Politique Européenne de Voisinage : qui sont nos « voisins » ?

Par admin | 15 mai 2008

Pour citer cet article : admin, “Politique Européenne de Voisinage : qui sont nos « voisins » ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 15 mai 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/470, consulté le 05 juillet 2022

voisins.jpganalyse.pngLa Politique Européenne de Voisinage (PEV) a fait couler beaucoup d’encre depuis son lancement en 2004. A l’heure où les projets de coopération spécifiques se multiplient sur le pourtour de l’Union Européenne – comme celui de l’Union pour la Méditerranée –, il convient de questionner de nouveau la notion même de « Politique Européenne de Voisinage ».

voisins1.jpganalyse.pngLa Politique Européenne de Voisinage (PEV) a fait couler beaucoup d’encre depuis son lancement en 2004. A l’heure où les projets de coopération spécifiques se multiplient sur le pourtour de l’Union Européenne – comme celui de l’Union pour la Méditerranée –, il convient de questionner de nouveau la notion même de « Politique Européenne de Voisinage ».
De la « maison commune européenne » à la « politique de voisinage »

Le 6 juillet 1989, Mikhail Gorbatchev prononçait devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe un discours fondateur dans lequel il appelait à la création d’une « maison commune européenne ». Il déclarait que dans celle-ci pourraient cohabiter – habiter ensemble – des Etats aux systèmes sociaux différents mais qui oeuvreraient de commun pour les droits de l’Homme, la protection de l’environnement ou le désarmement nucléaire.

Quinze ans plus tard, en 2004, l’Union européenne à peine élargie à dix nouveaux membres proposait à ses voisins la création d’une « Politique Européenne de Voisinage ». Le glissement sémantique est d’importance : est-il alors question d’habiter dans la même maison ou de gérer les rapports entre le syndic d’un immeuble de 25 appartements et de petits pavillons voisins.

Qui sont nos voisins : la définition géographique ?

Une fois abordée la question des substantifs, reste la question substantielle : qui sont nos « voisins » tels que définis par la PEV et que pouvons-nous dire de cette politique en fonction de ces « cibles » ?

 
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On remarque en effet que nos voisins ne sont pas exactement ceux que la PEV tend à définir comme « les États qui ont une frontière terrestre ou maritime avec l'Union ».

Au Nord et au centre, on constatera que ni l’Islande qui a une frontière maritime avec l’Union, ni la Suisse qui a quatre frontières terrestres avec l’Union, ni la Norvège qui a les deux, ne font partie de la PEV. Pourquoi ?
Tout d’abord parce qu’ils sont liés à l’Union européenne par d’autres types d’accords et notamment l’EEE (Espace Economique Européen). Par ailleurs, ils font partie de l’Espace Schengen, nul besoin de montrer un passeport pour s’y rendre.

Dans le Caucase, seule la Géorgie a une frontière avec l’Union (et encore, seulement depuis 2007 et l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie). L’Arménie et l’Azerbaïdjan n’ont ni frontières terrestres, ni maritimes avec l’UE.

A l’Est, la Biélorussie, l’Ukraine et la Moldavie ont bien des frontières terrestres avec les pays de l’Union européenne, mais la PEV n’est pas « active » pour la Biélorussie. La raison ? La PEV s’appuie sur des accords préexistants et dans la mesure où ceux-ci n’existent pas pour une Biélorussie qui connaît un régime très autoritaire, la PEV n’y est donc pas « active ».
Grand « voisin » absent de la « politique de voisinage », la Russie bénéficie d’un régime spécifique, appelé « quatre espaces communs ».
Dans les Balkans, les Etats issus de la scission de la Yougoslavie se sont vus offrir plus ou moins clairement une perspective lointaine d’adhésion, même pour la Serbie qui refuse toujours la coopération avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Ils ne sont pas concernés par la PEV alors qu’ils sont parfois dans des conditions très similaires à des Etats concernés, en ayant par exemple signé comme l’Albanie un accord d’Association et de Stabilisation.

