L’athéisme d’hier et d’aujourd'hui en Europe centrale et orientale

Par Virginie Lamotte | 5 janvier 2009

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “L’athéisme d’hier et d’aujourd'hui en Europe centrale et orientale”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 5 janvier 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/575, consulté le 23 septembre 2019
kazan_cathedrale.jpganalyse.pngS’affirmer comme « athée » aujourd'hui n’a pas la même signification qu’hier, de même que cela n’a pas les mêmes implications en Europe occidentale qu’en Europe centrale et orientale. Par ailleurs, au sein de ces pays de l’ex-URSS, il y avait de fortes disparités de traitements et d’applications des politiques soviétiques et communistes d'athéisation. Dans une société russe profondément orthodoxe, dans un espace aux confins de trois principales confessions – catholique, orthodoxe et protestante –, c’est une véritable révolution qui a eu lieu entre 1917 et 1989.
analyse.pngkazan_cathedrale.jpgS’affirmer comme « athée » aujourd'hui n’a pas la même signification qu’hier, de même que cela n’a pas les mêmes implications en Europe occidentale qu’en Europe centrale et orientale. Par ailleurs, au sein de ces pays de l’ex-URSS, il y avait de fortes disparités de traitements et d’applications des politiques soviétiques et communistes d'athéisation.

Être « athée » renvoie à ne pas croire en Dieu, à nier son existence ainsi que celle de toute divinité. De tout temps, il y a eu des athées ; ils ont longtemps été persécutés pour hérésie, à des époques où ne pas croire ou ne pas être de la même foi que le souverain était des crimes. De nos jours, la liberté de conscience est unanimement reconnue, tant dans les constitutions nationales que dans les traités internationaux : liberté de choisir sa religion, de la pratiquer ou non, mais aussi liberté de ne pas croire. À ces titres, la diversité de la vie religieuse de chaque État est protégée et chacun peut vivre sa foi – ou sa non-foi – dans le respect des autres.

Mais à partir de 1917 et jusqu’en 1989, l’athéisme a pris une nouvelle forme sous le coup de l’idéologie marxiste-léniniste : c’est devenu une politique à part entière, allant jusqu’à la volonté d’exterminer toute religion et toute pensée religieuse de l’esprit des citoyens. Pour les Soviétiques, la religion est une menace car elle est source de valeurs indépendamment des valeurs de la société. Dans une société russe profondément orthodoxe, dans un espace aux confins de trois principales confessions – catholique, orthodoxe et protestante –, c’est une véritable révolution qui s’amorce.

La présence athée avant l’occupation soviétique

L’athéisme commence à s’affirmer dans les sociétés européennes comme élément culturel à l’aube du XVIIIe siècle. Les Lumières éblouissaient alors l’Europe de leurs écrits et ces philosophes, sans être "athées", ont également porté leurs réflexions sur la conscience religieuse et sur la justification (ou non) de l’existence de Dieu. Être athée devient une mode dans les milieux intellectuels, au même titre que le libertinage. Cette réflexion s’accompagne d’une vague de crise de conscience, d’un doute de la foi.

Dans son histoire de l’athéisme, Georges Minois énonce les premières pistes de l’athéisme en Europe centrale. Il y montre comment des mouvements athées ont été découverts récemment en Pologne, mouvements qui s’inspirent des Lumières françaises. Plusieurs ouvrages y ont été traduits ; la morale universelle d’Holbach (1776) – sans doute l’un des premiers auteurs revendiquant son athéisme – est utilisée dans les écoles sous le contrôle de la Commission d’éducation nationale. Dans un pays où la religion est très présente, ces ouvrages sur l’athéisme ont fait l’objet de contrebande au XIXe siècle.

On retrouve également des traductions de ces textes à la fin du XVIIIe siècle en Hongrie. En Russie tsariste, ces ouvrages sont nombreux, mais peu y ont accès : ils restent réservés à une élite éclairée issue de la noblesse.

