L’Europe est-elle un animal marin ? Explications géographiques de la nature européenne

Par admin | 4 mai 2008

Pour citer cet article : admin, “L’Europe est-elle un animal marin ? Explications géographiques de la nature européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 4 mai 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/462, consulté le 05 juillet 2022
bateau.jpganalyse.pngLe continent européen est géographiquement singulier : ses côtes sont très découpées et il est enserré dans une multitude de mers. Peut-on dire que cette morphologie particulière explique en partie les relations de l’Europe avec ses voisins ou l’émergence d’une "thalassopolitique" européenne ?

bateau.jpganalyse.png Le continent européen est géographiquement singulier : ses côtes sont très découpées et il est enserré dans une multitude de mers. Peut-on dire que cette morphologie particulière explique en partie les relations de l’Europe avec ses voisins ou l’émergence d’une "thalassopolitique" européenne ? Et si l’Europe était un animal marin ?

Tout commença par la mer …

Le mythe d’Europe est clair. Zeus, déguisé en taureau séduit la fille d’Agenor, le roi de Tyr, et lui fait traverser la mer sur son dos jusqu’en Crète. Le décor est alors posé, il y a dès l’origine une traversée fondatrice.

Le continent européen est, en effet, particulier : le nombre de mers qui l’entoure, de toutes parts, est impressionnant. À ne citer que les principales, il suffirait d’énumérer Barents, mer du Nord, mer Baltique, océan Atlantique, mer Méditerranée ou mer Noire. On oublierait alors de parler de la mer Egée, de la mer d’Azov, de la mer Tyrrhénienne ou de la Manche parmi d’autres.

Il y a donc lieu de tenter de penser le rôle de la mer dans les relations intra-européennes, mais aussi dans le tissu d’accords que l’Europe a mis en place avec son voisinage depuis les années 1990.

La mer comme séparation ?

Le projet européen a été perçu, dans ses premières années, avant tout comme un projet continental, même si la déclaration Schuman de 1950 n’oubliait pas le rôle de la Méditerranée et du continent africain.

Alors que le projet européen croissait peu à peu dans un espace contraint par la division du continent pendant la Guerre froide, le rôle de la mer comme frontière a été assez important. Il faut dire que les mers d’alors faisaient frontières : la mer Baltique était traversée par le Rideau de fer, tout comme la mer Adriatique et la mer Noire. La Méditerranée elle-même faisait plus frontière entre l’Europe et l’Afrique que lien.

Pourtant, ce phénomène a été remis en cause par la prise de conscience qu’une mer partagée, même traversée par les barbelés idéologiques était l’espace d’une nécessaire coordination. En effet, la convention d’Helsinki sur la protection de la mer Baltique a été une véritable prise de conscience que les Etats riverains d’une même mer devaient surmonter leurs divergences idéologiques pour s’accorder sur des mesures techniques de protection de celle-ci.

L’URSS de Brejnev, alors au summum de la stagnation et pourtant relativement agressive au plan international, prend conscience qu’elle ne peut se passer d’une coopération technique des riverains de la Baltique pour sauver cette mer en danger.
Même si les modalités de la Convention d’Helsinki en 1974 sont restées éminemment techniques, on ne peut s’empêcher d’y voir le début d’un dialogue intra-européen. Les partenaires de cette convention étaient en effet divers : d’une part l’URSS et ses satellites (Pologne et RDA), d’autre part des Etats membres du camp occidental comme le Danemark alors membre de l’OTAN et enfin des Etats neutres comme la Suède et la Finlande.

La mer comme obligation de dialogue ?

Cet exemple peut pousser à poser la question suivante : alors que des Etats partageant une frontière terrestre peuvent très bien s’ignorer pendant des dizaines d’années, comme l’Arménie et la Turquie, le partage d’une mer commune est-elle une obligation ou tout du moins une incitation au dialogue ?

C’est possible et c’est même probable.
Les Nordiques ont été les pionniers de la coopération maritime en instituant le Conseil nordique en 1952. Cette organisation, comprenant alors la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark et l’Islande, a été dès le début basée sur l’idée d’une gestion commune. Il faut dire que ces Etats partagent un héritage culturel commun très ancien.

L’exemple baltique est peut-être plus pertinent car c’est vraiment la nécessité de gérer une mer commune qui fut le moteur de leur coopération, on notera que la Convention d’Helsinki a été continuée et largement développée dès 1992.
Cette coopération s’est par ailleurs incarnée dans la création du Conseil des Etats de la mer Baltique la même année. Cette organisation intergouvernementale a joué un rôle important dans la transition des Etats riverains de la Baltique (Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie et Russie) vers l’économie de marché et dans leur conversion à la protection de l’environnement.

D’autres régions d’Europe ont connu des évolutions similaires : la mer Méditerranée avec la Processus de Barcelone initié en 1995, la mer de Barents avec le Conseil euro-arctique de Barents, la mer Noire étant la dernière illustration de ce phénomène.

La mer comme opportunité pour l’Europe ?

Le fait que l’Union européenne partage un certain nombre de mers avec ses voisins est une opportunité, pensée comme telle par les dirigeants européens.

En effet, le partage de mers communes comme la mer Baltique, la mer Méditerranée ou la mer Noire sont autant de possibilités pour l’Europe de baser ses relations de voisinage sur des intérêts concrets et perçus comme nécessaires par ses voisins.
Dans ce contexte, il faut distinguer deux types de stratégies européennes.

La première est un encouragement des initiatives des Etats membres mettant en place des organisations régionales maritimes par la participation et le soutien financier de la Commission européenne. Cette dernière est ainsi membre du Conseil des Etats de la mer Baltique, du Conseil euro-arctique de Barents ou de l'Organisation de la Coopération économique en mer Noire où la Commission a un rôle d’observateur.

La seconde est une stratégie directement européenne. Il s’agit de politiques mises en place par l’Union pour gérer ses rapports avec ses voisins. Dans ce cadre, le processus de Barcelone et le projet d’Union pour la Méditerranée jouent un rôle fondamental.

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Peut-on donc dire que l’Europe est un animal marin ? En partie. Si la construction européenne est avant tout un phénomène continental, sa géographie particulière a permis l’émergence d’opportunités de coopération. Dans leurs interfaces avec l’Afrique et l’Asie, les mers jouent un rôle considérable et l’émergence d’organisations de coopération régionale basées sur le partage d’une mer commune sont autant de signes qu’une thalassopolitique européenne existe.

 
 
 
 
 
 
 
 
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Conseil des Etats de la Mer Baltique
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