La Hongrie dans le tourbillon de la crise

Par Csilla Vegh | 4 février 2009

Pour citer cet article : Csilla Vegh, “La Hongrie dans le tourbillon de la crise”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 4 février 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/587, consulté le 16 août 2022

future.jpgarticle.pngIl y a quelques années seulement, la Hongrie préparait son adhésion à l’Union européenne comme un élève modèle de l’équipe des dix pays d’Europe centrale et orientale. Aujourd’hui, face à la crise économique grandissante, la Hongrie se retrouve fragilisée et loin de son optimisme d'antan. Quels sont les causes et les éléments de cette crise à multiples facettes ?

article.pngfuture.jpgIl y a quelques années seulement, la Hongrie préparait son adhésion à l’Union européenne comme un élève modèle de l’équipe des dix pays d’Europe centrale et orientale. Aujourd’hui, face à la crise économique grandissante, la Hongrie se retrouve fragilisée et loin de son optimisme d'antan. Quels sont les causes et les éléments de cette crise à multiples facettes ?

La Hongrie en 2004

Alors qu’en 2004 toute la Hongrie attendait avec impatience l’intégration du pays à l’Union européenne et franchir ainsi – selon les espoirs – la porte du développement constant et de la richesse, aujourd’hui la population reste plutôt perplexe devant le triste parcours du pays ces dernières années.En 2004, la croissance annuelle du PIB hongrois était de 3,9 %. Concernant le pouvoir d’achat, seuls les Tchèques et les Slovènes avaient de meilleurs indicateurs que la Hongrie à l’époque. En outre, en terme de capitaux étrangers investis dans le pays, seule l’Estonie pouvait présenter de meilleurs indicateurs. Le taux de chômage du pays s’élevait à 6 % en 2004, un chiffre que se situait autour de 10 % pour les nouveaux membres, à part la Slovénie.En dehors de ces points positifs, le taux d’inflation et le déficit budgétaire de l’État atteignaient déjà des niveaux inqiétants, auxquels s’ajoutait la dette de l’État, la plus importante dans la région (juste 1 % au-dessus des critères de Maastricht). Ensuite, le fait que la compétitivité de la Hongrie repose essentiellement sur l’adaptation de la structure de sa production et de la structure de son export aux besoins et aux tendances de l’économie mondiale, signifie que le pays est très vulnérable aux changements cycliques.  

Selon les analystes, ces éléments auraient dû déjà inciter les hommes politiques à entreprendre une série de réformes de la politique économique du pays (institutions, système d’imposition, etc.) tant que sa situation économique restait stable, mais malheureusement rien n’était acquis.  

Une crise économique 

Tous les articles et analyses parus dans la presse hongroise depuis le début de la crise financière internationale soulignent que la situation actuelle du pays et sa fragilité face à cette crise est le résultat d’une mauvaise politique économique depuis au moins dix ans, mais aussi la conséquence du rôle et de la taille bien trop importante de l’État. Cependant, l’ampleur de l’État n’est pas associée à un fonctionnement efficace, ce qui provoque des tensions graves dans le système : alors que les charges d’impôts sont aussi élevées que celles des pays scandinaves, le niveau des services reste au niveau des États de l’Europe de l’Est. Si on regarde par exemple le montant des charges salariales dont l’État est le bénéficiaire, on constate que dans l’Union européenne seul le Danemark en absorbe une plus grande partie. Ceci, bien entendu, ne joue pas en faveur de la création d’emplois et incite également les individus aussi bien que les entrepreneurs à contourner les règles d’imposition. Ainsi, en 2007,  le taux d’emploi en Hongrie était 57,3 %, ce qui veut dire que 57,3 % de la population active (entre 15 et 74 ans) était représenté sur le marché d’emploi. Ce chiffre est au-dessous de la moyenne européenne (65,4 % en 2007). Concernant le taux de chômage, alors qu’il se situait autour de 6 % au moment de l’adhésion du pays à l’UE, aujourd’hui il est à 7,8 % contrairement à la moyenne européenne de 7,1 % [Eurostat].

Les problèmes du marché du travail hongrois sont complexes, mais ils sont essentiellement dû à un système d’impôsition trop lourd, aux problèmes structurels du marché qui datent depuis le changement de régime en 1989, à la faiblesse des PME, aux problèmes provoqués par l’existence du marché gris et noir et au manque d’harmonisation des besoins du marché du travail avec les objectifs de l’Education Nationale. Les autres bêtes noires du pays sont son système de retraite et son système de santé, tous deux nécessitant depuis longtemps une réforme structurelle profonde. Sujets hautement sensibles, aucun gouvernement n’a osé entreprendre les réformes nécessaires, craignant pour sa popularité. Une faible tentative de réforme du système de santé a été entâmée par le gouvernement Gyurcsány en 2006, mais suite à l’ampleur de l’hostilité manifestée par la majorité de la société vis-à-vis de certains points de la réforme, elle n’a pas été poursuivie jusqu’au bout.