Les politiques athéistes de l’URSS en Europe centrale

Les Soviétiques reprennent la vision marxiste de l'athéisme, où la religion est un des vecteurs de la perpétuation du système d'exploitation des classes ouvrières par la bourgeoisie. Il devient ainsi un moyen d'aboutir à l'abolition des classes sociales et placé en conséquence au coeur de leur politique : Dieu devient synonyme de capitaliste. Ils finissent par ériger l’athéisme comme idéologie officielle figurant en bonne place dans la Constitution de l’URSS d’une part, mais aussi des États satellites que deviendront les pays d’Europe centrale et des républiques socialistes comme l’Estonie, la Lettonie ou l’Ukraine. Leur influence sera très forte et ce principe sera également repris par la dictature yougoslave faisant de la Slovénie et de l’Albanie des exemples en la matière.

Athéisme et marxisme-léninisme

L’abbé Meslier est le premier prêtre connu à s’être intéressé à la question de l’athéisme ; dans un écrit posthume publié par Voltaire (Testament de J. Meslier, 1762, qui n’est qu’une partie du Manifeste), il revendique même être athée. Son Manifeste publié en 1779 a été porté par la Révolution française. Après être tombées plus ou moins dans l’oubli, les thèses de l’abbé Meslier ont été redécouvertes par les idéologues marxistes, qui s’approprient son message « Réfléchissez à ce que l’on vous demande de croire » et publient en 1918 leur interprétation.

Abolir les religions pour Lénine permettrait ainsi de fonder cette société sans classe appelée par l’idéologie communiste. Par conséquent, la Constitution de 1918, qui fonda l’Union soviétique à la suite de la Révolution de 1917, « reconnaît à tous les citoyens la liberté de la propagande religieuse et anti-religieuse ». Celle-ci légalise ainsi les futurs mouvements athéistes qui persécuteront les églises et les associations religieuses.

Les premières mesures anti-religieuses arrivent très vite et elles s’attaquent dans un premier temps au droit de propriété des Églises et dans un second temps à l’éducation, où l’enseignement religieux devient très vite interdit. L’éducation et la socialisation dans une approche athéiste sont un des moyens utilisés pour parvenir à l’idéal de citoyen soviétique.

En 1923, des revues commencent à être publiées ; deux ans plus tard, c’est l’Union des « Sans-Dieu » qui est créée. Celle-ci a pour ambition de « mettre en action non seulement la critique des attaches sociales de la religion, mais aussi la critique scientifique ; montrer le gouffre qui sépare la science de la religion, aider les masses à franchir ce gouffre. La lutte contre la religion, c’est la lutte pour le socialisme ». Son influence croît très rapidement et revendique 3980 cellules et 123007 membres en 1928.

Le radicalisme staliniste, l’éducation au cœur de l’action politique

Après cette première étape, l’Union entre dans une seconde en 1929, plus agressive envers les croyants : il s’agit désormais d’« unir les masses ouvrières de l’URSS en vue d’une lutte active systématique et continuelle contre toutes les religions qui sont un obstacle à la construction socialiste et à la culture révolutionnaire ». À partir de là, les persécutions deviennent plus intenses. Le 8 avril 1929 est publié un décret visant à interdire aux organisations et associations religieuses tout droit à organiser toute action à vocation sociale, des réunions publiques, etc. On retire aux prêtres leurs droits civiques et leur carte d’alimentation, ces derniers étant considérés comme des non-travailleurs. Cette même année, on inaugure le Musée central anti-religieux de Moscou et plus tard le Musée de l’histoire des religions et de l’athéisme au sein de la cathédrale de Kazan à Leningrad (Saint-Petersbourg).

