Quel avenir pour l’agriculture européenne ? Compte-rendu du débat du 2 décembre 2008

Par L'équipe | 22 décembre 2008

Pour citer cet article : L'équipe, “Quel avenir pour l’agriculture européenne ? Compte-rendu du débat du 2 décembre 2008 ”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 22 décembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/566, consulté le 08 août 2020

dne_agriculture2.jpgNouvelle Europe consacre son cycle d’automne aux enjeux européens du développement durable. Dans ce cadre, l’Ambassade de Roumanie a accueilli mardi 2 décembre 2008 le 2e débat de ce cycle, qui a porté sur l’avenir de l’agriculture européenne face aux nouveaux enjeux : crise alimentaire mondiale, souveraineté alimentaire européenne et réforme de la PAC.

dne_agriculture2.jpgNouvelle Europe consacre son cycle d’automne aux enjeux européens du développement durable. Dans ce cadre, l’Ambassade de Roumanie a accueilli mardi 2 décembre 2008 le 2e débat de ce cycle, qui a porté sur l’avenir de l’agriculture européenne face aux nouveaux enjeux : crise alimentaire mondiale, souveraineté alimentaire européenne et réforme de la PAC.

Alors que l’Union procède au « bilan de santé » de la politique agricole européenne, notre rendez-vous a réuni SE Teodor Baconschi (Ambassadeur de Roumanie en France),  Joaquin Munoz (Directeur de Max Havelaar France) et le professeur Gilbert Noël (titulaire de la Chaire Jean Monnet de l’Université de Rennes 2). Les échanges ont notamment porté sur la durabilité de l’agriculture européenne et sur les choix de société sous-jacents à l’avenir de la PAC.   

Les attentes de la Roumanie sur la PAC

Ancien grenier à blé de l’Europe centrale et orientale, la Roumanie est une vieille terre agricole. De manière liminaire, M. l’Ambassadeur de Roumanie rappelle l’importance de l’agriculture roumaine et son influence sur sa structure sociale (plus d’1/5 du PIB ; 40% de la population active). Ce potentiel agricole rapproche dès lors tout particulièrement France et Roumanie. C’est ainsi que la signature d’un partenariat stratégique franco-roumain le 4 février 2008 a défini une feuille de route incluant les questions agricoles. 

Teodor Baconschi insiste sur le caractère substantiellement décisif sur l’agriculture de l'Europe de demain. Si la politique agricole commune est nécessaire, il appelle à ne pas reléguer derrière le jargon technique de la PAC des questions politiquement essentielles qui façonnent une vision de l’avenir de l’Europe. 

C’est pourquoi, la PAC doit savoir s’adapter à la diversité agricole européenne ; et en particulier à la situation roumaine qui a été radicalement transformée dans la deuxième moitié du XXe siècle par une grande fragmentation de la propriété rurale qui a conduit au démantèlement des anciennes propriétés et par ailleurs à la destruction d’un patrimoine séculaire (notamment viticole).

Ainsi, la Roumanie est favorable à l’augmentation des subventions directes liées à la surface afin de revitaliser le potentiel agricole, et dans un objectif de solidarité. En effet, n’est-ce pas le moindre des paradoxes de voir la Roumanie agricole contrainte à importer l’essentiel des produits agroalimentaires de consommation courante ?   

Deux Europe agricoles, un bilan unique ?

Alors que l’Union procède à un nouveau bilan de sa politique agricole, Gilbert Noël, rappelle les objectifs initiaux qui ont mené à sa création. Il explique successivement les quatre volets de la PAC :

  • La PAC crée un marché agricole intérieur avec unicité de prix par produit se substituant aux anciens petits marchés nationaux cloisonnés ;
  • Elle instaure parallèlement une politique extérieure fondée sur le principe de préférence communautaire : un protectionnisme ; la logique est celle d’une compensation constituée de la différence entre les prix mondiaux et un prix minimal permettant d’assurer un revenu aux agriculteurs ;
  • Elle concerne aussi les structures et la modernisation de l’équipement ;
  • Elle inclut une approche sociale qui a été rapidement abandonnée.

