Partenariat oriental : suite des négociations

Par Isabelle Pinzauti | 30 avril 2009

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Partenariat oriental : suite des négociations”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 30 avril 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/628, consulté le 03 décembre 2022

partenariat_oriental_bilorusse.jpgDepuis l’annonce du projet polono-suédois, les négociations pour l’aboutissement de ce projet ont continué activement à Bruxelles. De la rencontre des Ministres aux Affaires étrangères européens fin février au tout récent Sommet du Conseil en date du 19-20 mars 2009, le projet a vu son agenda et son action se concrétiser. Pourtant, aurons-nous une Union orientale comme une Union méridionale ? 

partenariat_oriental_bilorusse.jpgDepuis l’annonce du projet polono-suédois, les négociations pour l’aboutissement de ce projet ont continué activement à Bruxelles. De la rencontre des Ministres aux Affaires étrangères européens fin février au tout récent Sommet du Conseil en date du 19-20 mars 2009, le projet a vu son agenda et son action se concrétiser. Pourtant, aurons-nous une Union orientale comme une Union méridionale ?

 

Le besoin d’une réaction claire de l’Union

 

À l’occasion de la rencontre des Ministres, la Commissaire aux Relations extérieures, Benita Ferrero Waldner, déclarait que suite à la crise en Géorgie ainsi qu’à la plus récente crise gazière survenue entre la Russie et  l’Ukraine, l’Union se devait de réagir. D’autant qu'il ne faut pas oublier que plusieurs États membres sont très dépendants du gaz russe à l’instar de la Bulgarie ou encore de la Lettonie. Madame Waldner soulignait la double nécessité de se positionner dans cette région de manière pour tenter de prévenir de nouvelles tensions avec la Russie mais aussi car l’Union a tout intérêt à ce que les pays à l’Est de ses frontières se stabilisent autant économiquement que politiquement. Dans ce contexte, la proposition suèdo-polonaise est donc devenue un projet de premier ordre.  

 

Ainsi le Ministre tchèque déclarait au nom de la Présidence actuelle que les divers États s’accordent d’hors et déjà sur les bases pour la future mise en place du Partenariat avec les six pays de l’Est. «  Il y a un consensus général que le concept d’un Partenariat oriental est viable » et «  que la conclusion d’accords d’associations, de marché commun, et la création d’une plateforme pour les points d’intérêts communs à l’instar de la sécurité énergétique sont bien la voie à suivre » a-t-il dit.

Même si l’on attendait encore pour les détails, le Sommet du 19-20 mars, il était d’hors et déjà clair que ce projet n’incluait pas l’adhésion. « Ce projet engage les pays dans un système donnant donnant. Des possibilités de performances et de réformes. C’est plus pour plus » rappelait la Commissaire Waldner.

 

Le financement en question

Bien que l’ensemble de l’Union est persuadée du bien fondé de cette entreprise, son financement n’est pas encore totalement certain. La Commission proposait en février de donner 600 millions d’euro pour la période 2010-2013, fonds à trouver dans le budget préexistant. Malgré l’assurance du Ministre aux Affaires étrangères polonais d’obtenir  la totalité de la somme, Bernard Kouchner, Ministre français  parlait encore de la somme de 250 millions seulement malgré le soutien à l’ensemble du projet de la part de la Commissaire Waldner. En effet,  les pays du Sud s’inquiètent que trop d’argent soit consacré aux pays de l’Est et trop peu aux voisins du Sud de l’UE. De plus, Berlin ne souhaite pas allouer de nouveaux fonds à ce projet. La question restait alors entière jusqu’au sommet de la mi-mars.

 

Les relations avec la Russie et la Turquie

 

La mise en place de ce partenariat avec des anciennes républiques soviétiques ne se veut en aucun cas une attaque directe contre la Russie, rappelle dès février l’Union. Mais bien une façon de créer des partenariats plus solide pour une stabilisation de la région frontalière, bénéficiant autant à Moscou, Bruxelles, et sans oublier Ankara. En effet, tout le monde s’accorde que certains projets devront être menés en collaboration étroite avec les deux pays hors UE ayant d’importants liens avec certains pays concernés par le partenariat.

 

Malgré ces déclarations, si la Turquie et la Russie ne semble pas voir pour l’instant de la manière la plus positive l’aboutissement de ce projet, alors même que le Ministre français rappelle que ces deux grands pays frontaliers seront des partenaires privilégiés de ce projet. Alors que le Ministre polonais Sikorski est persuadé que les représentants ne seront pas présents à l’inauguration en mai car ils ne sont pas des États membres, la question n’avait pas encore été débattue officiellement en février mais il souligne l’importance de les associer sur des questions précises comme la protection des frontières. Bien que tous les Ministres des Affaires étrangères de l’Union ne soient pas encore d'accord sur la position la plus raisonnable à adopter pour le financement commun avec des pays hors UE de projets concernant l’énergie pour éviter d’autres crises, cette question restait à débattre lors du sommet de mars.