Au niveau de l’éducation, des manuels pratiques sont édités et on demande aux enseignants d’apprendre à leurs élèves « à lutter contre la religion ; montrer comment elle a aujourd'hui un rôle contre-révolutionnaire et nocif, et comment elle est un vestige du capitalisme dans la conscience humaine ; fournir des armes aux militants antireligieux afin de les aider dans leur lutte contre les superstitions des masses laborieuses » (Ivan Kologrivof, directeur du Manuel antireligieux, 1933). Les enfants sont ainsi placés au cœur de la mécanique stalinienne ; ils doivent porter le message athéiste à leurs familles. À tous les niveaux, les enfants doivent remplir leurs devoirs d’athées : la Ligue des jeunes communistes est chargée d’organiser des activités antireligieuses et de la propagande à destination des jeunes.

Le paroxysme de cette politique est atteint en 1932 avec l’adoption d’un plan quinquennal d’éradication complète de la religion, qui n’a jamais été mis en œuvre. Découvert par le journaliste anglais Sir Thomas Inskip, Georges Minois le relate dans son histoire de l’athéisme :

  • 1) Fermeture des écoles religieuses, premières mesures pour fermer les églises de la capitale ;
  • 2) Renvoi des personnes qui ont une religion des entreprises et des bureaux d’État, prohibition de la littérature religieuse, édition de films antireligieux à destination surtout pour les écoles ;
  • 3) Renforcement de l’activité des « Sans-Dieu » et chasse aux ecclésiastiques qui refusent de nier leur religion ;
  • 4) Transformation de tous les établissements religieux par le soviet local en lieu à passer son temps intelligemment ;
  • 5) Renforcement de la lutte antireligieuse, au 1er mai 1937, la notion même de Dieu devra être effacée de l’esprit populaire.
Malgré cette intense politique antireligieuse, le mouvement des « Sans-Dieu » perd de sa vigueur à partir de 1932 et peu après, les tensions montant avec l’Allemagne, et la crainte d'un conflit, ce combat est remplacé par la lutte anti-fasciste. Pour surmonter ce nouveau danger, les Soviétiques décident de s’associer aux Églises dans le cadre de cette nouvelle campagne de propagande. L’Union des « Sans-Dieu » est ainsi dissoute en 1941.

La société athéisée de l’idéal soviétique

Dans cette société athéisée, les traditions religieuses sont remplacées par des rites civils. De la naissance à la mort, ils jalonnent la vie du citoyen soviétique : mariage, 1er jour d’école, réception du passeport à 16 ans, début du 1er emploi, et les célébrations soviétiques comme la Révolution de 1917, l’anniversaire de Lénine, le 1er mai, la journée internationale de la femme ou le jour de la Constitution.

La mort de Staline en 1953 apporte une nouvelle donne. La relâche khrouchtchevienne avec la déstalinisation et de nouveaux programmes socio-économiques apporte avec elle un regain de violence à l’égard des religions. De nouvelles campagnes entre 1958 et 1964, aussi dures que celles des « Sans-Dieu », ont fait fermer la moitié des églises qui avaient rouvert, ainsi que des monastères et des séminaires. Les membres du clergé se retrouvent à nouveau en prison, dans des camps ou partent en exil.

À partir de 1955, l’athéisme devient par ailleurs objet d’étude scientifique en Union soviétique aux côtés des autres faits religieux : c’est une « sciences qui a pour objet l’histoire et les lois de l’élimination par l’homme des conceptions imaginaires et religieuses du monde ; en même temps que de la foi en Dieu et en un monde de l’au-delà ; l’athéisme montre les voies et les moyens de libérer l’esprit humain des illusions encouragées par la religion ». On ouvre ainsi dans les universités soviétiques, mais aussi dans celles des démocraties populaires, des départements dédiés. Par exemple, en RDA (République démocratique allemande), Olof Klohr étudie en 1965 le rythme de recul de la foi et la proportion d’athées. En Yougoslavie, le professeur Fiamingo relie le développement de l’athéisme avec le niveau de technologie d’un groupe donné.

