La difficile tâche des "héritiers" : réflexions sur les pères de l'Europe et leurs successeurs

Par admin | 20 juillet 2008

Pour citer cet article : admin, “La difficile tâche des "héritiers" : réflexions sur les pères de l'Europe et leurs successeurs”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 20 juillet 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/498, consulté le 22 octobre 2018

geremek_x130.jpgLa mort de Bronislaw Geremek a touché de très nombreux Européens. A la fois immense intellectuel et combattant de la liberté, il incarnait beaucoup des valeurs du continent. L'Europe est orpheline d'un homme, mais une autre lecture est possible : l'Europe n'est elle pas en deuil d'une génération qui ne trouve pas sa relève ?

geremek.jpgLa mort de Bronislaw Geremek a touché de très nombreux Européens. A la fois immense intellectuel et combattant de la liberté, il incarnait beaucoup des valeurs du continent. L'Europe est orpheline d'un homme, mais une autre lecture est possible : l'Europe n'est elle pas en deuil d'une génération qui ne trouve pas sa relève ?

La génération des pères fondateurs

Jean Monnet, Konrad Adenauer ou Alcide de Gasperi ont fait partie d'une génération qui avait déjà beaucoup accompli au moment de fonder la CECA puis la CEE. Ils ont disparu dans les années 1960 et au début des années 1970.

Jean Monnet avait par exemple participé au ravitaillement inter-allié, avait été au coeur du système de la SDN pour régler les questions monétaires en Europe centrale (Pologne et Roumanie) avant de proposer l'Union franco-britannique en 1940 : une fusion des deux gouvernements, des deux citoyennetés, des deux parlements au moment de la débâcle française. Il avait réussi à en convaincre Churchill.

Schuman et les autres se sont illustrés par leur total investissement dans cette idée qui pouvait paraître folle de bâtir une union sur les ruines encore fumantes de la Seconde Guerre mondiale. Cette idée n'allait pas vraiment dans le sens de l'opinion publique !

A juste titre, on leur a accordé le titre de "Pères fondateurs" de l'idée européenne. Non pas qu'ils aient été les premiers à lancer cette idée - ils doivent beaucoup à Coudenhove-Kalergi -, mais ils furent les seuls à trouver le mécanisme de son application.

On ne peut pas dire que depuis de grandes figures se soient rééllement affirmées pour relancer ou dépasser le projet des pères fondateurs. Certes le traité de Maastricht s'est voulu un saut quantitatif en créant une citoyenneté européenne, mais globalement, on peut accorder à Brice Couturier, journaliste de l'émission "Du grain à moudre" sur France Culture, que l'Europe fonctionne largement en "pilote automatique".

Les Européens de l'Ouest, ayant atteint leurs objectifs de sécurité et de prospérité, se sont engagés dans des batailles technocratiques sur la réforme - et donc le contrôle - des institutions pour éviter que l'Europe ne devienne un super-Etat.

L'Europe des dissidents

La chute du Mur de Berlin en 1989 a fait découvrir aux Européens que derrière le Rideau de Fer d'immenses figures intellectuelles avaient rêvé l'Europe, une Europe de la liberté, une Europe dotée d'un nouveau souffle.

Bronislaw Geremek, Lech Walesa, Vaclav Havel ou dans un autre domaine, Jean-Paul II, furent de grandes figures d'une Europe repensée, d'un projet légitimé par le combat contre la dictature soviétique.

On ne peut pas vraiement dire que cette génération soit celle des Pères refondateurs, mais elle fut au moins celle d'une prise de conscience par l'Europe de ses responsabilités envers l'autre moitié du continent. Alors que beaucoup d'élites à l'Ouest ont vécu l'élargissement comme allant de soi (sans jamais le questionner, ni l'expliquer), alors que les peuples n'ont pas toujours compris cette nécessité, ces intellectuels issus de la dissidence se sont fait les avocats d'un véritable projet de civilisation européenne.

L'Europe orpheline d'elle-même ?

Aujourd'hui, cette génération europhile de la dissidence nous quitte peu à peu pour laisser place à des politiciens habitués des mécaniques européennes, de la négociation.

A l'Est, comme à l'Ouest, les personnalités politiques se ressemblent de plus en plus et lorsqu'on demande aux citoyens de donner spontanément des noms de véritables Européens contemporains, les noms reviennent, toujours les mêmes : Geremek, Delors, Havel, Rocard, Cohn-Bendit (bien qu'il soit un peu plus jeune que les autres).

Pourtant, les défis ne sont pas moins grands que ceux qu'ont affrontés les pères fondateurs : réchauffement climatique, mondialisation, place de l'Europe sur la scène internationale. Mais les ambitions sont globalement à la baisse et l'Europe attend une nouvelle génération de décideurs authentiquement européens.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

A relire à l'occasion de la mort de Bronislaw Geremek 

Sur Internet

 

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