Être retraité aujourd'hui en Pologne

Par Isabelle Pinzauti | 2 mai 2009

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Être retraité aujourd'hui en Pologne”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 2 mai 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/646, consulté le 04 décembre 2022

varsovie_retraites_x130.jpgLa Pologne a connu à la chute du Communisme des changements socio-économiques majeurs sous le terme évocateur de « thérapie de choc », des changements très brutaux qui ont pu affecter certaines catégories de la société plus fragiles que d’autres à l’instar des retraités. Nous allons voir quelle est la situation actuelle des personnes âgées habitant en République polonaise. 

varsovie_-_ip.jpgLa Pologne a connu à la chute du Communisme des changements socio-économiques majeurs sous le terme évocateur de « thérapie de choc », des changements très brutaux qui ont pu affecter certaines catégories de la société plus fragiles que d’autres à l’instar des retraités. Nous allons voir quelle est la situation actuelle des personnes âgées habitant en République polonaise. 

Une situation plus nuancée qu’il n’y paraît   

Comme le souligne la jeune spécialiste en politiques économiques et sociales Anna Kurowska dans son rapport pour le Forum Citoyen du Développement (publié par l’Institut de Politique Sociale à l’Université de Varsovie), la situation des retraités ne doit pas se réduire à la caricature d’une classe d’âge pauvre et laissée pour compte par le système. En effet, la situation est plus complexe que cela et il ne faut pas se laisser prendre par l’image véhiculée dans les médias. Ainsi, dans son étude, elle essaye aussi de comparer la situation effective de la tranche d’âge concernée avec d’autres groupes de la société. Notamment est-ce que les revenus des personnes âgées sont leur problèmes principaux dans un environnement qui a connu de nombreux changements depuis 20 ans.

Dans ses conclusions, elle souligne le fait que le revenu ne doit pas représenter le seul critère de distinction entre pauvres et riches. Si on ne prend que celui-là, les retraités ne sont pas le groupe d’âge le plus en difficulté. Pour évaluer la situation matérielle,  il faut aussi tenir compte de l’épargne et du logement. Le point du logement des personnes ne travaillant plus en Pologne est crucial. L’étude montre que ceux-ci vivent dans les appartements les plus modestes, parfois même sans accès à l’eau courante ou à un wc-salle de bain privatif ou encore ce sont eux qui disposent des pires équipements. 

La vie quotidienne à améliorer

Cependant, ceci ne signifie pas qu’il ne faille pas créer de programmes d’aide aux personnes âgées, mais seulement que ceci ne doivent pas essentiellement se concentrer sur leur situation financière. Les citoyens les plus âgés sont confrontés à une situation d’isolement croissante duquel naît un sentiment de solitude important. Ils souffrent du manque d’activité et bien sûr de problèmes de santé, d’handicaps plus ou moins lourds. Le système de santé actuel les amène à passer des heures dans les hôpitaux publics avant de se faire ausculter. De plus, ils n’ont pas forcément l’argent de payer les médicaments très couteux qu’on leur prescrit.

En outre, certaines personnes âgées ont besoin d’avoir une assistance quotidienne. Or, les domy pomocy społecznej (maison de retraite) sont très peu nombreuses, aussi bien publiques que privées. Il faut attendre parfois deux ans pour pouvoir y accéder. Au-delà des questions purement physique, les plus anciens ont besoin de se sentir entourés et non pas isolés par la société. Il faut qu’ils puissent évoluer avec leur temps pour ne pas se sentir en marge d’un temps en plein changements qu’ils soient économiques, techniques ou encore sociétaux. Une société qui ne consacre plus l’ancien comme cela a été le cas par le passé. Les jeunes écoutent moins et se préoccupent moins de leurs aïeux que ce ne fut le cas dans le passé, ce qui contribue à leur faire perdre leurs repères. 

 
 

Presque 5 millions de retraités

Le nombre de retraités ne cessent d’augmenter et atteindra d’ici quelques mois le nombre de 5 millions sur 38 millions. d'habitants Cela est d’autant plus inquiétant que la moitié d’entre eux n’a pas 64 ans et préfèreraient être encore actif car les retraites sont considérées comme trop basses et il faut quand même trouver des moyens de compenser.