 

L’aboutissement au Conseil européen du 19-20 mars

 

La Pologne partait au sommet avec la ferme intention de voir accorder le budget prévu au Partenariat oriental. Vendredi, les divers thèmes mais surtout le budget de 600 millions d’euro pour la période 2010-2013 ont été accordé à l’initiative suèdo-polonaise malgré la réticence des pays du Sud. Le chef de la diplomatie tchèque Karel Schwarzenberg exprimait son enthousiasme face à cette décision « Notre rêve s’est réalisé. Nous avons assez de fonds pour commencer le Partenariat oriental. C’est un grand pas en avant pour les pays de l’Est ainsi que pour l’Union car ses voisin deviendront de vrais partenaires ».

 
 

Ainsi, en conclusion du Sommet, le Conseil européen donne son accord pour un "profond engagement bilatéral ainsi que des nouveaux partenariats multilatérals entre l’Union et l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine ; dans le but d'accélérer les réformes, rapprocher les législations et débuter une intégration économique, (…) promouvoir la stabilité, la bonne gouvernance et le développement économique à ses frontières orientales revêt une importance stratégique pour l'Union européenne (...) La proposition de l'Union européenne visant à établir avec ces pays un Partenariat oriental ambitieux sert cet objectif" peut-on lire dans les conclusions du Sommet et ceci dans la droite lignée des objectifs de la Politique européenne de Voisinage pour la promotion de la stabilité et de la bonne gouvernance.

 

De plus, l’Union promet comme but à long terme la totale libération des visas, déclarant qu’elle évaluera les pays un par un au sujet du management et de la sécurité des frontières. Bien sûr, les conclusions soulignent une fois de plus l’ouverture du Partenariat à des pays tiers à l’instar de la Russie et la Turquie.

 

Le budget de 600 millions accordé au Partenariat  n’est qu’une partie. En effet, à celui-ci s’ajouteront des sommes du budget de 12 milliards d’euro d’hors et déjà prévu pour l’ensemble des politiques bilatérales de voisinage, dont par exemple 494 millions pour l’Ukraine dès 2010.

 

Enfin, le Ministre polonais Sikorski se félicitait de ce grand succès du gouvernement polonais qui en moins d’un an a mené à bien la mise en place d’un projet digne de l’Union pour la Méditerranée, ainsi l’Union a deux grands projets avec ses voisins. L’inauguration aura lieu lors d’un sommet le 7 mai auquel il n’est pas encore certain que le Président biélorusse Aleksandr Łukaszenko sera convié. En effet, Schwarzenberg a tenu à souligner que même si la Biélorussie est un partenaire du projet à part entière, la participation du Président à ce premier sommet dépendra du comportement du gouvernement dans les prochaines semaines.

 

Le dilemme biélorusse

 

Il faut noter que pour l’instant Minsk avait longtemps été exclu de la Politique européenne de Voisinage pour cause de son manque de démocratie malgré les efforts récents du Président, reconnus par l’Union. Bien sûr, la situation est loin d’être idéale mais tout le monde s’accorde à Bruxelles pour penser que le Partenariat oriental dans ce pays malgré les problèmes, permettra de contrebalancer la croissante influence de Moscou. Par la même, l’Union veut aussi montrer son contentement à voir des améliorations du comportement biélorusse au sujet de la libération des prisonniers politiques et de la liberté de la presse, bien que la situation soit encore loin d’être optimale.

 

La récente visite de Javier Solana, Haut-Représentant pour la Politique étrangère et de Sécurité commune, montre que comme le Partenariat que l’Union ne veut pas laisser la Biélorussie isolée ou pire encore sous des influences qui ne la mènerait à évoluer démocratiquement. Néanmoins, si la Biélorussie décide de reconnaitre l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. L’Union se verra en difficulté pour l’associer aux différents projets prévus par l’initiative polonaise.

 

Ainsi, comme titrait le quotidien polonais Rzeczpospolita, l’Union offre une carotte  à la Biélorussie, ce que Moscou voit d’un mauvais œil. En effet, le Ministre russe aux Affaires étrangères Lavrov critiquait dès samedi la mise en place du Partenariat considérant celui-ci comme la volonté de créer une sphère d’influence alors que l’Union critique tant le comportement, selon lui comparable, de la Russie.

Dans ces conditions, bien que le Partenariat oriental avance à grands pas, il devra encore faire face à des défis de taille pour être le plus exhaustif et efficace possible.

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