Rien ne va plus chez les « Oranges »

Par L'équipe | 15 mars 2009

Pour citer cet article : L'équipe, “Rien ne va plus chez les « Oranges »”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 15 mars 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/614, consulté le 08 août 2020

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article.pngAlors que l’Ukraine traverse une profonde crise économique et que les perspectives budgétaires s’assombrissent chaque jour, les anciens symboles du renouveau ukrainien, Victor Youstchenko et Ioulia Tymoshenko, arrivés au pouvoir en grande pompe en 2004, se font toujours la guerre. À quand la fin ?

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article.pngAlors que l’Ukraine traverse une profonde crise économique et que les perspectives budgétaires s’assombrissent chaque jour, les anciens symboles du renouveau ukrainien, Victor Youstchenko et Ioulia Tymoshenko, arrivés au pouvoir en grande pompe en 2004, se font toujours la guerre. À quand la fin ?

 

Une crise politique paralysante

 

Les dirigeants ukrainiens, dont le pays se trouve au bord de la faillite économique, ont pourtant promis de faire la paix afin de sortir le pays de l’impasse. Pour y parvenir, ils ont demandé au FMI un prêt de plusieurs milliards de dollars l’année dernière. Si la première partie du crédit a été versée, la deuxième, tant nécessaire pour combler les déficits budgétaires en 2009, a été, quant à elle, conditionnée par la « paix politique » en Ukraine. Alors, le 2 mars 2009, le Président et le Premier ministre ont co-signé une lettre adressée au FMI promettant d’arrêter les disputes politiques et de travailler ensemble. Le but de cette lettre était de rassurer l’UE, le FMI et les autres organisations internationales que le pouvoir ukrainien est enfin près à travailler d’une manière constructive et lutter contre la crise. À en croire le texte de cette lettre, publié sur le site de « Ukrainskaia Pravda », les hommes politiques s’engagent à ne pas jouer sur la crise pour améliorer son image avant la campagne électorale qui aura lieu cette année et de joindre leurs efforts.

 

Or, ce « pacte de non-agression » a été presque tout de suite enfreint. Le 3 mars, la Rada (le Parlement ukrainien) renvoie le Ministre des Affaires étrangères Vladimir Ogryzko, proche du Président Youstchenko, et les députés du parti de Tymoshenko ont largement contribué à ce que le Ministre soit destitué. Il est tout aussi vrai que le travail d’Ogryzko était souvent critiqué à Kiev. Les uns lui reprochaient l’échec des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, les autres l’accusaient de la détérioration des relations avec Moscou. Plus récemment, l’échec de l’Ukraine face à la Roumanie dans la dispute pour l’Île des Serpent au large de la Mer noire, a été la goûte d’eau qui a fait déborder la vase. Quoi qu’il en soit, la destitution de son Ministre a provoqué la colère de Youstchenko, qui a accusé Tymoshenko de conspiration et du complot et sa réaction ne s’est pas faite attendre.

 

Des schémas gaziers abracadabrantesques

 

Le 4 mars, les membres du Service de sécurité de l’Ukraine (SSU) débarquent au siège de NaftoGaz , et l’occupent. Ils essaient de récupérer les originaux des contrats signés par Youlia Tymoshenko avec Gazprom au mois de janvier, que le Président Youstchenko juge injustes par rapport au prix que son pays va devoir payer en 2009. Rappelons qu’en 2008 le prix moyen que était de 178 dollars/1000m3(153,3 dollars payés à Gazprom + les frais payés à la compagnie de transit : RosUkrEnergo), alors qu’en 2009 ce prix sera d’environ 360 dollars/1000m3, ce qui n’est pas facile à assumer pour un pays au bord de la faillite économique.

 

Mais ce n’est pas parce que Youtschenko se faisait des soucis pour l’économie ukrainienne qu’il a envoyé ses troupes à Naftogaz. Derrière cette décision, il y a une longue histoire de corruption qui s’est transformée en une guerre entre le Président et le Premier ministre. Ce scandale a été à plusieurs reprises dénoncé par Moscou, et notamment par Vladimir Poutine pendant la crise gazière en janvier 2009. Tout vient de la façon dont le gaz russe est vendu en Ukraine. Il se trouve que même si NaftoGaz, qui est fortement lié à Youlia Tymoshenko, il reste le seul à distribuer le gaz en Ukraine, qui n’achète pas directement chez Gazprom. C’est une entreprise basée en Suisse, qui s’appelle RosUkrEnergo qui achète le gaz chez Gazprom et le revend à NaftoGaz. Ce schéma a été imposé par le pouvoir à Kiev, et notamment par le cabinet du Président, qui est très proche de RosUkrEnergo, à en croire Tymoshenko.

 

Moscou va donc se débarrasser de RosUkrEnergo, et vendre le gaz directement à NaftoGaz, comme le proposa Youlia Tymoshenko le 20 janvier 2009. Mais apparemment, cela ne sera pas très simple, car un énorme scandale de corruption est en train de se produire à Kiev.