L’instauration de l’athéisme dans bloc soviétique

Différentes méthodes ont été entreprises après la Deuxième Guerre mondiale : d’une part en Union soviétique et d’autre part dans les pays satellites, mais là aussi chaque pays a une expérience très différenciée en la matière. Certains pays comme nous le verrons ci-dessous ont vécu des expériences extrêmes. Même si tous ne les ont pas connues à ce point, tous ont eu deux transformations majeures : d’une part la séparation de l’Église et de l’État dans leur Constitution communiste, et les persécutions contre les membres de ces Églises.

Partout l’athéisme est l’idéologie officielle. Tous ces processus ont été croissants jusqu’à la chute du communisme. Ce fut le cas en Bulgarie et en Ukraine par exemple. En Lettonie, les organisations religieuses sont expropriées et en plus de la séparation de l’Église et de l’État, il y a également et au même titre une séparation stricte entre l’école et l’Église. En Pologne, la situation n’était pas tout à fait la même : l’État a dû prendre en considération plus qu’ailleurs le poids de l’Église dans la société et n’a pu par conséquent les dissoudre. Les Communistes ont donc dû adopter une attitude plus pragmatique et composer avec cette Église qu’ils abhorrent. Certains religieux ont même réussi à avoir des positions influentes auprès des dirigeants, tel le cardinal Stefan Wyszynski, qui négocia des accords avec le gouvernement pour l’Église catholique.

L’école, moteur de la propagande athéiste en Tchécoslovaquie

C’est en Tchécoslovaquie que les politiques religieuses ont été les plus radicales, en partie parce que le clergé tchécoslovaque était accusé de collaboration avec les Allemands. Entre 1948 et 1951, des procès ont lieu contre les prêtres et les évêques. L’athéisme est obligatoire dans les écoles : « l’un des buts pédagogiques de cette école est l’athéisme de la jeunesse, le rejet des idées religieuses et l’acceptation de l’explication scientifique du monde », disait le Ministre de l’éducation en 1964. Selon Jiří Rajmund Tretera, les instituteurs sont véritablement devenus des « prêtres de l’athéisme » durant la période soviétique. Les enfants qui ont une éducation religieuse sont persécutés.

Lors de la prise de pouvoir par les Communistes en 1948, les institutions publiques doivent adopter les principes marxistes. Les églises ne sont plus que tolérées par le régime, mais elles restent très contrôlées. Les formations des religieux sont soumises à l’État, religieux qui sont rémunérés par celui-ci, mais à un niveau extrêmement bas. En 1950, cette politique se radicalise avec la fermeture des monastères et les moines internés. Quant aux couvents, ils sont géographiquement déplacés dans des zones frontalières, et les sœurs contraintes de travailler dans des industries.

La Slovénie, entre absolutisme athéiste et indépendance religieuse

En Slovénie communiste (qui fait partie de la Yougoslavie), les écoles privées sont interdites. Les seules écoles religieuses qui sont autorisées sont celles qui forment les prêtres, mais leurs diplômes ne sont pas reconnus par l’État. L’athéisme y est promu dans les écoles tout comme dans les autres pays du bloc, et les organisations religieuses ne peuvent entreprendre quelconque activité à caractère social ou général.

Franc Rodé, actuellement cardinal de l’Église catholique romaine, était durant cette période professeur à l’université de théologie de Ljubljana. Il notait que « plupart des étudiants qui fréquentaient la faculté de théologie venaient des familles traditionnelles profondément croyantes, très motivés dans leur vocation sacerdotale, mais aux horizons intellectuels un peu étroits et, sans s’en rendre toujours compte, avec des vues marxistes sur tel ou tel problème – notamment l’histoire -, résidus de leur passage par l’école du régime ». L’école en Slovénie comme ailleurs a joué un rôle très important dans la diffusion de l’idéologie communiste.

En 1952, son enseignement va prendre un nouveau tour avec la rupture des relations diplomatiques entre la Yougoslavie et le Vatican, en conséquence de quoi la faculté de théologie n’est plus considérée comme université d’État. Celle-ci devient ainsi comme autonome et libre de ses enseignements. Malgré la rupture des relations diplomatiques, le dialogue ne s’est pas rompu : en 1984 a lieu un colloque « sciences et foi » à Ljubljana, premier d’une série de trois entre les autorités religieuses et les autorités communistes.

