Quels instruments pour promouvoir la culture européenne ?

Par L'équipe | 31 mars 2008

Pour citer cet article : L'équipe, “Quels instruments pour promouvoir la culture européenne ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/444, consulté le 08 août 2020
Image Exemplearticle.pngAvec moins de 0.05% du budget européen qui lui sont alloués, la politique culturelle européenne reste encore un « objet politique non-identifié », avec des objectifs et des outils de mise en oeuvre ambitieux, mais des moyens financiers faibles. Description du processus décisionnel européen dans le domaine culturel, des trois outils de mise en place et des défis qui pèsent sur l’essor de la politique culturelle européenne.

Image Exemplearticle.pngAvec moins de 0.05% du budget européen qui lui sont alloués, la politique culturelle européenne reste encore un « objet politique non-identifié », avec des objectifs et des outils de mise en oeuvre ambitieux, mais des moyens financiers faibles. Description du processus décisionnel européen dans le domaine culturel, des trois outils de mise en place et des défis qui pèsent sur l’essor de la politique culturelle européenne.

Quand est-ce que la «politique culturelle européenne » commence ?

Les fondements de la création de l’Union européenne – comme statué dans le traité de Rome - étaient à la fois économiques et politiques. Avec des pays fondateurs culturellement similaires, rien ne fut dit lors du traité constitutif de la Communauté sur la nécessité d’une politique ou d’une action culturelle commune. Ce n’est que très progressivement – au fur et au mesure que l’intégration avançait et s'approfondissait – que l’UE s’est dotée d’une « politique culturelle »[1], dont la devise est devenue « unie dans la diversité ».

Les premiers essais de mise en œuvre d’une politique culturelle européenne remontent à 1977, quand la Commission européenne a élaboré son premier Plan d’action culturelle. Avec le développement de la radiodiffusion par satellite, l’UE adopte une décennie plus tard (octobre 1989) la directive "Télévision sans frontières".

C’est avec le Traité de Maastricht que la Commission gagne des compétences dans le domaine culturel. Néanmoins, malgré l'histoire commune des Etats membres, il existe encore aujourd'hui un débat autour des valeurs qui constituent la "culture européenne". Est-il suffisant de partager l'Etat de droit, le respect pour la liberté, la démocratie, la citoyenneté et l'histoire pour dire que le continent européen a sa propre culture? Afin d’éviter l’ambigüité et le manque de consensus autour du concept de « culture européenne », la notion d’identité n’apparaît pas en tant que telle dans le Traité, qui se contente de parler d’ « héritage culturel commun » au sein de la diversité régionale des Etats membres. Avec le Traité de Maastricht, les Etats reconnaissent pour la première fois légalement que la « la Communauté contribue à l'épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun » (article 128). C’est toujours le Traité de Maastricht qui encourage les Etats membres à coopérer entre eux afin de promouvoir cet héritage commun.

Néanmoins, la compétence communautaire en matière de culture introduite par le Traité de Maastricht est limitée, puisqu’elle reste sujette, plus que d’autres politiques communautaires, au principe de subsidiarité. Conformément à ce principe, l’Union n’intervient que si les objectifs envisagés d’une action ne peuvent pas être atteints d’une manière satisfaisante par les autorités locales ou nationales. L'action communautaire ne se substitue donc pas à l'action des Etats mais la complète, afin d'encourager la coopération culturelle. Par conséquent, la Communauté agit dans le domaine de la culture afin de créer une « valeur ajoutée » européenne, tels le rapprochement et l’échange des cultures régionales. Ce rôle de coordinateur et de médiateur en matière de culture qui revient à la Commission européenne explique pourquoi l’Union manque d'institutions culturelles à ce jour.

Des outils du succès de la promotion de la culture

Financées par les fonds structurels à hauteur de 80%, les actions culturelles européennes ne peuvent pas être traitées de manière isolée, mais elles doivent par contre être prises en compte avec l’ensemble des politiques communautaires qui ont un volet culturel : la politique de cohésion régionale qui soutient entre autres la valorisation du patrimoine culturel national, ou bien les politiques du tourisme (avec la promotion du tourisme culturel), de la recherche, de l'emploi ou de la formation.

Par conséquent, en tenant compte de la complexité du phénomène culturel et de ses formes diverses de manifestation, les actions de promotion de la culture touchent des domaines variés tels que l’architecture, les arts visuels, l’audiovisuel, la danse, l’éducation et les formations artistiques, le livre, la musique, le patrimoine, le théâtre… Passer en revue tous les outils de promotion de la culture utilisés par l’Union européenne nécessiterait plus d’une dizaine de pages et serait un exercice anodin, d’autant plus qu’ils concernent parfois des domaines assez spécifiques, comme par exemple les programmes d'apprentissage tout au long de la vie.

Par contre, trois des outils les plus connus et efficaces méritent d’être mentionnés.

  • Le Programme Culture

Ayant pour objectif déclaré celui de protéger la diversité culturelle, le Programme Culture a été adopté pour la première fois en 2000 pour une période de cinq ans. "Culture 2000" a financé entre 200 à 250 projets chaque année dans les secteurs des arts vivants, des arts visuels, du patrimoine, de la littérature et de la traduction littéraire. Il vise à encourager la coopération entre les acteurs culturels privés et publics et les réseaux culturels européens, comme les réseaux de musées. C’est au programme "Culture 2000" que l’on doit le Prix biennal d'architecture de l'Union européenne Mies van der Rohe, les journées européennes du patrimoine mais aussi les symboliques « Capitales européennes de la Culture ». Le Programme Culture reste une des plus emblématiques initiatives de promotion de la culture de l’Union européenne. Fort de son succès passé, le programme a comme objectifs pour la période 2007-2013 la promotion de la mobilité transnationale des personnes travaillant dans le domaine culturel, de la circulation transnationale des œuvres culturelles et la promotion du dialogue interculturel.

