Kosovo : après l'euphorie...

Par L'équipe | 29 septembre 2008

Pour citer cet article : L'équipe, “Kosovo : après l'euphorie...”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 29 septembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/509, consulté le 17 septembre 2019
article.pngdrapeaux_au_kosovo-ac.jpgLe 17 février 2008, le Kosovo proclamait de manière unilatérale son indépendance. Cette décision était présentée comme inéluctable suite à l'échec des négociations entre Belgrade et Pristina. Malgré l'empressement des États-Unis ou de la majorité de l'Union européenne, par exemple, à reconnaître le nouvel État, de nombreuses questions restent en suspens : droits des minorités, frontières définitives, relations avec la Serbie, gestion des ressources, etc. Cette indépendance permet-elle de résoudre plus efficacement ces questions ? Les tensions seront-elles apaisées ? Enfin, quid de la viabilité de ce nouvel État ?
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drapeaux_au_kosovo-ac.jpgLe 17 février 2008, le Kosovo proclamait de manière unilatérale son indépendance. Cette décision, attendue depuis l'intervention de l'OTAN en 1999, était présentée comme inéluctable suite à l'échec des négociations entre Belgrade et Pristina. Malgré l'empressement des États-Unis ou de la majorité de l'Union européenne, par exemple, à reconnaître le nouvel État, de nombreuses questions restent en suspens, notamment les points clés des négociations précédentes : droits des minorités, frontières définitives, relations avec la Serbie, gestion des ressources, etc. Cette indépendance permet-elle de résoudre plus efficacement ces questions ? Les tensions seront-elles apaisées ? Enfin, quid de la viabilité de ce nouvel État ?

Un berceau entouré de nombreuses bonnes fées

L'indépendance du Kosovo est le fruit de deux ans de négociations. Dès le début de celles-ci, les États-Unis avaient fixé les règles, affirmant à maintes reprises que l'issue - l'indépendance - était inéluctable. Dès lors, aucune réelle tentative de compromis ne fut entreprise ; les Kosovars, forts du soutien américain, se drapant derrière les principes du droit à l'autodétermination, les Serbes misant sur le soutien russe au Conseil de Sécurité et derrière les principes du droit international et le respect de la résolution 1244 des Nations unies, réaffirmant la souveraineté serbe sur la région.

Après deux ans, aucune solution n'a émergé, si bien que le 17 février 2008, les dirigeants kosovars déclaraient leur indépendance, immédiatement reconnue par les États-Unis, et une partie de l'Union européenne. Une partie seulement, car l'UE reste profondément divisée sur le sujet. En effet, à ce jour, l'Espagne, la Slovaquie, la Roumanie, la Grèce et Chypre ne reconnaissent toujours pas cet État, pour des raisons internes évidentes : le risque de sécession de la Catalogne et du Pays basque pour l'Espagne, la République turque de Chypre du Nord pour Chypre, la minorité hongroise de Transylvanie ou la République sécessionniste de Transnistrie en Moldavie pour la Roumanie. Pourtant, l'Union européenne a accepté d'envoyer une mission, nommée Eulex, afin de remplacer la Mission des Nations unies au Kosovo (Minuk), présente depuis juin 1999, notamment dans les domaines de la justice et de la police.

A l'heure actuelle, seuls 46 pays ont reconnu le Kosovo, dont 21 pays de l'Union européenne. Pour être reconnu par l'ONU, le Kosovo doit être reconnu par la majorité des 192 États membres, ce qui n'est actuellement pas le cas. Mais l'essentiel est là : l'Union européenne envoie une mission, les États-Unis installent une base militaire (le Camp Bondsteel, critiqué par Alvaro Gil Robles, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe dans le cadre de l'affaire des prisons secrètes de la CIA), et l'OTAN reste présente (environ 46 000 soldats au sein de la KFOR), permettant un afflux massif de capitaux au sein du nouvel État. Ainsi, près de 1,2 milliards de dollars ont été récoltés par le gouvernement à la conférence des donateurs qui s'est tenue le 11 juillet 2008 à Bruxelles.

Des minorités au sort incertain

Le Kosovo en tant qu'entité politique territoriale a une existence très récente. Il a été créé en 1945 par le pouvoir communiste dans le cadre de la mise en place de l'organisation fédérale de la Yougoslavie.  Ses frontières datent donc de cette année, car le Kosovo “originel” englobe également le “Kosovo oriental” autour de Presevo (Serbie), mais pas le district de Leposavic (nord du Kosovo). Le Kosovo n'est pas un État homogène ethniquement, même si les déplacements de population tendent à augmenter significativement le pourcentage de population albanaise (94% en 2007 selon le Bureau statistique du Kosovo).