Le paroxysme albanais

Avant que l’Albanie ne devienne communiste, c’était un pays où trois religions co-existaient : catholiques, orthodoxes et musulmans, bien qu’inégaux en terme numérique, vivaient côte à côte en harmonie. Cette coexistence était protégée par la loi.

L’athéisation à l’albanaise s’est faite en deux temps, marquées par les deux Constitutions communistes qu’a connu le pays. La première Constitution communiste de 1946 maintient la liberté de conscience, mais première étape, sépare l’Église de l’État et autonomise ainsi les communautés religieuses. Celles-ci pouvaient toutefois recevoir encore des aides financières de l’État. En 1951, il y a comme un schisme : l’Église albanaise ne reconnaît plus l’autorité du Pape.

C’est la Constitution de 1976 qui marque les changements les plus radicaux : elle est le résultat de nombreuses réformes entreprises depuis la fin des années 1960. En effet, en 1968, comme dans d’autres pays européens, l’Albanie connaît sa révolution culturelle, mais bien loin des pavés parisiens demandant plus de libertés, elle se rapproche davantage de sa partenaire chinoise : des églises et des mosquées sont détruites, leurs statuts légaux sont progressivement abolis. Even Hoxha, leader du Parti communiste albanais, déclare dans un discours que des efforts doivent commencer pour une éducation culturelle contre les croyances religieuses et il demande à l’organisation des jeunes communistes de s’en charger. Moins de trois moins après, toutes les institutions religieuses sont forcées de fermer. La plupart d’entre elles sont détruites, les autres deviennent des centres culturels de la jeunesse. La nouvelle constitution arrive ainsi comme point culminant : le préambule déclare que les bases de l’obscurantisme religieux sont désormais détruites. L’État albanais ne reconnaît plus aucune religion. Elle interdit l’établissement d’organisations religieuses et les assimile à des organisations fascistes, antisocialistes et antidémocratiques. Il se considère ainsi comme le premier État complètement athée du monde.

Post-1989 : les conséquences, être athée aujourd'hui en Europe centrale et orientale

Ces politiques qui se sont exercées pendant plus de 50 ans ont laissé de profondes traces dans les sociétés d’Europe centrale et orientale. Bien que ces pays réaffirment désormais leur patrimoine et héritage culturel religieux et les croyances traditionnelles, leurs législations maintiennent toutes une stricte séparation des Églises et de l’État.

Les Églises ont souvent été pour beaucoup dans la reconquête de l’indépendance à l’image de l’Église catholique en Pologne – comme l’illustre l’espoir provoqué par l’élection du cardinal Karol Wojtyla en 1978 à la papauté – et ont repris un rôle central dans la conscience collective comme en Bulgarie, où l’Église orthodoxe est reconnue dans la nouvelle Constitution pour son rôle historique et culturel pour l’État bulgare. En lieu et place des anciens rites soviétiques, elle a réinitialisé les traditions religieuses orthodoxes, de même que dans le calendrier des vacances. En Slovénie, malgré des politiques athéistes très forte, l’Église catholique est restée puissante et influente.

Ces années d’athéisation de la société ont d’une certaine manière réussi leur ambition initiale : dans certains pays, il a fallu réapprendre les références aux enfants comme ce fut le cas en Estonie. C’est ainsi toute une terminologie que les Estoniens doivent se réapproprier, terminologie constitutive des traditions culturelles du pays. En outre, le pays s’est retrouvé en difficulté pour définir ses organisations et associations religieuses.

