Où sont passés les syndicats à l'Est ?

Par admin | 1 mars 2009

Pour citer cet article : admin, “Où sont passés les syndicats à l'Est ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 1 mars 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/607, consulté le 01 juillet 2022

virdenmassacrememorial_s.jpgL'un des héritages de la sortie du communisme dans la nouvelle Europe est la persistance de taux de syndicalisation extrêmement bas. Comment expliquer cette situation et quelles en sont les conséquences ?

virdenmassacrememorial_m.jpgL'un des héritages de la sortie du communisme dans la nouvelle Europe est la persistance de taux de syndicalisation extrêmement bas. Comment expliquer cette situation et quelles en sont les conséquences ?

On se souvient le rôle qu'a pu jouer le mouvement syndical et notamment le syndicat Solidarnosc en Pologne dans la sortie du communisme. Pourtant, quelques années plus tard, en Pologne comme dans le reste des anciennes démocraties populaires, les syndicats n'ont jamais réussi à sortir de leur faiblesse chronique et ce pour plusieurs raisons. 

Syndicats et système socialiste

La première raison et la plus évidente est le lien que font les citoyens entre les syndicats et l'ancien régime communiste : les syndicats indépendants y étaient interdits par un système politique qui prétendait oeuvrer au nom de l'ensemble de la classe ouvrière. À l'époque communiste, la syndicalisation était obligatoire et sur chaque lieu de travail, le syndicat organisait les aspects sociaux de la vie des travailleurs. Comme Petia Koleva et alii l'expliquent dans "Nouvelles Europes, trajectoires et enjeux économiques", la responsabilité sociale des entreprises dans le système socialiste était hypertrophiée en faveur des employés. L'unité de travail offrait le plus souvent un logement, des vacances, payait les prestations sociales (congés maternité, retraites, etc.) et permettait l'accès à la crèche, voire pour les plus grandes entreprises à des magasins à prix réduits pour les employés. À l'inverse, l'entreprise socialiste était quasiment irresponsable vis-à-vis des consommateurs (produits défecteux etc.) et de l'environnement. 

Les syndicats au sens auquel nous l'entendons en Europe de l'Ouest n'existaient pas vraiment, étaient limités à chaque entreprise et étroitement contrôlés par le Parti. Dans cette situation, on comprend que la méfiance qu'ont sucité les organisations syndicales indépendantes dans les années 1990, alors que la société subissait de très profondes mutations liées au passage à l'économie de marché, à la mise en place de l'acquis communautaire et aux privatisations. Le passage d'une syndicalisation obligatoire à une association volontaire devant représenter les travailleurs dans les intenses négociations sociales des années 1990 a été différement vécue dans les nouveaux États membres, néanmoins, il est possible de dégager des tendances globales. 

Quelles conséquences ?

Tout d'abord, le taux de syndicalisation a fortement baissé entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000. Il est passé de 32% des travailleurs à 11% de 1995 à 2006 en Estonie, de 63% à 17% en Hongrie ou de 63 à 44% en Slovénie. Rappelons que l'Union européenne à 15 est passée de 31 à 26% sur la même période. On constate donc que la puissance du mouvement syndical dans la nouvelle Europe - exception faite de la Slovénie - est très amoindrie. 

Au-delà de la méfiance inspirée par les syndicats, l'une des raisons de ces faibles taux de syndicalisation a été la conjonction de l'application de mesures économiques très libérales conjuguées à une prise en main des questions sociales par les États. Dans la mesure où ces derniers ont joué un rôle central dans la transition ou dans la mise en place et l'application de l'acquis communautaire européen, peu de place a été laissée aux négociations professionnelles. 

L'avenir du mouvement syndical dans la nouvelle Europe est difficile à prévoir. Il est possible que la pression communautaire pour plus de dialogue professionnel ainsi que la professionnalisation des syndicats au contact de la Confédération européenne des Syndicats conduisent à leur renforcement, mais seulement à moyen terme. Dans le contexte actuel de la crise, cette situation est relativement inquiétante dans la mesure où le mécontentement populaire aura tendance à s'exprimer dans la rue - comme ce fut le cas en Lettonie et en Lituanie ces dernières semaines - sans que les revendications sociales puissent être portées par des partenaires sociaux responsables.  

Pour aller plus loin :

Sur Nouvelle Europe

 
 

À lire

  • KOLH, H., Où en sont les syndicats de l’Europe de l’Est ? Bilan d’étape après l’élargissement de l’UE, Friedrich Hebert Stiftung, n°5/2008 
  • KOLEVA, P., RODET-KROICHVILI, N. & alii, "Responsabilité sociale des entreprises en Europe centrale et orientale, naissance ou résurgence" ? in  KOLEVA, P., RODET-KROICHVILI, N. & VERCUEIL, J., Nouvelles Europes, Trajectoires et enjeux économiques, Ubtm, 2006, p. 213-245