La renaissance nucléaire de nos jours – motifs et états des lieux

Par Csilla Vegh | 5 octobre 2008

Pour citer cet article : Csilla Vegh, “La renaissance nucléaire de nos jours – motifs et états des lieux”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 5 octobre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/516, consulté le 16 août 2022

atomic_mushroom_small.jpganalyse.pngLa réhabilitation de l’énergie nucléaire est à l’ordre de jour depuis le début de ce nouveau siècle et fait l’objet de multiples discussions. Depuis 2007, on parle d’une véritable renaissance du nucléaire dans le monde. Essayons de détecter les causes de ce regain d’intérêt, présenter en quelques mots la situation actuelle dans le monde et en Europe et les points critiques le plus souvent évoqués.

atomic_mushroom_moyenne.jpganalyse.pngLa réhabilitation de l’énergie nucléaire est à l’ordre de jour depuis le début de ce nouveau siècle et fait l’objet de multiples discussions. Depuis 2007, on parle d’une véritable renaissance du nucléaire dans le monde. Essayons de détecter les causes de ce regain d’intérêt, présenter en quelques mots la situation actuelle dans le monde et en Europe et les points critiques le plus souvent évoqués.

Pourquoi ce nouvel enthousiasme ?

Après les accidents nucléaires de Three Mile Island (1979) et de Tchernobyl (1986), l’expansion nucléaire s’est ralentie et l’industrie nucléaire est entrée dans une ère sombre avec peu de nouvelle commande de réacteurs. Néanmoins cette période de « crise » caractérisa plutôt le monde occidental car en Europe de l’Est et en Asie, les capacités nucléaires ont connu une expansion et la part de nucléaire dans l’électricité du monde reste stable, environ 16 %, depuis des années 1980. Aujourd’hui les pays occidentaux se tournent à nouveau vers le nucléaire et même les pays les plus hostiles sont en train de réviser leur attitude et remettent sur l’agenda la remise en service des centrales arrêtées, l’extension de la durée de vie des réacteurs existants ou la construction des nouveaux réacteurs. Quelles sont les causes de ce nouvel enthousiasme ?

 

Premièrement, l’augmentation permanente de nos besoins énergétiques. Parmi les facteurs de cette augmentation figure la croissance rapide de la population mondiale et parallèlement le développement industriel progressif des pays du Tiers Monde qui résultera que la consommation d’électricité mondiale va doubler d’ici 2030.

 

Ensuite, les angoisses suscitées par le réchauffement climatique et le changement du climat sollicitent les sociétés industrielles à chercher à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et diminuer l’utilisation des énergies fossiles et les remplacer par les ressources d’énergie moins polluantes. Or, selon ses partisans, l'énergie nucléaire est actuellement la seule alternative disponible en grande quantité qui peut assurer la production permanente et fiable de l’électricité nécessaire sans avoir des effets environnementaux négatifs.

 

Il existe également des considérations économiques qui rendent attractive l’utilisation de l’énergie nucléaire. Contrairement aux hydrocarbures, la fluctuation du prix de l’uranium a un effet moins important sur le coût final de la production d’électricité, contrairement aux industries à base d'hydrocarbures.

 

Enfin, l’énergie nucléaire peut servir de réponse à la problématique de sécurité d’approvisionnement en énergie et peut représenter une solution à long terme, réduisant ainsi la dépendance énergétique des pays aux principaux fournisseurs du pétrole et du gaz.  

La réhabilitation du nucléaire dans le monde…

Dans le cadre de cette renaissance nucléaire dans le monde, selon les données de décembre 2007, 34 réacteurs nucléaire sont en cours de construction et quelques 90 autres sont planifiés à devenir opérationnels dans les dix ans à venir. Deux tiers de ces réacteurs en construction se trouvent en Asie, essentiellement en Inde, en Chine et en Russie. Le gouvernement chinois planifie l’extension des capacités nucléaires du pays à 40 GW d’ici 2020. L’objectif de l’Inde est de construire 20 ou 30 nouveaux réacteurs sur la même période. Le Japon et le Corée de Sud planifient également à commander une dizaine de nouveaux réacteurs. La Russie envisage de construire 40 GW de puissance nucléaire d’ici 2025. Le vent du « nuclear revival » souffle même en Afrique du Sud qui envisage aussi la construction des nouvelles unités nucléaires. Les Etats-Unis n'avaient pas construit de nouveaux réacteurs depuis la fin des années 1970, mais l’administration Bush a révisé la politique concernant le nucléaire et en 2005 a adopté un paquet de dispositifs qui favorise la construction des nouveaux réacteurs. L’objectif était de pouvoir construire une trentaine de réacteurs d’ici 2020, mais les projets avancent lentement et selon les estimations, maximum deux nouveaux réacteurs pourraient se connecter au réseau électrique en 2015.