Derrière cette politique agricole déclinée au niveau européen, c’est bien une politique agricole à la française qu’il faut voir... Politique qui sera d’ailleurs un succès, et même victime de son succès : la PAC génère des surplus, avec des quantités produites et des prix trop élevés... Éternel problème qui conduira à de nombreuses réformes.

Mais l’élargissement de 2004 aux pays d’Europe centrale et orientale met la PAC devant les contradictions agricoles de l’Europe. Ainsi, dans les années 1990, l’Union avait demandé aux PECO de s’adapter aux  normes communautaires avant même qu’ils aient engagé leur restructuration agricole. Aujourd’hui encore, la dualité agricole européenne est une réalité, même si les pays bénéficiaires de la PAC cherchent à préserver cet acquis. Ce qui conduit à des rapprochements politiques de la France avec la Pologne et la Roumanie dans la perspective de l’après-2013.

La PAC face aux exigences de solidarité internationale

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Envisageant les implications mondiales de la PAC, Joaquin Munoz rappelle l’enjeu essentiel que constitue la capacité à nourrir la planète face à une démographie en hausse et face au spectre des « émeutes de la faim ».

C’est pourquoi il interpelle sur le rôle à jouer pour l’Europe en la matière.  

La PAC, choix de société, identité européenne

Teodor Baconschi réaffirme sa conviction que l’avenir de la PAC relève d’un choix de société. C’est pourquoi il ne faut pas sous-estimer le risque que la révision de la PAC soit aussi son suicide, si les Européens devaient écarter la prise en compte des contraintes posées par la géopolitique de l’alimentation. 

Évoquant le musée du paysan à Bucarest, M. l’ambassadeur exhorte à ne pas ignorer cette culture agricole dans la définition d’une identité européenne. Il invoque cette vie rurale, qui est à ses yeux le contraire d’un archaïsme, mais un mode d’agencement social qui avait fait ses preuves, un mode de perpétuation des valeurs et de respect de l’environnement. Autrement dit, la nostalgie d’une vie socialement harmonieuse. D’où la nécessité de le réinventer. 

Pour Gilbert Noël, le changement d’échelle implique un changement d’objectifs. Il s’agit de marier les spécificités régionales avec les objectifs mondiaux portés par l’OMC. Il rappelle la position française de défense de la préférence communautaire de protections tarifaires avec des contreparties et de refus de laisser entrer des produits qui ne respectent pas les normes européennes. Mais il souligne également que les négociations à l’OMC ont pesé sur l’agriculture européenne de l’après-2013 et ont conduit à une logique de politique rurale fondée sur un projet de société durable et équitable.  

Fondamentalement, les participants au débat s’accordent pour reconnaître la fin d’un modèle anthropologique avec l’effacement du paysan, l’élément asocial qu’avait bien identifié Honoré de Balzac. Mais ces évolutions ne sont pas sans poser des questions, notamment associées aux abus d’une politique agricole bureaucratisée : combien de fonctionnaires recrutés en appui au modèle agricole obnubilé par l’objectif de compétitivité ? Ce modèle mérite-t-il véritablement d’être transposé dans les PECO agricoles, et notamment en Roumanie ?

Pour autant, cela doit-il conduire à idéaliser l’ancienne agriculture ? Au risque de faire réapparaître des clivages plus substantiels sur le rapport à la modernité et la critique des sociétés post-industrielles ? Assurément, l’avenir de l’agriculture européenne est indissociable de l’identité que l’Europe cherche à se définir...     

 

Pour aller plus loin :

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Le cycle "Europe et développement durable" sur Nouvelle Europe
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Octobre 2008 : L'Europe en panne d'énergie ?
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Novembre 2008 : Politique agricole  commune : un mode de vie européen ?
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Décembre 2008 : Eurofiction : 2108, les Eüürosets partent en vacances 
   
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Sur Internet
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L'ambassade de Roumanie à Paris
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Max Havelaar France, présidé par J. Munoz

Pour son programme de débats mensuels, Nouvelle Europe est soutenue par ses partenaires :

La Commission Européenne

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La Fondation Hippocrène

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