Vers une révolution 2.0 en Moldavie ?

Par L'équipe | 12 avril 2009

Pour citer cet article : L'équipe, “Vers une révolution 2.0 en Moldavie ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 12 avril 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/637, consulté le 08 août 2020
article.pngprotests_in_moldova.jpgLe 7 avril 2009, à Chisinau, environ 20 000 jeunes sont sortis dans la rue centrale de la capitale moldave en signe de protestation contre des fraudes électorales supposées pendant les élections législatives du dimanche 5 avril. Émeutes, violences, autodafés des portraits du Président et de drapeaux communistes, la jeunesse moldave, suivie par de nombreux membres des partis de l’opposition a laissé éclater sa colère après les législatives remportées par le Parti communiste moldave (PCM), au pouvoir depuis 2001 dans cette petite république de 4,32 millions d'habitants accablée par la pauvreté et tiraillée entre son identité russo-européenne.
article.pngprotests_in_moldova.jpgLe 7 avril 2009, à Chisinau, environ 20 000 jeunes sont sortis dans la rue centrale de la capitale moldave en signe de protestation contre des fraudes électorales supposées pendant les élections législatives du dimanche 5 avril.
 
Émeutes, violences, autodafés des portraits du Président et de drapeaux communistes, la jeunesse moldave, suivie par de nombreux membres des partis de l’opposition a laissé éclater sa colère après les législatives remportées par le Parti communiste moldave (PCM), au pouvoir depuis 2001 dans cette petite république de 4,32 millions d'habitants accablée par la pauvreté et tiraillée entre son identité russo-européenne.

Lors de ces élections, gagnées par le Parti Communiste du Président Voronin avec 50% des suffrages, loin devant le Parti libéral (12,78%) et le Parti libéral-démocrate (12,26%), des fraudes ont été dénoncées par de nombreux moldaves. Selon Dorin Chirtoaca, maire de Chisinau et vice-président du Parti libéral, "certains ont voté à plusieurs reprises et des personnes décédées ont pris part au vote". Plus de 3.000 observateurs étaient présents afin de veiller au bon déroulement de ces élections sur lesquelles pesaient de sérieux risques de fraude. Au cours de la campagne, de nombreuses irrégularités avaient en effet été relevées, Bruxelles dénonçant « l’utilisation abusive des ressources administratives à des fins électorales, des problèmes dans la composition des listes ainsi que la couverture médiatique déséquilibrée en faveur du parti au pouvoir ».

Les trois partis d’opposition qui ont accédé au Parlement conformément aux résultats provisoires des élections (le Parti Libéral, le Parti Libéral-Démocrate et l’Alliance « Notre Moldavie ») ont diffusé une déclaration accusant le pouvoir en place de fraudes et de falsification des votes, et réclamant une suspension des résultats jusqu’à ce que les contestations soient examinées.
Devant ces protestations, le Président Voronin menace de recourir à la force afin de défendre "fermement l'intégrité de l'État" face à des "fascistes ivres de colère qui tentent de commettre un coup d'État".

Un affrontement entre Bucarest et Moscou ?

Immédiatement, les regards se tournent vers deux États proches : la Roumanie et la Russie. Les chaînes russes de télévision ont longuement décrit "l'anarchie" régnant à Chisinau, insistant sur les drapeaux roumains et européens brandis par les manifestants, une allusion à des manipulations de l'étranger. Vladimir Voronin a également accusé la Roumanie voisine d'être impliquée dans les manifestations et a déclaré persona non grata l'Ambassadeur roumain à Chisinau. Il a également annoncé l’instauration de visas pour les Roumains souhaitant entrer en Moldavie.
Le Ministère russe des Affaires étrangères a renchéri, en estimant que les émeutes étaient un complot visant à saper la souveraineté de l'ancienne république soviétique, accusant des forces favorables à une unification avec la Roumanie.
"À en juger par les slogans criés, au nombre de drapeaux roumains aux mains des organisateurs, le but est de discréditer les réalisations en faveur de la souveraineté moldave", a-t-il dit dans un communiqué.