La République tchèque est sans doute aujourd'hui le pays le plus athée d’Europe, si ce n’est du monde. Le pays, n’ayant aucune religion officielle, applique une neutralité en la matière. Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, après l’indépendance, la proportion de Tchèques ne revendiquant aucune affiliation religieuse continue de baisser, contrairement aux autres pays d’Europe centrale, où les personnes ont réaffirmé leur foi. Il faut également noter le fort taux de personnes ne répondant pas à la question. Si le chiffre de la « non affiliation » est toujours aussi fort, c’est en partie en raison des enseignants, formés sous le régime communiste dans l’esprit marxiste, mais aussi en raison du décès progressif des personnes qui ont connu la période avant le communisme. Jiří Rajmund Tretera l’attribue aussi à l’influence croissante d’une société consumériste. Cette affirmation athée relève également d’une opinion globalement négative à l’égard des religions.

 
 
 
  1950 1991  2001
Pas d'affiliation religieuse 5,8% 39,9% 59%
Catholique romaine  76,4% 39% 26,7%
Hussite tchécoslovaque 10,6% 1,7% 1%
Église évangélique du Brethren tchèque 4,5% 2% 1,1%
Ne répondent pas 0,3% 16,2% 9%
Jiří Rajmund Tretera in Law and Religion in Post-communist Europe, 2003
En Albanie, ces marques sont profondes. Bien que le pays ait repris les mêmes principes d’avant 1976, la législation reste vigilante sur les excès d’athéisme. En effet, par exemple l’actuelle loi sur la radio et la télévision interdit les publicités à caractère religieux, mais elle interdit également celles à caractère athée !

Il est difficile d’évaluer le nombre d’athées aujourd'hui tant dans les pays d’Europe centrale et orientale qu’en Europe occidentale. Des études existent sur les affiliations religieuses, mais peu comprennent la mention « pas d’affiliation religieuse » ou « athée ». Le tableau ci-dessous montre l’ampleur de cette difficulté pour la région qui nous intéresse. Vingt ans après la chute du Rideau de Fer, on peut voir combien les effets du communisme se font et se feront encore sentir dans les décennies à venir en matière religieuse. Il sera néanmoins longtemps difficile à estimer dans quelle mesure l’athéisme reconnu des personnes est dû à des convictions personnelles ou s’il sera le fait d’un héritage plus ou moins inconscient du communisme.

Taux de non croyants-sans confession en Europe centrale et orientale
Albanie ?   Macédoine ?
Bosnie ?   Malte ?
Bulgarie ?   Monténégro 1%
Chypre ?   Pologne 8,3% non définis
Croatie 5,2%   République tchèque 59% et 8,8% de non définis
Estonie 6,1% d'athées et 32% de non spécifiés   Roumanie 0,1%
Finlande 15,1%   Serbie 2,6%
Hongrie 14,5%   Slovaquie 13%
Kosovo ?   Slovénie 13,6%
Lettonie 63,7% de non spécifiés   Turquie ?
Lituanie 9,5%   Ukraine ?
Sources :  World factbook /CIA

Pour aller plus loin :

 
 
 
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Sur Nouvelle Europe
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Dossier janvier 2009 : Quelles mutations de la religiosité européenne ?
   
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Sur Internet
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Carte Eurotopics sur les croyances religieuses des Européens
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Page "Religion" du CIA/World Factbook
   
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À lire
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Georges Minois, Histoire de l’athéisme – les incroyants dans le monde occidental des origines à nos jours, Fayard, 1998
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Law and Religion in Post-communist Europe, Silvio Ferrari, W. Cole Durham, Elizabeth A. Sewell, Peeters, 2003
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Franc Rodé, Église, Nations et démocratie : de la Slovénie au Vatican, Politiques et Chrétiens, Beauchesne éditeur, 1993
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The Encyclopedia of Unbelief, edited by Gordon Stein, Ph. D., Prometheus Books, Buffalo, New-York, 1985
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"Religion", in The Baltic Sea Region, Cultures, Politics, Societies, edited by Witold Maciejewski, Baltic University Press, Uppsala, 2002 (p. 152-163)
Source photo :  Kazan Cathedrale, st Petersburg, Russia, par Andifeelfine sur Flickr

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