… et en Europe

Dans l’Union européenne, le nucléaire représente 15 % de l’énergie primaire et la part du nucléaire dans la production d’électricité est de 31 %. Au sein de l’UE, 15 pays possèdent des réacteurs connectés au réseau électrique et au total il existe 152 réacteurs dans l’Union. En France,  80 % de l'électricité est d'origine nucléaire !

En Europe, parmi les principaux projets en cours, mentionnons l’EPR (réacteur européen à eau pressurisée), conçu et développé par Areva, qui est un réacteur de génération III, censé être plus rentable et plus sécurisé que les réacteurs actuels et dégager 40 % de plus de puissance. Les recherches sur les réacteurs à quatrième génération sont déjà en cours. Selon les projets, parmi les avantages des  réacteurs  de « Génération IV » figureraient la sûreté renforcée, la réduction drastique de la production des déchets à vie longue, l’économie des ressources naturelles, une rentabilité accrue et ils permettraient des applications autres que la production d’électricité. Pour l’avenir, une autre technique révolutionnaire s’annonce avec le projet ITER qui est actuellement en cours de réalisation en France, à Cadarache. L’ITER est un projet de recherche et développement international dont le but est de présenter la faisabilité technique et scientifique de fusion nucléaire. Grâce à cette technologie, 500 MW de puissance de fusion pourrait se dégager sur une durée de 400 secondes. Elle assurera une source d’énergie propre et presque inépuisable. Néanmoins, l’apparition de ce type de réacteurs ne se produira pas avant la moitié du siècle.

 

En ce qui concerne les projets de construction actuels dans l’Union européenne, on doit souligner les deux réacteurs EPR de l’Areva, le premier en Finlande, à Olkiluoto et le deuxième en France, à Flamanville. En Allemagne une loi de sortie du nucléaire a été votée au début des années 2000 qui stipule la fermeture des réacteurs actifs d’ici 2020. Cependant, le débat est en train de se relancer à la suite d’une déclaration d’Angela Merkel en juin 2008. L’Italie, qui a décidé dans les années 1980 l’interdiction de l’expansion nucléaire dans le pays et l’arrêt progressif des réacteurs opérationnels, semble de nouveau s’intéresser au secteur et s’engager dans la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération. La Suède qui a décidé par référendum en 1980 la fermeture des réacteurs actuels d’ici 2010 après l’expiration de leur durée de vie, est en train d’investir dans les projets de l’extension de durée de vie et de renouvellement de l’équipement. La Grande-Bretagne quant à elle, dès 2006 s’est engagée aà remplacer ses réacteurs vieillissants par de nouvelles centrales et elle a lancée des appels d’offres pour de nouveaux réacteurs et a entamé ces derniers mois le processus de certification du réacteur EPR d’Areva.

 
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Concernant l’Europe centrale et orientale, les nouveaux membres de l’Union européenne sont très actifs dans le secteur nucléaire. La Roumanie prévoit la construction d’un réacteur type Candu (modèle canadien) à Cernavoda pendant que la Bulgarie et la Slovaquie relancent la construction de leur réacteurs VVER (technologie russe), respectivement à Belene et à Mochovce. De même, la Pologne, la République tchèque, la Slovénie, et la Lituanie se lancent également dans la construction des nouveaux réacteurs nucléaires tout comme l’Estonie et la Lettonie qui planifient aussi de développer leur programme nucléaire. La Hongrie est également en train d’entreprendre les démarches nécessaires pour la construction de nouveaux réacteurs sur le site de la centrale nucléaire de Paks et travaille sur l’extension de durée de vie des réacteurs existants. Le groupe français Areva semble à réussir à exploiter les possibilités offertes par la renaissance actuelle du nucléaire et avec une expansion très dynamique, il est à une véritable conquête de l’Europe. Areva a une présence industrielle dans 16 pays européens. Parmi les pays de l’Union européenne, le groupe est présent en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne, au Pays-Bas, en Belgique, en Italie, en Autriche, en Suède, en Grèce, en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie. En dehors de l’UE il est également présent en Norvège et en Suisse. Dans les années futures, Areva planifie à développer sa présence dans les Pays baltes et envisage l’approfondissement de sa coopération avec le Royaume-Uni ou le renouveau de l’intérêt envers le nucléaire réserve encore des opportunités à exploiter.  

Contraints à la renaissance du nucléaire : les points faibles 

Bien qu’investir dans l’énergie nucléaire semble être une solution idéale pour lutter contre le réchauffement climatique néanmoins, lors de la décision il faut tenir compte des côtés problématiques de l’utilisation de cette technologie.