Lors d’une interview à Rzeczpospolita, le professeur Marek Góra, économiste à SGH (Haute École de Commerce de Varsovie) soulignait que le boom des retraites est probablement dû au flou concernant les retraites « plate-forme », c'est-à-dire les retraites anticipées pour les travaux les plus difficiles, notamment dans les mines. Ainsi faissant, les entreprises ne prennent pas en compte que par ces pratiques ils ne diminuent pas seulement leurs coûts. Mais ils diminuent surtout les chances de voir le coût des charges salariales s’amoindrir, car de plus en plus de fonds seront nécessaires pour soutenir les personnes qui ne travaillent plus. Ainsi, le gouvernement, s’il est rationnel, devrait commencer à réfléchir à une augmentation de l’âge pour la retraite s’il ne veut pas voir la situation encore empirer.

« La qualité de la vie des retraités et des rencistow. Les problèmes sociaux des plus âgées et les façons de les résoudre »

C’était le titre de la conférence organisée à Poznań par le parti de gauche SLD suite à une étude menée sur un échantillon de plus de 1000 personnes. L’étude montre que 15% des retraités et rencistow vit à la limite du seuil  «  minimum d’existence » soit du seuil de pauvreté. Mais le problème le plus souvent exprimé est le sentiment d’être « poussées dehors » par les générations plus jeunes. Ils se sentent inutiles, marginalisés et ignorés par leurs enfants et petits-enfants. Ils peuvent être au mieux des grands-pères et des grands-mères.

La retraite ne peut pas être une obligation vécue comme une punition, mais devrait être le gain obtenu après de nombreuses années de dur labeur, comme le soulignait l’homme politique Napieralski. De plus, SLD veut organiser une rencontre entre le gouvernement, les entreprises et les associations dans le but de préparer un paquet de solutions pour les personnes âgées en ce qui concerne entre autres l’accès aux soins médicaux, aux  transports en ville et aux  institutions culturelles. Au sujet de la culture, le parti souligne le fait que les personnes âgées les plus démunies n’ont pas l’argent pour se payer des sorties culturelles. Ils voudraient y remédier par une sorte de « carte vermeil » pour la culture. Néanmoins, certains retraités, plus aisés, ingénieurs ou anciens médecins, arrivent déjà à profiter de leur retraite et de leurs économies pour voyager et découvrir l’Europe, mais aussi le monde qui ne leur étaient pas accessible sous le Communisme. 

Des retraités qui peuvent encore se rendre utile à la société

Le 28 février 2008 avait lieu au Sénat une conférence au sujet de la « Situation sociale et l’activité sociétale des personnes âgées en Pologne », organisé par la Commission aux affaires familiales et de politiques sociales en collaboration avec l’Union des associations sociales WRZOS. Il s’agissait là de promouvoir une retraite active  en présentant l’expérience et les résultats du projet « Senior Task Force » réalisé en 2007-2008.

 

Ce projet consistait à préparer des volontaires seniors à travailler dans le futur dans des associations d’aides sociales. Il s’agit là d’intégrer les plus anciens dans la société obtenant ainsi un profit aussi bien économique que social pour l’ensemble des Polonais. Les retraités étant de plus en plus nombreux, leur aide deviendra un soutien fondamental et les fera se sentir mieux intégré à une société en mutation constante. De plus, les plus jeunes seniors aideront dans la vie quotidienne leurs ainés.

 

Les organisateurs de ce projet sont partis du postulat que les seniors sont la richesse de la nation, ils ont un savoir, une expérience, un potentiel intellectuel qui est très appréciable dans le domaine socio-économique. De plus, le Vice-président de WRZOS souligne qu’il faut montrer à la société que les personnes âgées veulent avoir une influence sur leur vieillesse, qu’elles sont actives et ont beaucoup de connaissances et compétences à faire valoir. D’autant que 85% des femmes et 75% des hommes vont à la retraite avant l’âge, ils restent donc très motivés à s’engager dans la société.

Ainsi la situation des retraités en Pologne est plus  mitigée qu’on ne pourrait l’imaginer aux premiers abords, elle reste néanmoins fragile mais les débats et les évolutions nécessaires semblent s’engager petit à petit sur la scène politique polonaise.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

  • Article sur les retraites en Pologne sur le premier portail financier polonais Money 
  • L'étude d'Anna Kurowdka
  • Article sur la situation actuelle des retraites en Pologne
  • Débat sur la question sur le site du magazine politique Wprost
  • Que faire des retraites
  • Article du quotidien Rzeczpospolita
  • Séminaire au Sénat

Source photo : Varsovie