Depuis la fin de l'URSS et en Russie aujourd'hui : les riches et les autres

Par Dana Jurgelevica | 18 mai 2009

Pour citer cet article : Dana Jurgelevica, “Depuis la fin de l'URSS et en Russie aujourd'hui : les riches et les autres”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 18 mai 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/658, consulté le 22 février 2020
article.pngriches_et_autres_urss.jpgÀ l'Est, il est assez facile de définir qui est riche car souvent les signes extérieurs ne manquent pas. En revanche, il est très difficile de définir comment se compose le reste de population et comment elle vit. Y-a-t-il beaucoup de pauvres ? La classe moyenne existe-elle à l’Est ? Chaque gouvernement se pose cette question cruciale.

article.pngriches_et_autres_urss.jpgÀ l'Est, il est assez facile de définir qui est riche car souvent les signes extérieurs ne manquent pas. En revanche, il est très difficile de définir comment se compose le reste de population et comment elle vit. Y-a-t-il beaucoup de pauvres ? La classe moyenne existe-elle à l’Est ? Chaque gouvernement se pose cette question cruciale.

Historiquement – tous égaux 

Durant 74 ans (1918-1991), les anciennes républiques de l’URSS, ont vécu selon les règles du socialisme et le modèle de la suppression des classes et de l’égalité de tous. À part les apparatchiks, médecins, infirmières, ingénieurs ou jardiniers, gagnaient le même salaire (qui s’élevait à l'époque à 120 roubles soviétiques). Cette somme permettait de vivre dans le monde soviétique, l'éducation et les soins médicaux étant gratuits.

Cependant, aux yeux du système occidental, un homo sovieticus est un homme pauvre. À ce sujet, une anecdote faisait rire toute l’URSS dans les années 1980 : « Une petite fille raconte à son grand-père : à l’école, on nous a appris que le socialisme c’est quand il n’y a pas de riches. Moi, j’ai toujours cru, répond le grand-père, que le socialisme c’est quand il n’y a pas de pauvres ! »

Avec la fin de l’URSS, ni les citoyens fraîchement émancipés ni l'État avec ses structures désuètes n’ont eu le temps de s’adapter aux nouvelles règles du jeu capitaliste. C'est à cette époque que certains sont devenus très riches, et d’autres très pauvres et qu'aurait dû émerger une classe moyenne sur le modèle occidental. Celle-ci, vingt ans après, commence seulement à apparaître.

Pour un Français, se repérer dans les codes sociaux à l’Est est une tâche assez difficile car cette société est pleine de paradoxes. Il est en effet fréquent de voir des gens avec une voiture de luxe mais vivant dans un appartement communautaire ; fréquenter l’opéra mais consommant dans des supermarchés discount ; ayant une formation d’ingénieur mais exerçant des petits boulots.

 

Voici une expérience vécue : à Kiev je me suis retrouvée dans un taxi conduit par le chauffeur personnel d’un des Ministres ukrainiens. « Je peux piloter n’importe quel avion de ligne ou militaire. Mais depuis le début de la crise, nous n’avons pas effectué un seul vol, du coup je suis aussi taxi » me racontait Alexey. Ayant terminé une des meilleures écoles de pilotage de l'URSS, il a aujourd'hui 28 ans, est marié avec deux enfants et fait partie des fonctionnaires militaires. Il a une pension à vie de 200$ et un deux-pièces à Kiev. Fait-il partie de la classe moyenne ?

L’importance de la classe moyenne pour un État

Aujourd’hui, les pays de l’Est aimeraient voir se constituer une classe moyenne avec un pouvoir d’achat pouvant soutenir l’économie intérieure du pays.

