Les élections européennes au pays de Mickiewicz

Par Isabelle Pinzauti | 20 avril 2009

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Les élections européennes au pays de Mickiewicz”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 20 avril 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/636, consulté le 04 décembre 2022

europe_etoiles_2_x130.jpgAlors que les grands médias nationaux en Europe ne sont pas forcément friands d’Europe, les débats au sujet des élections européennes commencent tout doucement mais sûrement comme c’est le cas en Pologne qui compte 50 députés au Parlement européen.

 

europe_etoiles_2.jpgAlors que les grands médias nationaux en Europe ne sont pas forcément friands d’Europe, les débats au sujet des élections européennes commencent tout doucement mais sûrement comme c’est le cas en Pologne qui compte 50 députés au Parlement européen.

L’organisation même du vote

Comment vont se passer exactement les deuxièmes élections européennes en soit est déjà un sujet de débat en République de Pologne. Il devrait d’abord s’agir de questions purement techniques. D’une part  la majorité des partis, à part le parti présidentiel PIS, s’accordait sur l’étalement du vote sur deux jours et  de la possibilité d’un vote par procuration pour les personnes âgées et les malades.

 

D’autre part, le député SLD (gauche) Tadeusz Iwinski proposait que la Pologne vote en une seule et unique circonscription. En effet, lors des premières élections de 2004 la Pologne a décidé de faire partie de ces pays  divisés en plusieurs circonscriptions comme c’est le cas en France (et dans cinq autres pays membres). Actuellement, les circonscriptions sont au nombre de 13 avec une liste différente dans chacune.  Mais la question a fait largement débat et le tribunal constitutionnel a répondu négativement à cette idée. En effet, «  les circonscriptions ont des populations de taille différente et les mandats sont dépendants du nombre de votants sur la liste. Le Parti donc qui gagnera sur l’ensemble du pays cinq mandats  les reçoit dans les circonscriptions où il a reçu le plus de voix. Ce qui voudrait dire que dans une circonscription unique, les régions ayant une population moins importante ou encore une fréquence moindre pourraient ne pas avoir de représentation au niveau européen », alors même  que ces régions sont celles qui ont le plus besoin des fonds de  l’Union mais aussi où l’Union a le plus intérêt à se faire connaitre et entendre le plus. 

 

Les listes pour les européennes            

 

Bon nombre des candidats sont déjà connus, même si la date limite pour la présentation des listes est le 28 avril. En effet, les hommes politiques polonais se préparent activement, les partis politiques principaux cherchant à augmenter leur influence bien sûr. C’est néanmoins l’occasion d’observer la montée en puissance de petits partis de l’Assemblée mais aussi de couleurs politiques n’ayant pas de députés, grâce au jeu des coalitions. Plusieurs coalitions se forment donc pour les élections de juin. À l’instar de Naprzod Polsko (La Pologne en avant), parti regroupant principalement des personnes de la Ligue des familles polonaises  en conflit avec son leader (lui-même député européen) Roman Giertych. En effet, ce tout jeune parti se coalise avec Stronnictwo Piast, rassemblement sous le nom de Piast en référence à une lignée de ducs et de rois ayant gouvernés la Pologne. Cela montre la volonté des partis nationalistes et conservateurs polonais de se réunir pour espérer obtenir un résultat qui leur permettra de faire entendre leur voix à l’assemblée européenne.

 
 

De la même façon, Dariusz Rosati, le leader de Porozumienia dla Przyszłości  (Entente pour le futur, nouveau parti créé pour ces européennes) a proposé un rapprochement au parti Stronnictwa Demokratyczna (Rassemblement Démocratique) qui a accepté. Ceci afin de s’assurer une meilleure représentation à Bruxelles face au grands partis que sont Plateforma Obywatelska (Plateforme Civique, parti du Premier ministre Donald Tusk) et Prawo i Sprawiedliwosci (Droit et Justice du Président Lech Kaczynski). Ainsi, les élections de 2009 sont sous le signe de l’union des partis sur la scène européenne. En effet, il est utile de noter que « Entente pour le futur » est lui-même le fruit de la coalition du Partia Demokratyczna (Parti Démocratique, auquel appartenait le Professeur Geremek), de Socjaldemocracja Polska (Social-démocratie polonaise) et des Verts de 2004. Une coalition de centre-gauche menée par le député européen Rosati qui fait débat en Pologne tant ses composantes sont hétérogènes. Des journalistes leur ont d’ailleurs demandé quels étaient leurs points communs à part de vouloir obtenir plus de sièges qu’en 2004. Rosati soutient la réalité pro-européenne de ce nouveau parti sous le signe de «  la concurrence économique, société solidaire ». Une coalition qui reste néanmoins au rabais car ils auraient voulu réunir toute la gauche mais cela n’a pas été possible car le SLD voulait un trop important nombre de candidats, ce que n’ont pas apprécié les autres partis. Néanmoins, cette «  Entente pour le futur » se veut être le premier pas pour une gauche plus forte sur la scène politique polonaise.

 

Enfin Samoobrona, le parti nationaliste, n’a pas encore été très explicite sur ses candidats déclarant seulement qu’ils seront «  compétents et seront représenter la Pologne en Europe ». Seule certitude, Andrzej Lepper, leader du parti ne sera pas candidat.