Une crise financière

La crise financière internationale, qui se propageait depuis les États-Unis vers l’Europe et le monde entier, a touché très grièvement la Hongrie. La bourse, tout comme le forint hongrois, étaient en chute libre : en octobre 2008, le forint est passé de 251 HUF/EUR à plus de 265 en quelques heures, et le 23 janvier 2009, il a battu le record de 291 HUF/EUR. Face aux attaques spéculatives sur la devise hongroise, la Banque centrale hongroise a choisi de brutalement relever son taux directeur. Néanmoins, en novembre 2008, vue la situation inquiétante du pays, où l’État n'a jamais été aussi proche de la faillite, le FMI, l’Union européenne et la Banque mondiale ont offert un crédit de 20 milliards d’euros pour permettre à la Hongrie de sortir de la crise.  

Selon l’étude du FMI, préparé en novembre 2008, le pays doit envisager une crise et une situation économique difficile de longue durée et selon les prévisions, le taux de croissance de l’économie (PIB) n’atteindra pas les 3 % avant 2011. Ce ralentissement est essentiellement provoqué par la récession sur les marchés de l’Europe de l’Ouest qui sont les principales cibles de l’export hongrois. Le FMI prévoit une baisse de PIB de 4 % entre 2008 et 2009 suite à l’affaiblissement de la devise nationale. La baisse du pouvoir d’achat et ainsi la réduction de la consommation des ménages contribuera également au ralentissement de l’économie. Les secteurs les plus gravement touchés sont ceux de l’automobile, l’industrie électronique, le bâtiment et le secteur d’immobilier.  

Une crise politique 

Selon les analystes, dans la situation actuelle du pays, la responsabilité de l’élite politique est irréfutable. Au lieu de chercher des solutions réelles aux problèmes existants depuis des années, la classe politique épuisait son énergie dans des luttes, des débats politiques interminables qui ne visaient qu’une seule chose : gagner les prochaines élections. Au lieu de lancer des réformes bien fondées et bien structurées, si un problème émergeait, la méthode habituelle était de trouver une solution rapide qui règle le problème pour le moment mais n’apportant aucune évolution concrète pour l’avenir.

Peu avant les élections législatives, personne n’a osé toucher au système des retraites, car les retraités représentent des votes bien trop importants pour prendre le risque de les perdre suite à une réforme qui touche à leurs intérêts. Idem pour le système de santé.  La concurrence permanente des partis politiques pour décrocher des postes au sommet de l’État, la coopération inexistante – même en temps de crise – entre les deux principaux partis de pays (le parti du gouvernement MSZP et celui de l’opposition FIDESZ), la polarisation de la scène politique (droite et gauche) et la violence du débat politique ont mené la société à s’éloigner de la vie politique et de se montrer plutôt passive vis-à-vis des affaires intérieures du pays. Néanmoins, il est à noter que les difficultés du gouvernement Gyurcsány à gérer la crise seront vraisemblablement rentabilisés par l’opposition qui – selon les derniers sondages – bénéficie largement du soutien de la majorité de la population, alors que le nombre des partisans du MSZP ne cesse pas à diminuer. 

Une crise sociale 

Suite à la dégradation de la situation économique, il est fort probable que les tensions déjà existantes au sein de la société hongroise s’aggraveront davantage. Face aux difficultés, les mouvements radicaux ont tendance à se renforcer, ce qui est déjà le cas en Hongrie avec la présence d’un groupe d’extrême-droite paramilitaire (« Garde Hongroise ») qui a vocation – convaincue que les forces de l’ordre de l’État sont incapables de bien mener leur travail – "à protéger la population contre les éléments criminels, souvent roms". Néanmoins, au lieu de monopoliser la presse nationale et internationale par la présence de ce groupe, il faudrait peut être aller aux sources du phénomène et détecter les causes profondes de sa naissance. Il doit exister certainement un dysfonctionnement de l’État qui permet l’existence légitime d’un tel mouvement qui est tout de même soutenu par certains membres de la société.  La baisse de revenues et du pouvoir d’achat, l’augmentation du chômage et le nombre des sans-abris, l’augmentation du stress, des maladies psychologiques et du pessimisme par rapport à l’avenir, l’augmentation possible de l’alcoolisme et du nombre de suicides représentent tous des dangers implicites potentiels pour les années qui viennent.  

Le bilan n'est guère prometteur, mais l’histoire de la Hongrie est riche en moments difficiles qui nous prouvent que le pays a souvent dû  connaître une crise profonde avant de réunir ses forces et de remonter la pente. Soyons alors optimistes et espérons que la classe politique du pays comprendra enfin l’enjeux et mettra à l’écart les ambitions personnelles afin de se réconcilier et travailler ensemble au profit du pays et du peuple hongrois.

 

Pour aller plus loin :

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Fiche pays : la Hongrie 
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L’Europe et l’euro : mieux vaut en être, face à la crise ? 
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La stratégie de Lisbonne ou comment dynamiser l'économie européenne

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Création en Hongrie d'un groupe paramilitaire "pour sauver le peuple hongrois" 
   
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picto_1-1.jpg Sur les problèmes de la politique économique du pays (en hongrois)
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Prévisions sur les conséquences de la crise dans les années qui viennent (en hongrois)                                        
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Les différents secteurs touchés par la crise (en hongrois)
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La Hongrie en 2004 (en hongrois)
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Sur les causes de la crise (en hongrois)
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Analyse sur la crise financière en Hongrie (en français)
Source photo : visionconsulting.hu