Nouvelle-Europe in English

Comment la Pologne est-elle devenue catholique ?

Par VĂ©ronique Antoinette — Lundi 5 janvier 2009 | Tags :
Comment la Pologne est-elle devenue catholique ?

tag_jean_paul_ii.png

article.pngOn ne peut nier la prédominance actuelle de la
religion et de la culture catholique dans les mentalités et le quotidien des
Polonais, mais il ne faut pas croire qu’il en a toujours été de même au cours
de l’histoire de la
Pologne. En effet son histoire religieuse est très dense et
mouvementée mais elle a malheureusement été négligée après la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale et les ravages du régime communiste.

tag_jean_paul_ii.pngarticle.pngOn ne peut nier la prédominance actuelle de la
religion et de la culture catholique dans les mentalités et le
quotidien des
Polonais, mais il ne faut pas croire qu’il en a toujours été de même au
cours
de l’histoire de la
Pologne. En effet son histoire religieuse est très dense et
mouvementée mais elle a malheureusement été négligée après la
catastrophe de la Seconde Guerre mondiale et les ravages du régime
communiste.

La situation religieuse actuelle en Pologne

Cent trente huit Ă©glises ou associations
confessionnelles sont officiellement enregistrées aujourd’hui en Pologne.
Toutefois la très grande majorité des croyants (près de 95 % de la société) se
rattache Ă  l'Eglise catholique. Les quatre rites catholiques (ukraino-byzantin,
néo-uniate, arménien et romain) sont représentés, le dernier comptant le plus de
membres. En 1998, plus de 35 millions de Polonais se déclaraient catholiques de
rite romain, pour 9 990 paroisses et environ 28 000 clercs. L'Eglise orthodoxe autocéphale polonaise est la seconde communauté par sa taille, avec environ 800
000 fidèles (3% de la population). Enfin la troisième confession chrétienne en
Pologne est le protestantisme qui se divise en plusieurs branches et compte
environ 100 000 fidèles avec l'Eglise évangélique de la confession d'Augsbourg
(à laquelle beaucoup de citoyens d'origine allemande sont rattachés), l'Église pentecôtiste ou l'Église adventiste du septième jour.

Outre les religions
chrétiennes, la Pologne compte quelques autres groupements à caractère
religieux, bien que leurs fidèles soient en nombre réduit. Ainsi l'Association confessionnelle musulmane (Islam) compte environ 3 000 fidèles (trois mosquées
ont été construites en Pologne). Concernant la religion juive, après les purges
communistes de 1968, moins d’une dizaine de milliers de Juifs demeurent sur le
territoire polonais soit dans l'Association des communes confessionnelles juives (Confession de Moise) soit dans l'Association confessionnelle des
Caraïtes karim (cette religion est un syncrétisme judaïco-islamique que
confessent les représentants de la minorité ethnique turque). Enfin on constate
aussi en Pologne la présence d'organisations s'apparentant aux religions
orientales, comme l'Association internationale pour la Conscience de Krishna et
l'Association bouddhiste.

Ă€ cette situation
très monolithique fait face une histoire certes déjà majoritairement
catholique, mais riche en influences religieuses et en tolérance.

La naissance de la Pologne par l’expansion
de la chrétienté

La Pologne comme la majorité des pays européens a
été reconnue comme royaume en 966 par le baptême de son Prince Mieszko. Grâce à
cela Mieszko a pris une stature internationale et le pays s’est organisé autour
des structures importées par la religion : la hiérarchie administrative,
la structure sociale, l’appareil législatif et l’organisation de l’éducation
sont le résultats de la conversion du souverain. Progressivement s’est donc
constituée une élite polonaise centrée autour de l’Église et de la dynastie des
Piast. La population ne s’est convertie que lentement en adoptant d’abord les
rites puis ensuite seulement, les valeurs. Jusqu’au XIXe siècle, les campagnes
polonaises ont conservé quelques restes du paganisme de sorte que la religion
chrétienne n’était pas considérée comme la religion de la Vérité . Les autres
religions étaient donc largement tolérées et acceptées (ce qui ne signifie pas
que les populations s’appréciaient) puisqu’elles étaient considérées comme
adorant un autre Dieu.