Evidemment, le premier argument qu’on peut évoquer contre le nucléaire, c’est la question de la sécurité. La catastrophe de Tchernobyl est un triste exemple des conséquences désastreuses d’un accident nucléaire dans lesquels les erreurs humaines jouent souvent un rôle important. Même si l’industrie nucléaire fait de sérieux efforts à garantir la plus grande sécurité de l’équipement nucléaire et veille à la sûreté du fonctionnement des installations nucléaires, le facteur humain sera toujours présent en tant que risque permanent.

En parlant de facteur humain, une autre difficulté s’annonce au niveau de recrutement du personnel qualifié. Le nombre des ingénieurs entrant sur le marché de travail ne correspond pas aux besoins du secteur qui est actuellement dans une phase de recrutement très active. Trouver des ingénieurs expérimentés dans le domaine du nucléaire devient du plus en plus difficile et sur le long terme ceci représente un nouveau risque pour la sécurité des installations nucléaires.

 

Un autre point problématique et le processus de construction d’un nouveau réacteur. En général, en tenant compte du temps nécessaire pour les différents processus d’autorisation, pour la construction et pour la connexion au réseau électrique du réacteur, au moins dix ans peut s’écouler avant qu’une nouvelle centrale devienne opérationnelle. De plus, la rentabilité d’une centrale dépend de plusieurs éléments, comme le coût de la construction, le niveau d’exploitation de la centrale et sa durée de vie, le coût de combustible et – entre autres – le coût de traitement des combustibles usés et du déchet radioactif. L’analyse de ces facteurs peut atténuer l’image d’une énergie nucléaire « bon marché ».

 

Des difficultés surgissent au niveau de l’approvisionnement de l’uranium, nécessaire pour le fonctionnement des centrales nucléaires. Selon les prévisions, les ressources mondiales en uranium suffiront pendant 70 ans en maintenant le niveau d’exploitation actuel. La production minière d’uranium ne comble aujourd’hui qu’environ 60 % des besoins des réacteurs existants et le reste provient des stocks des centrales nucléaires arrêtées ou qui n’ont pas été mise en service ou de recyclage des ogives nucléaires. Par conséquent, la demande d’uranium excède l’offre qui posera des difficultés à la production dans les années qui viennent et pourrait provoquer la flambée du prix de l’uranium. Afin d’augmenter considérablement le nombre de réacteurs il faudrait envisager des investissements importants dans la production minière de l’uranium et dans le développement des capacités d’enrichissement de l’uranium. 

 

Les plus critiques mettent même en doute l’argument le plus souvent évoqué en faveur du nucléaire, notamment que les centrales nucléaires n’émettent pas de CO2. Ils disent qu’en regardant le cycle de vie complète d’une centrale, donc depuis l’extraction de l’uranium, la fabrication de combustibles, la construction et le démantèlement d’une centrale est le traitement du déchet radioactif, l’industrie nucléaire est responsable d’une proportion non négligeable de l’émission de gaz à effet de serre.

 

D’autres points critiques de l’utilisation de l’énergie nucléaire sont : le traitement des combustibles usés et d’autre déchet radioactif qui est un défi permanent pour l’industrie nucléaire ; le vieillissement de l’équipement des réacteurs augmente les risques contre la sûreté ; les capacités de production limitées des usines fabriquant de l’équipement des réacteurs ; et aussi le risque de prolifération nucléaire et de l’abus des matériaux et des technologies nucléaires.  

 

Conclusion

 

A la fin de 2007, il y avait 439 réacteurs opérationnels dans le monde. Si on souhaite que le nucléaire joue un véritable rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans la maîtrise du changement du climat, il faudrait construire environ 2000 nouveaux réacteurs dans les années futures pour atteindre les objectives de Kyoto. Pour comparaison, dans les 50 dernières années 563 réacteurs furent construits. L’industrie nucléaire, réussira-t-elle à relever le défi ou bien l’enthousiasme actuel s’essoufflera aussitôt, face aux difficultés présentées ci-dessus ?

 

 

Pour aller plus loin :

 

picto_1jpeg.jpg Sur Nouvelle Europe
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Cartographie : Energie nucléaire en Europe, partisans et opposants, article de Philippe Perchoc
   
picto_1jpeg.jpg  Sur Internet
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Sur la recherche nucléaire : site du Commissariat à l’énergie atomique (CEA)
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Sur l’industrie nucléaire : site du groupe Areva, (press kits, publications: « Areva célèbre l’ouverture de la présidence française de l’Union européenne », 2008)
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Sur la renaissance nucléaire : sites de World Nuclear Association, de magazin Forbes et de WONUC.
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Sur les points faibles de l’utilisation de l’énergie nucléaire: présentation de Prof. Steve Thomas et la publication : « Les chances de l’énergie atomique dans le XXIème siècle » disponibles sur le site de « Energia Klub » (association hongroise pour la protection de l’environnement).

Illustration : mazoyer , pierre-olivier, atomic mushroom. (2008, accédé Octobre 5, 2008,).