Le Partenariat oriental vu depuis Minsk : interview d'Alexandre Milinkevitch

Par L'équipe | 11 février 2009

Pour citer cet article : L'équipe, “Le Partenariat oriental vu depuis Minsk : interview d'Alexandre Milinkevitch”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 11 février 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/598, consulté le 16 décembre 2018
milinkievitch1.jpgpepiniere-145.pngUn projet important de la Présidence tchèque de l'Union européenne est la création du Partenariat oriental entre l'UE et l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie. Ce dernier pays ne sera admis que sous conditions. Alexandre Milinkievitch, Président du Mouvement pour la liberté, prix Sakharov du Parlement européen 2006 et opposant au régime de Lukashenko évoque pour Nouvelle Europe les opportunités que représente le Partenariat oriental pour la Biélorussie.
milinkievitch1.jpgpepiniere-145.pngUn projet important de la Présidence tchèque de l'Union européenne est la création du Partenariat oriental entre l'UE et l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie. Ce dernier pays ne sera admis que sous conditions. Alexandre Milinkievitch, Président du Mouvement pour la liberté, prix Sakharov du Parlement européen 2006 et opposant au régime de Lukashenko évoque pour Nouvelle Europe les opportunités que représente le Partenariat oriental pour la Biélorussie.

Le Partenariat oriental souhaite la participation de la Biélorussie sous réserve de sa démocratisation. En tant qu'opposant politique au régime de M. Lukashenko, pensez-vous qu'une telle condition est légitime ?  Au contraire, l'UE devrait-elle être plus dure à l'égard de la Biélorussie ? Comment le Partenariat oriental changera-t-il le combat pour la démocratie dans le pays ? 

La proposition de la Commission exige une étude profonde, mais pour moi les avantages apportés par le Partenariat oriental sont évidents. Bien sûr, l’Union européenne ne manquait pas de pragmatisme en développant cette initiative, pourtant ce pragmatisme a été dicté par de nouvelles conditions géopolitiques. La participation de la Biélorussie reste toujours en question et son implication dépendra des réformes démocratiques menées lors de cette période d'approbation. J’espère beaucoup que les intérêts stratégiques vont aller de pair avec les valeurs démocratiques, surtout dans le cas de mon pays. Les démocrates bélarussiens pouvaient toujours compter sur le soutien de l’Union européenne dans leur lutte contre le régime autoritaire. Aujourd’hui, il n’a y pas d’alternative à la politique de dialogue et d’engagement avec la Biélorussie. Mais l’action de l’Europe doit absolument prendre en consideration le caractère du pouvoir en place.

Nous avons besoin d’un dialogue et d'une entente au sein du pays, entre les differentes forces politiques. C’est pourquoi au cours du dialogue européen avec les autorités bélarussiennes, il est nécessaire d’intensifier les contacts avec la société civile démocratique en invitant ses représentants, autant que possible, à la même table des négociations. Donc, ce n’est pas la question du durcissement de la position de l’Union, mais de l’élaboration d’une approche plus pondérée et à la base du respect des principes démocratiques, surtout dans les conditions d’une crise économique profonde qui a en Biélorussie des causes à la fois exogènes et endogènes.

Et, pour répondre à la dernière partie de cette question, je voudrais dire qu’un tel Partenariat est d’une importance vitale pour le Biélorussie. C’est une chance historique pour mon pays. Je parle du peuple bélarussien pour lequel une ouverture vers l’Europe ne peut qu’offrir un espoir de se retrouver un jour au sein de la famille européenne des nations démocratiques. Le Partenariat oriental, s’il est réalisé, va finalement enterrer la thèse du régime que « personne ne nous attend dans l’Europe ». 