Toutefois la religion chrétienne s’est de plus en
plus ancrée dans le territoire notamment avec le premier saint martyr polonais
(et tchèque) Saint Adalbert. Son corps déposé dans l’église de la capitale du
royaume, Gniezno, a permis à la Pologne de bénéficier d’un haut lieu de
pèlerinage chrétien. L’empereur Otton III du Saint Empire Romain Germanique, y est
ainsi venu en l’an Mil en pèlerinage pour donner son accord pour le
couronnement du roi Bolesław (qui n’aura finalement lieu qu’en 1025 après
l’accord du Pape).

La chrétienté est donc un élément fondamental pour
la création de l’État polonais.

La chrétienté de la Pologne mélangée aux
autres religions

Le Royaume de Pologne dès le XIe siècle est en
contact avec d’autres religions. La première influence est venue du Saint
Empire Romain Germanique. Le Drang nach Osten (poussée vers l’Est) initiée par
Henri l’Oiseleur dès le début du Xe siècle, la poussée démographique et
l’enrichissement de l’empire ont conduit à une vague d’immigration composée
pour un quart de populations juives. Cette communauté mal acceptée dans
l’Empire et subissant les débordements populaires des Croisades, a trouvé en
Pologne l’espace de tolérance nécessaire pour s'épanouir. Grâce à eux la
Pologne a pu développer son commerce avec le monde musulman (notamment le
commerce de produits luxueux), et a fait connaissance avec une médecine évoluée
et de nouvelles techniques. La société polonaise de l’époque était donc très
largement marquée par cette présence juive, majoritairement urbaine.

L’Église polonaise restait cependant prédominante
car c’est elle qui organisait la société polonaise avec les mêmes phénomènes
que dans les autres pays européens (encellulement, vie rythmée par les fêtes
religieuses et les sacrements…). Cependant elle s’est trouvée divisée en son
sein par les dignitaires germaniques qui refusaient de se soumettre à l’Église
polonaise. La grande immigration germanique en Pologne a d’ailleurs fait naître
une grande germanophobie de sorte que, lorsque les Chevaliers teutoniques ont
occupé la Poméranie orientale à partir de 1241, la Pologne s’est alliée à un État non catholique, la Lithuanie, contre l’avis du Pape. Cette Lithuanie
mi-orthodoxe, mi-païenne faisait aussi appel à des supplétifs tatars
(population musulmane d’origine mongole qui s’était installée après les
invasions du XIIIe siècle) car elle s’étendait de l’Est de la Prusse à la Mer
Noire.

La tolérance (qui ne porte pas ce nom à l’époque)
de l’Église polonaise est telle que lorsqu’en 1338 Kazimierz le Grand a obtenu
le trône de Ruthénie suite à l’extinction de la dynastie de Halicz, il n’a pas imposé
la religion catholique à la population orthodoxe. Il a même demandé au Patriarche
de Constantinople de réinstaller la hiérarchie orthodoxe qui avait décliné en
même temps que la hiérarchie ruthène. Parallèlement la Pologne a accueilli une
nouvelle vague d’immigration juive venue d’Europe occidentale qui, ployant sous
les ravages de la peste, prenait les populations non-chrétiennes comme
responsables de ce fléau. Kazimierz le Grand est ainsi devenu le protecteur des Catholiques, des Orthodoxes et des Juifs, dans un pays en grand développement
Ă©conomique. Dans la population, la culture juive touchait avant tout les villes
qui bénéficiaient de leurs réseaux commerciaux et de leur savoir médical,
tandis que l’art orthodoxe se mélangait progressivement à l’art catholique
notamment dans les décorations des églises et cathédrales du sud de la Pologne.

Les religions catholiques et orthodoxes ont encore
renforcé leurs liens lors de l’Union de Lublin en 1569 qui a vu l’association
sous la même couronne du Royaume de Pologne et du Duché de Lithuanie. Les deux
religions chrétiennes avaient le même statut de religion officielle, alors que la Lithuanie était elle-même
catholique.  La
République des Deux Nations a aussi mis en place une tolérance encore inconnue
à l’Ouest de l’Europe en accordant à la communauté juive et arménienne à avoir leur
propre Diète (Assemblée), leur propre régime des impôts et leurs propres tribunaux.
Seuls les Turco-tatars n’en bénéficiaient pas, disposant seulement d’un statut
nobiliaire sans droit de vote ni de siège à la Diète. Durant cette période on
constate tout de même beaucoup de conversion de femmes à l’Islam suite à leur
mariage avec des nobles tatars.