 

Dans un tout autre registre, le Partia Kobiet (Parti des Femmes) présente diverses candidates comme l’écrivain Manuela Gretkowska  ou encore la chanteuse Urszula. Si elles sont élues, elles souhaitent faire avancer le dossier de la parité en Europe. 

 

« Eurojeu d’échec pour PIS et PO »,  titrait la Gazeta Wyborcza          

 

Alors que la Plateforme civique envoie des personnalités politiques connues du public, Droit et Justice décide de mettre sur les listes des députés polonais. L’enjeu européen  entre les deux grands partis de la scène polonaise n’est pas pris à la légère, ainsi c’est entre eux que la concurrence est la plus forte pour avoir des visages faisant venir les électeurs aux urnes. Car ces élections bien qu’européennes sont désormais considérées comme un test photographiant les tendances politiques du pays en vue des élections présidentielles de 2010.

 

Il s’agit d’un jeu tactique minutieux pour mettre des personnes suscitant l’intérêt des électeurs et sachant séduire les indécis entre PO et PIS. Alors que Lech Walesa critique la Plateforme citoyenne de  "tout envoyer dans une seule course", le parti affiche son objectif de passer de 14 à 25 représentants européens qui feraient du Parti populaire européen (PPE) avec leurs compatriotes du parti Sojusz Lewicy Demokratycznej (Alliance des démocrates de gauche). PIS veut se distinguer du PO en disant que ce qui importe c’est le débat sur les problèmes politiques du moment comme la crise et le chômage, plutôt que le débat sur les candidats plus ou moins connus.  

 

Dans cette tactique pour obtenir le plus grand nombre de voix possible, le PO n’hésite pas à intégrer dans ses listes des personnages de tout bord, de la Commissaire européenne actuelle Danuta Hubner à Marian Krzaklewski leader d’AWS (Action de Vote Solidaire) clairement à droite. Pour ce dernier, la stratégie est claire, il est sur les listes de la circonscription Pod Karpati, fief de droite, notamment du PIS qui de son coté laisse partir à Bruxelles  à contre-cœur  deux députés de l’assemblée polonaise. En effet, le Président Kaczynski  ne souhaitait pas voir partir du pays des politiciens de premier ordre car d’ après lui "il faut consolider leur force national en vue des prochaines élections législatives". 

 

Une campagne au plus près des électeurs et de l’argent des partis              

 

Les grands partis l’ont d’ors-et-déjà déclaré, la campagne sera sous le signe de la proximité avec les électeurs. Du porte à porte, des sorties dans les foules pour se faire connaitre et discuter avec les potentiels votants. Pas d’immense affiches ou de bombardement audiovisuel, la campagne sera humaine clame tous les partis. Comme le souligne le PO, il s’agit là d’une vraie volonté de créer une atmosphère européenne, un espace public plus dynamique à l’occasion de ces nouvelles élections, la Pologne retenant le triste record du plus faible taux de participation en 2004, alors même qu’elle venait de rentrer dans l’Union. Mais c’est aussi le fruit de contraintes économiques. Le PIS déclare que son budget est de 9 millions 133 mille zloty, trois fois moins que pour les législatives.

 

D’autres partis doivent même avoir recours à des crédits bancaires pour financer la campagne autant dire que les dépenses seront sous surveillance. D’après le SLD, une campagne au niveau national nécessite au moins 6 millions de zloty (soit environ 1 300 000 euro), alors l’accent sera mis sur le terrain, tout particulièrement à Varsovie pour le parti de gauche.  De plus, les débats entre députés seront aussi utilisés dont un très attendu, en anglais, entre Dariusz Rosati de l’ « Entente pour le futur » (centre gauche) et Wojciech Michał Olejniczak du SLD (gauche).  

 
 
 
 
 

Un Français sur les listes européennes polonaises

Assez rare pour que ce soit souligné, les listes européennes s’européanisent. En effet, le journaliste français Bernard Margueritte se présente sur les listes du parti polonais PSL.

Ainsi, le quotidien Gazeta Wyborcza se demande si les Varsoviens feront confiance à un Français au cœur polonais. Ce choix montre l’ambition du PSL, ambition qu’il ne cache pas, espérant faire 10% des voix et dans ce but, dans une ville ouverte à l’international comme Varsovie, le ressortissant français peut être un atout majeur.  Et bien sûr, un beau symbole d’Europe réunifiée, comme il le rappelait lors de la conférence de presse. Pour ouvrir efficacement la campagne, Bernard Margueritte n’hésite pas à faire part de son attachement à la Pologne.  Il se dit « spolszczony »,  soit polonisé. Il se définit comme un "chłopodziennikarzem",  soit un journaliste campagnard, rappelant que le Ministre Urban disait de lui dans les années 1980 que "certes il était très mauvais mais que pouvait-on s’attendre d’un homme tellement « polonisé » qu’il ressemble à un paysan de Bialystok", mots qui avait fait énormément plaisir au français et même honoré, car selon ses propres termes « il n’a pas eu l’honneur de naître polonais ».

Plus politiquement parlant, il a déclaré se lancer dans la course car souvent les politiciens de métier énervent énormément les journalistes qui ont l’impression qu’ils pourraient faire mieux, "J’ai donc décidé de prouver qu’un journaliste pouvait faire mieux".

Ainsi la campagne pour les élections européennes en Pologne s’annonce dynamique avec de nombreux acteurs très motivés. Il ne reste plus qu’à espérer que les électeurs soient plus actifs qu’en 2004.

 

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