  • Erasmus

Le programme Erasmus reste de loin le plus connu et l'outil le plus populaire de la promotion de la culture européenne. Faisant partie des programmes européens de promotion de l’éducation de la formation, avec Comenius, destiné à l’enseignement scolaire, Leonardo da Vinci, dédié à l’enseignement et à la formation professionnelle, et Grundtvig – qui vise l’éducation des adultes, le programme Erasmus se réjouit de son fort succès auprès des jeunes. En 2009, l’objectif de 2 millions de bénéficiaires devrait être atteint. Un semestre ou une année universitaire passés dans un autre pays européen permettent aux étudiants d’entrer en contact avec la langue et la culture du pays d’accueil, tout en essayant de survivre avec une bourse mensuelle moyenne s’élevant à une moyenne de … 100 euros par mois pour des étudiants allemands, autrichiens, espagnols, français ou italiens. Malgré les effets bénéfiques de ce programme, l’expérience Erasmus a aussi crée paradoxalement des situations d’inégalité de traitement dans l’allocation de fonds européens puisque, sur un même campus, des étudiants français ou italiens vont côtoyer des collègues recevant par mois de l’Union européenne 350 euros (par exemple, les étudiants roumains), ou même 500 euros (les étudiants tchèques).

  • Le programme Media 2007

Adopté en novembre 2006 comme mesure d’appui à la Directive Européenne « Télévision sans frontières »[2], le programme MEDIA 2007 se veut un soutien à l'industrie audiovisuelle afin de combler le déficit de productions audiovisuelles européennes face à l'offre américaine. Le programme vient en complément des mécanismes nationaux de soutien à la production – à travers les aides publiques au cinéma et à l’audiovisuel. Avec 755 millions d’euros pour la période 2007-2013, le programme Media complète les aides nationales par des mesures en amont – à travers la formation des professionnels de l'industrie audiovisuelle – et en aval du processus de création – à travers la distribution de films ou programmes européens.

Dans le passé, ce programme a incontestablement contribué à dynamiser la production cinématographique en Europe, en tenant compte que pendant la période 2000-2006, l'UE a produit autant de films que les Etats-Unis, c'est-à-dire 700 par an. Avec des moyens financiers renforcés, les résultats positifs de ce programme ne vont pas se laisser attendre dans l’avenir.

Mais des défis restent encore…

Les outils de promotion de la culture européenne impliquent l’existence d’une « culture européenne », qui combine la diversité locale des Etats membres au sein d’une culture d’un ensemble de pays en cours d’intégration politique. Cette dualité local/global souligne la difficulté de définir une culture européenne et par conséquent d’une politique culturelle européenne cohérente. Dans cette approche, la cohérence de la politique culturelle européenne passe tout d’abord par un travail de compréhension des réalités culturelles locales. Or, dans la majorité des Etats membres, la question de compréhension et de définition de la culture locale/nationale reste marginale. Dans tous les pays de l’UE, la proportion du budget allouée à la culture est dérisoire (par exemple, en Italie, 2,5% du PIB en 1996).

Par conséquent, la question de la « culture européenne » et implicitement de la politique culturelle européenne doit passer tout d’abord par un travail de compréhension et de valorisation de la culture nationale et régionale ; se sont les Etats membres, à travers des budgets plus généreux destinés à la culture, qui doivent accomplir cette tache.

Ce n’est pas seulement au niveau national que l’on observe la place marginale attribuée à la culture, mais aussi au niveau européen. Aujourd’hui, le budget consacré à la culture ne représente que 0.03% du budget total européen, soit 7 centimes par citoyen et par an. Ces faiblesses peuvent être expliquées par le maintien de la règle d’unanimité et du principe de subsidiarité dans le processus décisionnel concernant la politique culturelle, qui représentent des freins à l’essor de cette politique.

Le maintien de la règle d’unanimité et du principe de subsidiarité dans le champ européen de la culture peut s’expliquer par la crainte des Etats membres d’une uniformisation des cultures nationales. Par conséquent, s’agissant de la politique culturelle européenne, on observe un paradoxe entre la volonté de la promouvoir à travers un éventai d’instruments comme les programmes Erasmus, Media ou Culture, et la faiblesse des ressources allouées.

 

[1] Le terme « politique culturelle européenne » doit être utilisé avec précaution puisque le terme n’est pas utilisé comme tel dans les communications de la Commission Européenne, qui parle plutôt des actions « destinées à promouvoir la culture européenne ».
[2] Adopté en 1989, la Directive TSF représente la pierre angulaire de la politique audiovisuelle de l'Union Européenne. Elle se fonde sur deux principes de base: la libre circulation des programmes télévisés européens au sein du marché intérieur et l'obligation, pour les chaînes de télévision, de réserver, chaque fois que cela est réalisable, plus de la moitié de leur temps d'antenne à des œuvres européennes («quotas de diffusion»).
 
 
Pour aller plus loin :
 
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Sur Nouvelle Europe
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Les capitales européennes de la culture
   
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Ailleurs sur Internet
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Le programme "Culture" de la Commission
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L'Europe de la recherche (Touteleurope)
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L'Europe de l'éducation (Touteleurope)

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