La RĂ©forme et la Contre-RĂ©forme en Pologne

La Réforme protestante au début du XVIe siècle, a
conforté la Pologne-Lithuanie dans son idée de tolérance. Beaucoup de nobles
catholiques ou orthodoxes se sont convertis car cette nouvelle religion
semblait détenir la solution à leur situation particulière. Toutefois le succès
du Protestantisme dans cette RĂ©publique, provenait surtout de la conception
politique qui en découle en se présentant comme les éléments les plus
dynamiques de la démocratie nobiliaire polono-lituanienne.

L’influence de la Réforme est restée cependant
faible et éphémère. Faible car les nobles polono-lituaniens n’étaient pas prêts
à renoncer à leur train de vie pour suivre l’austérité prônée par le calvinisme. Ephémère car dès la fin du Concile de Trente (1562-1563), les
Jésuites sont arrivés en Pologne et ont donné au catholicisme une coloration plus
polonaise et plus orientale. Le catholicisme est alors enfin
devenu une religion éveillant une sensibilité populaire. En 1596 lors de
l’Union de Brześć (Brest-Litovsk), les JĂ©suites ont aussi crĂ©Ă© l’Église
gréco-catholique. Par cela ils ont proposé aux évêques orthodoxes d’intégrer
l’Église catholique tout en gardant le rituel grec. La grande majorité de
la hiérarchie orthodoxe est donc passée sous l’autorité de l’Église catholique,
faisant de l’orthodoxie une minorité niée et illégale dans la République des
Deux Nations. Cette minorité orthodoxe a cependant trouvé au XVIIe siècle un
protecteur intéressé dans la population des Cosaques zaporogues, constituée des
mécontents de la République. Ce groupe areligieux recherchait en effet une
légitimité pour obtenir une reconnaissance du roi. C’est le début de la décadence
de la tolérance religieuse en Pologne, car la religion devient un objet
politique.

La
progression de l’intolérance

En 1655, les Suédois ont envahi la
Pologne pour des raisons dynastiques. Mais cette guerre a rapidement pris des
tournures de guerre de religion, jusque-lĂ  inconnue en Pologne. En effet, les
soldats suédois luthériens cherchaient à détruire les fondements du
« néo-paganisme catholique ». De plus cette guerre pleine
d’hypocrisie et de retournement d’alliance, a été retenue en Pologne comme
celle de la victoire du catholicisme avec l’apparition de la Vierge Noire au
monastère de Częstochowa arrĂŞtant la progression des SuĂ©dois.

Cette légende peut être considérée
comme le symbole de l’évolution des religions en Pologne. À partir de cette
guerre en effet, chaque religion s’est repliée sur elle-même en se méfiant des
autres. Chacune jouait sur l’affectif de la population en appuyant sur l’extase
et le merveilleux, même chez les Juifs qui ne s’appuyaient plus autant sur la
lecture des textes. L’intolérance se faisait de plus en plus sentir, la religion
catholique devenant la seule religion légale avec la religion juive, bien que
celle-ci était parfois malmenée sous la pression du Vatican. Les autres courants religieux avaient presque
entièrement disparu et ceux qui restaient, comme les Calvinistes étaient niés.
Cette situation religieuse faisait l’écho à la situation politique et sociale
d’un État en décadence.

Au XVIIIe siècle, la Pologne était
donc en complet décalage avec l’Europe de l’Ouest qui découvrait la tolérance
et le recul face à la religion sous l’influence des Lumières. Ce mouvement de
pensée a tout de même atteint la Pologne mais il s’est attaqué à l’Église avec
moins de virulence puisqu’elle n’a pas mené d’inquisition ni de guerre de
religion offensive. En revanche, loin de regarder la situation antérieure de la
Pologne, Voltaire a tenu des jugements sévères vis-à-vis de cet État qui
apparaissait comme barbare puisqu’en voie de décadence et en proie à une
religiosité fermée.

La prédominance catholique

Finalement c’est avec la disparition
de la Pologne de la carte européenne après le Partage de 1795, que la religion
catholique a pris une dimension encore plus grande dans la société polonaise.
En effet, l’objectif principal du XIXe siècle était de maintenir la culture
polonaise pour espérer un jour reconstruire un État. De plus, des trois
puissances qui se partagaient le territoire, seul le très autoritaire empire
d’Autriche était catholique. Pour les Polonais des deux autres territoires, la
religion catholique est donc devenue un moyen de s’affirmer comme non Russe ou
non Prussien.