Au Sud, les pays concernés sont presque les mêmes que ceux du « partenariat euro-méditerranéen » ou « processus de Barcelone », sauf la Mauritanie et l’Albanie. C’est aussi probablement ceux qui seront concernés par le projet français « d’Union pour la Méditerranée », quoique celle-ci ira peut-être plus loin, puisque devraient y participer des pays pour lesquels la PEV n’est pas « activée », comme la Libye ou la Syrie.

Qui sont nos voisins : la définition « fonctionnelle » ?

En reprenant les différences évoquées ci-dessus, on remarquera que nos « voisins », tels qu’ils sont définis par la PEV sont certes dans la périphérie de l’Union européenne, mais ils cumulent d’autres caractéristiques.

D’une part, les pays-cibles ont encore des efforts à faire en matière de droits de l’Homme. C’est pour cela que les accords de l’EEE (avec la Suisse, la Norvège et l’Islande) ne comptent pas dans la Politique Européenne de Voisinage. Cette définition des pays-cibles comme ayant besoin de consolider leur transition économique et politique est pleinement assumée par l’Union européenne : « L'UE propose à nos voisins une relation privilégiée, basée sur un engagement mutuel en faveur de valeurs communes (démocratie et droits de l'homme, la règle de droit, la bonne gouvernance, les principes d'économie de marché et le développement durable). La PEV va au-delà des relations existantes pour offrir une relation politique et une intégration économique plus poussées. Le niveau d'ambition des relations dépendra de la manière dont ces valeurs sont partagées ».

Ils sont volontaires pour coopérer avec l’Union. En effet, ceux qui connaissent un régime trop autoritaire (comme la Libye) et qui refusent d’entrer dans la logique de transition qui sous-tend la PEV ne sont pas concernés par cette dernière. Celle-ci est alors considérée comme « non-activée », ce qui laisse néanmoins une porte ouverte.

D’autre part, les « voisins » de l’UE sont dans une « relation asymétrique » avec elle, c’est ce qui explique que la Russie bénéficie d’un traitement spécial. En effet, si la Norvège n’a pas de leçons à recevoir en matière de Droits de l’Homme, la Russie n’a pas l’intention de s’en laisser donner par l’Union européenne.
Néanmoins, l’idée pourrait être nuancée de la manière suivante : la Biélorussie, qui est bien moins puissante que la Russie, a choisi l’épreuve de force avec l’Union européenne et donc ne bénéficie pas de PEV active.

Enfin, dans l’état actuel des choses, ils n’ont pas de vocation d’adhérer à l’UE à moyen terme (comme les candidats officiels que sont la Croatie, la Macédoine et la Turquie) et ne se sont pas vus proposer une perspective à long terme comme les Balkans.

On constate donc que la définition des « voisins » donnée par la PEV ne va pas de soi. On retiendra que les pays concernés ont en commun un certain nombre de caractères : des Etats en transitions, volontaires, étant dans une relation asymétrique avec l’UE et qui n’ont pas vocation à en devenir membres à moyen et long terme.

Cette définition est éclairante pour tenter de définir ce qu’est la Politique Européenne de Voisinage au-delà des discours officiels. En effet, on peut la considérer sous deux angles contradictoires : selon le premier, la PEV serait un élargissement sans les institutions, selon la seconde, elle serait le noyau d’une véritable politique de puissance.

 
 
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
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Politique Européenne de Voisinage : genèse d’une Europe sans frontière ?
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Des « Balkans occidentaux » aux confins européens : la dialectique Russie-Union européenne
   
site20x20.png Sur Internet
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Le site de la Commission Européenne sur la Politique Européenne de Voisinage
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Touteleurope.fr : Politique Européenne de Voisinage
   
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BALZACQ, T., “La politique européenne de voisinage, un complexe de sécurité à géométrie variable.” in Cultures et Conflits, n°66, Construire le voisins, pratiques européennes, 2007, p. 31-59
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JEANDESBOZ, J., “Définir le voisin. La genèse de la Politique européenne de voisinage.” in Cultures et Conflits, n°66, Construire le voisins, pratiques européennes, 2007, p. 11-29
Photo : Flickr "voisin voisine ", par Nicephore