En Russie, la classe moyenne est assez difficile à cerner. "Tout dépend des critères sur lesquels vous vous basez", écrivait une journaliste du Moskovskij Komsomolec en 2005. « C’est à l’Occident que tous les critères concordent. Une bonne formation garantit à l’individu un bon travail et par conséquent de bons revenus. Chez nous, ce n’est pas comme ça que ca se passe. Après avoir terminé une faculté pédagogique, que peut se permettre un prof ? Un peu de patates et du pain au dîner. En Russie, les intellectuels généralement ne peuvent pas faire partie de la classe moyenne ».

Critère économique

Bien évidemment, un des critères principaux de mesure de richesse et d’appartenance aux classes reste le critère du revenu. L’Expert (une société effectuant de nombreux sondages en Russie) considère qu’une personne appartient à la classe moyenne si son revenu atteint 250$ par personne en Russie et 350$ à Moscou. C’est sans doute le critère le plus important. Cependant, en se basant uniquement sur ce critère, il en ressort que la classe moyenne russe atteint environ 20%, les riches 10% et le groupe de pauvres serait alors composé des 70% restants (selon les chiffres de l'Institut Sovremennogo razvitija).

 

« Être pauvre est honteux aussi bien  pour le pauvre lui-même que pour l’État dans lequel il vit », commente la journaliste. Or, que penser du gouvernement d’un État disposant de larges ressources naturelles, de très bonnes universités, d'une culture riche et accessible et composé à 70% de pauvres ?

Selon Tatiana Maleeva (Directeur de l'Institut indépendant de politique sociale), il est important de tenir compte de critères tels que le comportement de consommation, la mobilité sociale, le niveau d’éducation et le métier. Or, en Russie, 56% à 60% de la population considère appartenir à la classe moyenne (source : Rossijskaia Gazeta, 2005).

L’auto-perception et la manière de dépenser

Selon Vladimir Petukhov, sociologue russe connu, le critère le plus important devrait être l’auto-perception. Si la personne se considère comme appartenir à une classe moyenne, personne d’autre ne peut lui imposer ses standards. Le fait d’effectuer un travail non physique témoigne d’un certain niveau social en URSS et aujourd’hui cela n’a pas tellement changé dans l’esprit des gens.

« Valentina Ivanovna Ribkina, 48 ans, est professeur de physique dans un lycée avec un salaire de 120$ par mois et se considère comme une représentante typique de la classe moyenne russe. Un jeune homme de 30 ans, ayant crée sa propre entreprise, et qui gagne un salaire de 1 000$ par mois déclare : « Bien sur que je fais partie de la classe moyenne, je suis ni riche, ni pauvre » (Source Moskovkij Komsomolec).

 
Kachalov, sociologue, considère que « le revenu ne témoigne pas de l’appartenance à la classe moyenne, c’est un ticket d’entrée. Les critères liés à la manière de vivre de la personne et des valeurs qui lui sont propres : spirituels, sociaux ou politiques sont aussi importants que le revenu ». C’est aussi la perception d’Irina Khokomada, une personnalité politique populaire en Russie : « La façon de vivre et de dépenser constitue un critère important dans la définition de la classe moyenne. Je fais partie de la classe moyenne. Je n’ai pas besoin ni d’un yacht, ni d’un avion mais j’ai besoin d’un appartement, d’une voiture, de la possibilité de donner une bonne éducation à mes enfants et du temps libre pour moi ».
Le Ministère de l'Économie et du Commerce russe prévoit que dans 10 ans, 50% de la population russe devrait faire partie de la classe moyenne avec des revenus allant de 500 à 3000 euros par personne et par mois, des chiffres comparables à la situation française. Cependant, il demeure difficile  de comparer les classes moyennes occidentales avec celle de l'Est : les critères de mesure différent d'un pays à un autre et sont entièrement liés à l'Histoire, aux moeurs et traditions de chaque société.

 

Pour aller plus loin :

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Sur Nouvelle Europe
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Dossier de mai 2009 : Une Europe des exclusions ? 
   
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Sur Internet
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Le Ministère de l’Economie et du Commerce de Russie
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L’Académie de Sciences de la Russie
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L’Institut de Développement Contemporain

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