La religion juive pendant ces 123
ans a été malmenée par les trois États co-partageants qui menaient une
politique de germanisation ou de russification aussi stricte qu’avec les
Polonais catholiques. Cependant elle a aussi subit les assauts de la population
catholique qui dans sa recherche de maintien de la culture polonaise refusait
tous les éléments étrangers. Les Juifs vivaient cependant encore
majoritairement en paix.

Lorsqu’en 1918 la Pologne est redevenue
un État, il y a toujours autant de religions sur son territoire d’autant que
ses frontières ont changé. Les clivages religieux qui sont apparus recoupaient le
plus souvent des clivages sociaux. Toutefois le parti de droite nationaliste de
Dmowski, la Nationale-Démocratie possèdait un fort électorat et la
« question juive », notamment dans les villes tournait parfois à
l’antisémitisme. Le rôle de l’Église catholique dans la société polonaise de l’entre-deux-guerres
a été primordial et elle était souvent la première à inciter à l’intolérance.
Dans la Constitution de 1921 la religion catholique était affirmée comme
dominante malgré la reconnaissance des autres religions. En revanche durant le
rĂ©gime dictatorial de Piłsudski entre 1926 et 1935, la religion catholique n’était
pas supérieure car le Général refusait
la conception d’une Pologne ethnique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale,
la religion catholique a pris un rôle très important dans la résistance mais au
niveau le plus bas de la hiérarchie. À l’inverse la religion catholique devenue
aussi pourchassée que les autres religions dans le régime communiste d’après-guerre, c’est au plus haut niveau de la hiérarchie catholique que s’est révèlée
la lutte pour l’indépendance, avec comme figure de proue l’archevêque de
Cracovie Karol Wojtyła Ă©lu pape en 1978. C’est pourquoi après la chute du
régime communiste, la population polonaise a accordé un rôle prépondérant à la
religion catholique notamment dans ses structures politiques.

 

Dans l’histoire contemporaine de la
Pologne on constate donc une prédominance de la religion catholique. En nombre
tout d’abord car les Polonais se sont recentrés sur leurs caractères
identitaires et notamment religieux. Parallèlement les autres religions après
la dernière guerre ont vu leur nombre considérablement diminuer : les Orthodoxes et les Protestants étant respectivement Ukrainiens et Allemands, ont
été déplacés dans leurs nouveaux territoires et les Juifs survivants de la
Shoah, sont majoritairement partis s’installer dans leur nouvel État d’Israël. En
terme d’influence ensuite car dans la mémoire polonaise, la religion catholique
est celle qui leur a permis de s’affirmer au XIXe siècle pour rester une
nation même sans État, dans l’entre-deux-guerres pour asseoir la légitimité de
leur nouvel État, dans la Seconde Guerre mondiale pour survivre à la double
invasion nazie et soviétique et enfin dans la période communiste pour se
libérer du joug soviétique. Voilà comment d’une histoire aussi complexe sur le
plan des religions, la Pologne est devenue si catholique.

 

Pour aller plus loin :

site20x20.png
Sur Nouvelle Europe
site10x10.png
Dossier janvier 2009 : Quelles mutations de la religiosité européenne ?
site10x10.png
Que reste-t-il de la Litvakie ? (1/3) Quand le Grand Duc veillait sur les Juifs
site10x10.png
La transformation du discours patriotique polonais après 1989
   
site20x20.png
 Ailleur sur le net
site10x10.png
La religion en Pologne
site10x10.png
Mouvement "Europe et Laïcité"
   
livre20x20.png
 A lire
livre10x10.png
 Beauvois, Daniel, La Pologne. Histoire, Société, culture, Editions de La Martinière, Paris,  2004
livre10x10.png

Rouxel, Jean-Yves, "Le Vatican et les pays d'Europe centrale. De l'Ostpolitik aux concordats", in Le Courrier des Pays de l'Est, n° 1045, Avril 2004

Source photo: VĂ©ronique Antoinette
Comment la Pologne est-elle devenue catholique ?

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Partenaires médias

Carrefour de l'Europe - RFI Arte

Partenaires universitaires

Université Sorbonne Nouvelle Paris-IIIESSEC IRENE - Institut de recherche et d'enseignement sur la négociationSciences Po