 

Le 3 mars au soir, le SSU qui se trouve sous le contrôle du Président, a arrêté Taras Sepitiko, un fonctionnaire des Douanes économique ukrainiennes. Il a été accusé d’avoir volé 6,3 milliards de mètres cubes du gaz lors de la dernière crise gazière entre l’Ukraine et la Russie destinés au transit en direction de l’Europe. Plus précisément, il a usurpé le gaz appartenant à RosUkrEnergo, dont on va encore parler, au profit de la compagnie d’État Naftogaz, particulièrement proche du Premier ministre. Ce qui est très intéressant, c’est que RosUkrEnergo a déclaré avoir perdu 11 milliards de mètres cubes et ce n’est pour l’instant pas claire où sont passés les 4,7 milliards mètres cubes, perdus quelque part sur le territoire ukrainien.  Tymoshenko a tout de suite pris la défense de Sepitiko, qui, il faut le dire, au fond défendait ses intérêts en détournant le gaz européen. Sans ce gaz, son budget 2009, établi dans la douleur, serait caduc, car le gaz que possédait RosUkrEnergo a été acheté encore en 2008, et donc à un prix imbattable : 153,9 dollars/1000m3. Or, entre-temps, le prix du gaz est passé à 360 dollars/1000m3 pour l’année 2009. C’est ainsi que Youlia Tymoshenko était la première intéressée à obtenir ces 11 milliards mètres cubes, afin de ne pas creuser davantage le déficit budgétaire.  Mais comment donc convaincre RosUkrEnergo de les vendre à perte ?

 

La solution a été trouvée : RosUkrEnergo, qui était la propriétaire de ces 11 milliards mètres cubes, avait une dette face à Gazprom. Youlia Tymoshenko a donc proposé de racheter cette dette, s’appropriant ainsi le gaz de RosUkrEnergo. L’accord signé le 20 janvier 2009 entre Tymoshenko et Poutine va dans ce sens. Il prévoit que Gazprom verse à l’Ukraine 1,7 milliards de dollars pour le transit du gaz via le territoire ukranien, avec lesquels NaftoGaz va payer le gaz de RosUkrEnergo. Mais RosUkrEnergo ne recevra pas cet argent, car il servira à combler ses dettes face à Gazprom. Comme le souligne lenta.ru, l’accord ne prévoit pas les modalités de vente de la dette. Il n’est nulle part précisé comment RosUkrEnergo va devoir s’acquitter face à NaftoGaz qui reprend sa dette : avec du gaz ou avec de l’argent. Tymoshenko a apparemment décidé que ce sera avec le gaz, ce qui a provoqué la colère chez RosUkrEnego, qui a porté plainte contre NaftoGaz. Le 2 mars, le SSU ouvre l’enquête. Quelques jours plus tard, le Tribunal de Kiev annonce que cette enquête est illégale, mais l’affaire n'était pas classée, car le prix politique est très élevé. Si Youstchenko l’emporte, il aura obtenu énormément d’argent à travers RosUkrEnergo pour financer sa campagne électorale. Youlia Tymoshenko, qui est depuis toujours en guerre pour le pouvoir, n’est pas non plus prête de céder, surtout quand la victoire face à Youstchenko est si proche.

 

L’Ukraine est donc très loin de la paix politique annoncée par les « Oranges » afin d’obtenir un crédit de la part du FMI. Les premières victimes de cette guerre seront, comme d’habitude, les Ukrainiens, qui voient leurs économies s’envoler à cause de l’inflation et de la récession économique.

 

Et l’Europe ?

 

Et l’Europe n’est pas présente dans cette histoire, faute d’avoir une politique cohérente en la matière. Et c’est pourtant bizarre, car sa sécurité énergétique en dépend. La Russie a déjà exprimé son inquiétude quant au nouveau dérapage dans la vie politique ukrainienne, précisant que cela pourrait avoir des répercutions sur les livraisons du gaz en Ukraine.

 

Du côté européen, la situation est complexe : la balance est difficile à maintenir entre respect des intérêts européens et respect de la souveraineté ukrainienne. L'Europe participe en effet à un double jeu d'échecs dont une partie se joue sur la scène intérieure ukrainienne et l'autre entre Bruxelles, les grandes capitales européennes et Moscou.

 

 

Pour aller plus loin :

 

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Sur Nouvelle Europe
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L’Ile des Serpents, hier, aujourd’hui et demain : un enjeu énergétique
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Bruxelles, Kiev, Moscou : quelles leçons de la dernière crise gazière ? 
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Ukraine et Turquie dans l'UE : la clef de l'indépendance énergétique ? dans notre dossier d'octobre 2008 : L’Europe en panne d’énergie ?
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Ukraine : Timochenko, Gazprom et Moscou
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Ukraine : Orange !
   
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Sur Internet
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Interview de Valery Horoshovski – du SSU
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Tymoshenko vs RosUkrEnergo : obligation de vendre
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L’accord entre Gazprom et NaftoGaz du 20 janvier 2009
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Au début fut le gaz - Lenta.ru

 

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