènements ne soient passés sous silence, et leur pérennité, M. Orlowski, a souligné qu'il fallait également prendre en compte le contexte de crise économique et politique du régime soviétique pendant cette période. La population serait en effet souvent plus réceptive à la dissidence quand la situation se dégrade, prête au contraire en période de stabilité à signer des compromis. Les médias ont donc joué un rôle prépondérant mais prioritairement c'est, selon M. Orlowski, la situation quotidienne dans tous ces États qui l'a importé.

M. Nikicser a partagé cette analyse et a rajouté que le fait que Moscou avait en outre donné carte blanche aux États d'Europe centrale pour une économie plus proche des citoyens afin subvenir au cruel et systémique déficit de production. C'est donc une crise économique profonde aggravée par les contradictions du système qui a provoqué la chute de l'URSS, le pouvoir n'avait plus les moyens de subvenir aux besoins des acheteurs. En outre, le mouvement de Solidarnosc qui a duré seize mois, a provoqué quelque chose d'irréversible dans la population polonaise, une absence totale de volonté de coopérer avec les Soviétiques pour sortir de la crise.

M. Rupnik est revenu ainsi sur le changement d'attitude de l'URSS envers les pays d'Europe centrale et sur la lecture nouvelle faite par Gorbatchev de la situation de l'empire. Dans la compétition par des moyens militaires considérables avec le système occidental, le constat est patent dans les années 1980 que l'Europe de l'Est pose plus de problèmes que n'en résout et coûte cher en tenant compte de l'augmentation du coût du pétrole. La méthode de Gorbatchev s'est donc au début voulue prudente. Selon une certaine méthode « Sinatra », chacun a dû gérer la stabilité à sa manière (« I do it my way »).

Puis, les années 1985-86 ont vu une évolution vers une déstabilisation du régime, le tournant se produisant au moment où Gorbatchev annonce aux dirigeants est-européens, et notamment aux Polonais en 1988, de ne plus compter sur l'URSS pour défendre militairement la pérennité de leurs régimes. Les conséquences ont donc conduit le pouvoir communiste face à une grève générale à rechercher un nouveau compromis avec l'opposition, tout en gardant à l'esprit la volonté de coopter et de cogérer la crise à l'intérieur, et de cogérer financièrement la crise à l'extérieur en demandant l'aide aux États occidentaux. Symbole de la capitulation idéologique du Communisme, le discours de 1989 devant les Nations unies signe selon M. Rupnik la fin d'une ère lorsque Gorbatchev avoue ne plus avoir la prétention de détenir le monopole de la vérité.

Suite à une question dans la salle, M. Rupnik a souligné en conclusion qu'il était fort probable qu'un mouvement comme Solidarnosc ne pourrait pas se produire en Russie. Il a insisté sur le fait qu'en 1989 une idée guidait les populations : celle que le Communisme était terminé, sans que personne ne sache exactement quand cela s'effondrerait. La situation est différente en Russie et une certaine patience semble nécessaire pour suivre les aléas politiques et les reculs après les avancées. Quant à la question épineuse de Kaliningrad qui est restée enclavée en Europe après la chute du Mur, des signaux de la volonté de profiter des opportunités offertes par la décentralisation plus favorables aux échanges semblent être discernés à nouveau, après une longue période de fermeture.

 

Avant le début du débat, nous avons projeté le documentaire "Le Monde et Solidarnosc", sélection d'images d'archives et d'entretiens qui revient sur la chronologie de Solidarnosc et fait signe par sa forme même quant à la nature médiatique inédite de cette révolution.

 

Pour aller plus loin :

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Sur Nouvelle Europe
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Notre dossier de juin 2009 : 1989 avant 1989
   
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Source photo : Nouvelle Europe / de gauche à droite : Jacques Rupnik, Philippe Perchoc, S.E. M. Orlowski, S.E. M. Nikicser

 

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