À l'instar de l'Union pour la Méditerranée qui prévoit entre autres la dépollution de la Méditerranée ou des autoroutes maritimes et terrestres, quels projets concrets le Partenariat oriental peut-il porter à l'Est ? 

milinkevich.jpegLa Commission a proposé une formule multidimensionnelle de la coopération dont les thématiques répondent aux besoins premiers de notre région. Il s’agit, prioritairement, de projets qui peuvent être réalisés dans le cadre d’une plateforme économique, comme la création de zones de libre-échange à l’exemple de l’UE ou l’accès au Systeme Commun de Transit. Développement du commerce, facilitation des échanges avec la simplification et la suppression du régime de visas, amélioration de la coopération dans la sphère du développement socio-économique – tous ces aspects pourraient créer une base de coopération plus étroite et bénéficiaire à la fois entre notre région et l’Union européenne et parmi les pays de la région, par exemple à travers l’axe Mer Baltique-Mer Noire.

Actuellement l’Europe s’est confrontée à une crise du gaz ce qui implique de poser la question de la sécurité énergétique et surtout de l’inclusion dans la discussion des partenaires de l’Est. Pour l’Ukraine et la Biélorussie, une perspective du développement de l’infrastructure énergétique est de grande importance. Donc, toute inititiave dans cette direction ne pourrait qu’avoir une vive salutation de notre part. Des projets culturels doivent rester dans l’esprit des plateformes thématiques aussi. À mentionner : une possibilité de lancer des projets d’échanges universitaires intenses, de développer plus les programmes déjà existants comme Erasmus Mundus ou Tempus. Finalement, dans le cadre du Partenariat oriental, des projets enviromentaux peuvent être mis en place. Je voudrais souligner l’importance de porter plus d’attention à des problèmes liés à la catastrophe de Tchernobyl. L’Europe reste toujours impliquée d’une manière ou d’une autre dans la lutte contre les conséquences de Tchernobyl, mais des projets concrets peuvent être développés avec la participation plus active de l’Union européenne.

Je soutiens l’idée fondamentale du Partenariat oriental qui vise à étendre au maximum l’acquis communautaire dans les pays concernés. C’est cet objectif d’européanisation qui va, à coup sûr, nous amener, à terme, à l’intégration complète au sein de l’UE. Car il s’agit des pays européens qui sont pour l’instant en dehors de l’Union.

Quels sont à vos yeux les projets à mener avec la Biélorussie ? 

Pour la Biélorussie, pays longtemps isolé des programmes européens, il existe un potentiel énorme de possibilités pour développer la coopération dans plusieurs domaines. Il s’agit des projets dirigés à améliorer les échanges commerciaux, à moderniser notre économie, à européaniser notre société. Du côté de la société civile, nous comptons aussi sur le soutien accru des médias, des ONG indépendantes, sur l’intensificition des contacts à tous les niveaux ce qui passe, entre autres, par la libéralisation des procédures d’obtention et la réduction des coûts des visas. 

Quelle est aujourd'hui la situation politique en Biélorussie ? 

Il y une certaine amélioration du climat politique en Biélorussie : il n’existe plus de prisonniers politiques, la presse démocratique commence à apparaître dans la vente publique, le Mouvement pour la liberté a enfin été enregistré ; les pouvoirs qui désormais n’hésitent pas à parler de libéralisation et des droits de l’homme, ont récemment initié la création de trois organismes consultatifs où ils ont invité des représentants de la société civile. La polique de dialogue commence à porter ses fruits. Mais ce n’est que le début, il nous faut rendre irréversibles les changements démocratiques, surtout dans les domaines des médias, des élections et des droits des ONG.

 

Marguerite Romosan fait partie de notre programme "Pépinière". Elle est étudiante en seconde année à Sciences Po.

Le programme "Pépinière" donne l’opportunité d’une première expérience de publication. Les bénéficiaires de ce programme sont encadrés par le rédacteur en chef de la revue en ligne qui les aide dans les recherches et la rédaction de leurs articles.

Cet article fait partie de leur seconde thématique de travail consacrée au projet suédo-polonais de partenariat oriental.

 

Pour aller plus loin :

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Sur Nouvelle Europe
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Les autres articles de cette série consacrée au Partenariat oriental : (1) Le partenariat oriental : quels contours ?, (2) Partenariat oriental : entre perdants et gagnants, (3) Elsa Tulmets : Quel intérêt des Tchèques pour le Partenariat oriental ?
   
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