Bucarest a rejeté ces accusations. "Il n'est pas acceptable que le pouvoir communiste à Chisinau rejette la responsabilité des problèmes intérieurs de la Moldavie sur la Roumanie", a déclaré le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères. Il est cependant vrai que la Roumanie soutient activement le rapprochement entre l’Union européenne et la Moldavie. Or, l’aspiration à un futur européen et une augmentation du niveau de vie apportée par Bruxelles figurent en très bonne place parmi les revendications des jeunes manifestants. « On va s'arrêter quand on sera à leur place, quand nous aussi on pourra boire un whisky et fumer un cigare, comme le font les gens en Europe. On veut vivre normalement parce qu'ici c'est la misère », affirme un manifestant.

Ce pays, le plus pauvre en Europe, est en proie à de graves difficultés sociales et n’offre que peu de perspectives réjouissantes pour sa jeunesse. Un quart de la population est ainsi partie travailler en Europe ou en Russie et pourrait rentrer au pays à cause de la crise économique, ce qui pourrait être une véritable bombe sociale à retardement pour ce pays asphyxié économiquement. La Moldavie est en outre tiraillée entre roumanophones, partisans d'un rapprochement avec l’UE voire d'un rattachement avec la Roumanie, et russophones soucieux de l'indépendance de leur pays et favorables à une alliance avec Moscou.
Le Président Voronin, historiquement pro-russe, a amorcé depuis 2005 un timide dialogue avec l’Union européenne, sans toutefois régler la question de la Transdniestrie, république russophone autoproclamée située à l’est du Nistru, où sont basés de nombreux soldats russes.
Voronin face aux nouvelles formes de mobilisation
Ce que craint par-dessus tout le Président moldave, c’est de subir une « Révolution colorée », semblable à celles ayant mis fin aux régimes de Leonid Koutchma en Ukraine et d’Edouard Chevarnadzé en Géorgie. Pour éviter cela, il a décidé de fermer les frontières moldaves, empêchant les médias occidentaux et roumains de pénétrer sur le territoire. Il cherche également à fermer tout accès à Internet dans le pays, craignant les nouvelles formes de mobilisations via les réseaux sociaux types Facebook.
En effet, si le SMS a été l’instrument majeur de la mobilisation ukrainienne en 2005, Facebook et Twitter sont pour la première fois utilisés massivement par les organisateurs des manifestations. Dans un article daté du 7 avril, le New York Times explique l’utilisation des réseaux sociaux pour mobiliser les jeunes. Lundi dernier, deux organisations de jeunes, Hyde Park et ThinkMoldova, ont créé un évènement Facebook baptisé « I am not a communist », appel à une manifestation contre les fraudes présumées aux élections législatives. Très vite, plus de 15 000 jeunes se sont réunis sur la place centrale de Chisinau, la Piata Marii Adunari National.
Sur Twitter, l’un des membres de ces organisations de jeunes, Mihai Moscovici, 25 ans, rédige des messages en anglais, sous le tag « #pman » (pour Piata Marii Adunari National), afin de permettre au monde entier de suivre cette révolte en temps réel.
Que ces manifestations aboutissent à un renversement du régime ou non, l’utilisation d’Internet ouvre de nouvelles perspectives de mobilisation pour les organisations de jeunesse. Face à un pouvoir fermé et n’hésitant pas à recourir à la force, la jeunesse n’a d’autre solution que de faire preuve d’imagination afin de sortir massivement dans la rue. Ce nouveau rôle des réseaux sociaux crée un précédent parmi les « Révolutions colorées ». Reste maintenant à savoir si cela va se traduire par un durcissement du régime ou une ouverture accrue en direction de l’Union européenne, eldorado de nombreux Moldaves.

Pour aller plus loin :

 
 
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Sur Nouvelle Europe
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Fiche pays : Moldavie
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Quand la Russie reprend ses marques en Europe centrale : l'exemple de la Transnistrie 
   
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Sur Internet
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Protests in Moldova Explode, With Help of Twitter, article d'Ellen Barry pour le New York Times du 7 avril 2009

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Mes manifestations en direct sur Twitter
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Le site de la mission de l’OSCE en Moldavie

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Le Courrier de la Moldavie, par le Courrier des Balkans
Source photo : Anti-Comunist protests in Moldova, photo du New York Times, du Cornel Ciobanu/European Pressphoto Agency

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