Le PUPS en Serbie : un parti jeune pour les retraités ?

Par Natasha Wunsch | 2 mai 2009

Pour citer cet article : Natasha Wunsch, “Le PUPS en Serbie : un parti jeune pour les retraités ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 2 mai 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/647, consulté le 05 juillet 2020

 krkobabic.jpg

article.pngJovan Krkobabić peut être fier de son succès lors des difficiles négociations gouvernementales en Serbie en 2008 : avec seulement cinq sièges sur 250, il a obtenu pour son Parti des Retraités Unis de Serbie un poste de Vice-Premier ministre et il a su imposer ses principales revendications dans la déclaration du programme gouvernemental.

krkobabic.jpgarticle.pngJovan Krkobabić peut être fier de son succès lors des difficiles négociations gouvernementales en Serbie en 2008 : avec seulement cinq sièges sur 250, il a obtenu pour son Parti des Retraités Unis de Serbie un poste de Vice-Premier ministre et il a su imposer ses principales revendications dans la déclaration du programme gouvernemental. 

Un parti jeune pour les retraités

Formé seulement en 2005, le Partija ujedinjenih penzionera Srbije (PUPS) se veut intergénérationnel et sans affiliation ethnique ou régionale. Alors que le PUPS n’avait obtenu aucun mandat lors des élections législatives de janvier 2007, le parti compte aujourd’hui plus de 280 000 adhérents. Lors des élections législatives anticipées suite à la rupture de la coalition entre Parti démocrate (DS) et Parti démocrate de Serbie (DSS) en mai 2008, le PUPS a pu s’établir à la Narodna skupština (assemblée) serbe comme le plus petit groupe parlementaire. Il intègre ainsi un paysage politique largement fragmenté : sur 22 partis représentés au Parlement, seuls deux dépassent les 21 mandats de députés, tandis que 14 doivent se contenter de cinq sièges ou moins.

Malgré son ouverture politique et internationale pour le moins ambitieuse – le programme publié sur le site du parti soutient une coopération avec « tous les pays du monde, et en particulier les pays de l’Union européenne, les États-Unis, la Russie et la Chine » – les revendications du PUPS relèvent fondamentalement du domaine de la justice sociale au niveau national. Il se concentre ainsi sur l’amélioration des conditions de vie des retraités, notamment en exigeant une augmentation immédiate des retraites de 10% et un accroissement progressif des sommes perçues jusqu’à atteindre 70% du salaire moyen en Serbie.

Son leader Jovan Krkobabić, né en 1930, est le doyen du Parlement serbe. Tout au long de sa vie, il s’est engagé activement pour la cause des populations âgées : en tant que Directeur de l’Union républicaine pour l’assurance des retraités et des handicapés, il élargit les activités de l’Union en incluant pour la première fois les agriculteurs dans tel système social public, renommé par la suite « Fonds pour la Serbie » et géré par Krkobabić jusqu’à sa retraite en 1989. Il devient en 1996 Président de l’Alliance des retraités de la Serbie et se fait élire un an plus tard député national sur la liste du Parti socialiste de Serbie, jadis dirigé par Slobodan Milošević.

Un kingmaker inespéré

C’est grâce à cette ancienne alliance que le PUPS se retrouve en position de force lors des négociations gouvernementales entre mai et juillet 2008. Lié depuis mars 2008 par une liste commune au Parti socialiste de Serbie (Socijalistička partija Srbije, SPS) et au parti Serbie Unie (Jedinstvena Srbija, JS), qui réunit près de 314 000 voix, le PUPS se trouve soudainement projeté sur les devants de la scène politique. Avec un total de 20 mandats, la coalition SPS-PUPS-JS est devenue le « faiseur de rois » inespéré dans un affrontement acharné opposant les forces modérées, réunies dans la coalition « Pour une Serbie européenne » (Za evropsku Srbiju, ZES) autour du Président Boris Tadic, aux forces nationalistes représentées essentiellement par le Parti radical serbe (Srpska Radikalna Stranka, SRS) et le Parti démocratique de Serbie (Demokratska Stranka Srbije, DSS) du Premier ministre sortant Vojislav Kostunica.

Pendant plus d’un mois, et au grand désespoir des forces progressistes et de l’Union européenne (UE), SPS-PUPS-JS discutent avec le SRS-DSS. À la fin, c’est l’incompatibilité de leurs points de vue sur la ratification de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) avec l’UE – et, l’on chuchote, une intervention directe du Haut-Représentant de la Politique extérieure et de Sécurité commune, Javier Solana – qui décide finalement le SPS-PUPS-JS à accepter de former une coalition gouvernementale avec le ZES, tolérée par le Parti libérale démocratique (Liberalno-demokratska Stranka, LDP).

Le résultat des négociations est un gouvernement pléthorique comportant 26 Ministres, dont quatre Vice-Premier ministres (DS, G17 Plus, SPS, PUPS). Outre la charge du dossier des relations sociales – en tant que Vice-Premier ministre – Krkobabić obtient l’inclusion de la responsabilité sociale parmi les six priorités du programme gouvernemental, qui comporte par ailleurs une mention explicite de l’augmentation des retraites de 10% « avant la fin de septembre 2008 » et un accroissement des pensions « jusqu’à un niveau maximal de 70% du salaire moyen, conformément aux capacités économiques et fiscales du pays ». Quand les partenaires du ZES s’interrogent sur l’opportunité de mettre en œuvre cette mesure, Krkobabić n’hésite pas à qualifier une telle réserve de « génocide social des retraités ». Sous forte pression du PUPS, une augmentation extraordinaire des pensions pour toutes les catégories de retraités en Serbie est décidée le 28 août 2008.

L’émergence d’une nouvelle gauche ?

Les succès du PUPS sont impressionnants. Mais peut-on pour autant parler de l’émergence d’un nouvel acteur sur la scène politique serbe ? À lui seul, le PUPS ne représente qu’une force marginale, qui pourrait disparaître du Parlement à tout moment vu son faible score individuel aux dernières élections. Toutefois, en coalition avec le SPS, avec lequel le PUPS a décidé de s’allier depuis l’élection présidentielle de janvier 2008 et pour toutes les élections ultérieures, le PUPS forme l’embryon d’une nouvelle gauche serbe qui pourra devenir un facteur considérable dans les futures constellations gouvernementales. La revendication d’une responsabilité sociale, désormais ancrée dans le programme gouvernemental, ne saurait que se renforcer avec la crise économique actuelle.

Sur le plan politique, l’intérêt fort pour le SPS et le PUPS de se soutenir mutuellement – l’un pour reconquérir une légitimité à l’international, l’autre pour voir ses positions appuyées par un partenaire bien établi – allié à l’écroulement des forces nationalistes ne pourront que favoriser leur résultat lors du prochain scrutin. Koštunica ayant perdu toute crédibilité après son revirement anti-européen, et le SRS largement affaibli depuis sa scission, nous assistons actuellement à une lente transformation du paysage politique en Serbie. À terme, nous pouvons peut-être nous attendre à une distribution plus traditionnelle le long du clivage gauche-droite, qui se substituerait à l’actuelle division entre pro-européens et nationalistes.

 

Pour aller plus loin : 

site20x20.png
Sur Nouvelle Europe
site10x10.png
Dossier de mai 2009 :  Une Europe des exclusions ?
   
site20x20.png
Sur Internet
site10x10.png
Site web du PUPS
site10x10.png
Radicals seek urgent meeting with Socialists , B92
site10x10.png
SPS, Democrats in official talk , B92
site10x10.png
SPS: Manifesto matters more than ministries , B92

Ajouter un commentaire