La question de l'avenir des minorités au Kosovo reste toujours en suspens. Même si la Constitution kosovare affirme que le Kosovo est un État “multiethnique”, la situation sur le terrain n'incite guère à l'optimisme. Environ 200 000 Serbes ont quitté le Kosovo depuis son placement sous administration de l'ONU en 1999. Certaines enclaves, comme Gracanica près de Pristina, ont perdu la majorité de leur population. De plus, après la proclamation de l'indépendance en février, les autorités n'ont pas encouragé la minorité serbe, qui compte encore 120 000 personnes, à s'impliquer dans la vie politique, les isolant de plus en plus dans une société parallèle, sous perfusion de Belgrade.

Mais la situation des autres minorités au Kosovo n'est guère plus enviable. Roms, Gorans (Slaves islamisés), Ashkalis, Égyptiens, tous vivent à l'écart de la population albanaise et sont victimes de nombreuses discriminations. Tant que le gouvernement kosovar ne fournira pas de garanties suffisantes d'intégration et de protection de ces minorités, l'ONU sera contrainte de rester sur place.

Une viabilité économique à démontrer

Il ne peut y avoir d'État véritablement indépendant sans réelle viabilité économique. Or, le Kosovo est pour le moment extrêmement dépendant de l'aide extérieure. L'Union européenne a déjà versé des aides très conséquentes, tout comme les Nations unies qui cherchent à relancer l'activité économique du nouvel État ; mais les résultats sont pour le moment assez faibles. Par son PIB par habitant, le Kosovo se situe ainsi en queue du peloton européen en compagnie de la Moldavie et de l'Albanie avec un PIB par tête de moins de 1000 dollars. Le taux de chômage officiel est proche des 50%, mais l'économie parallèle, voire les dérives mafieuses sont nombreuses.

Les perspectives ne sont pour le moment pas encore sereines. En effet, le principal employeur est le camp américain de Bondsteel, rendant le Kosovo dépendant du bon vouloir des États-Unis. Les infrastructures sont pour le moment insuffisantes, les coupures d'eau et d'électricité sont légion. Le Kosovo compte essentiellement sur ses ressources minières, nombreuses, qui alimentent notamment la centrale d'Obilic, et sur l'économie des services. Mais globalement, le Kosovo n'est assurément pas viable économiquement pour le moment.

Un avenir en pointillés 

L'avenir du Kosovo n'est donc pas assuré, loin de là. Bien que ses soutiens soient nombreux et prestigieux (États-Unis et de nombreux pays européens), le Kosovo n'est membre d'aucune organisation internationale. De plus, le Kosovo ne peut compter sur le soutien des puissances émergentes : ni la Chine, ni la Russie, ni l'Inde n'ont développé de relations avec le nouvel État. L'illégalité de la proclamation unilatérale d'indépendance est la principale raison empêchant ces États, dont certains sont concernés par la question de l'intégrité territoriale, de reconnaître le Kosovo.

Les relations avec la Serbie posent également problème. En effet, Belgrade et Pristina ont cessé tout contact depuis le 17 février et la proclamation de l'indépendance. Les négociations ont cessé et plus aucune discussion n'est en cours, ni sur les frontières, ni sur le sort de la minorité serbe. Dès lors, on peut se demander comment un tel État si petit, si faible, pourra se développer tout en ayant une frontière fermée avec son principal partenaire de la région. Mais la position serbe ne variera pas tant que les Serbes du Kosovo ne seront pas protégés et tant que la classe politique kosovare sera toujours constituée pour l'essentiel d'anciens membres de l'UCK.

La classe politique kosovare est en effet contestable et contestée. Le Premier ministre actuellement en poste, Hashim Taci, est soupçonné d'avoir financé les activités de l'UCK grâce aux trafics de drogue et d'organes. L'ancien Premier ministre Ramush Haradinaj, pressenti pour être également le  successeur de Thaci, a, lui, été inculpé de crimes de guerre au TPIY en mars 2005. Neuf témoins à charge ont été assassinés ou sont morts dans des conditions suspectes pendant ce procès qui a abouti à l'acquittement d'Haradinaj, au grand dam des Serbes et de nombreux militants des droits de l'homme. Ce sentiment d'impunité n'encourage pas les tentatives de réconciliation entre les communautés albanaise et serbe, et est un des arguments avancés par Belgrade pour justifier de son refus d'établir des relations avec Pristina.

 
 
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
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Fiche pays : Kosovo
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Pourquoi les Russes refusent l'indépendance du Kosovo 
   
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Sur Internet
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Le site de la BIRN (Balkan Investigative Reporting Network)
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Le site du Kosovo Post (quotidien anglophone)
   
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A lire
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Jean-Arnaud Dérens, Le piège du Kosovo, Non Lieu, 2006
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Cahier spécial "Kosovo" du Monde diplomatique (2006)
Source photo : Arnaud Castaignet (Pristina)

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