Révision de la stratégie de Lisbonne et croissance en Europe : cap à l'Est !

Par admin | 2 mars 2008

Pour citer cet article : admin, “Révision de la stratégie de Lisbonne et croissance en Europe : cap à l'Est !”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 2 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/432, consulté le 05 juillet 2022
765px-euroconstlarge.pngL’enjeu économique et social est aujourd’hui central pour l’opinion publique européenne. Or, si la dynamique de la construction européenne fut largement basée sur la nécessité de la reconstruction après-guerre et la poursuite d’une amélioration des conditions de vie, elle semble peiner à trouver un second souffle dans le contexte de la mondialisation, notamment après le semi-échec de Lisbonne. Quelles sont les perspectives de la relance économique dans l’Europe à 27 ? Quels sont les enjeux de l’après-Lisbonne ?
765px-euroconstlarge.pngL’enjeu économique et social est aujourd’hui central pour l’opinion publique européenne. Or, si la dynamique de la construction européenne fut largement basée sur la nécessité de la reconstruction après-guerre et la poursuite d’une amélioration des conditions de vie, elle semble peiner à trouver un second souffle dans le contexte de la mondialisation, notamment après le semi-échec de Lisbonne. Quelles sont les perspectives de la relance économique dans l’Europe à 27 ? Quels sont les enjeux de l’après-Lisbonne ?
Il faut replacer l’agenda de Lisbonne, destiné à dynamiser l’économie européenne au tournant du nouveau millénaire, dans son contexte historique.
Tout d’abord, notons que cette idée d’une « économie la plus compétitive du monde à l’horizon 2010 » a été décidée, voire structurée, pour une Union européenne qui ne comptait encore que 15 Etats membres, tous riches mais en butte aux premières secousses de la mondialisation.
Par ailleurs, cette mise en œuvre d’une nouvelle dynamique pour l’Union a été autant une manière de se donner des objectifs que de contourner les difficultés institutionnelles de l’Union. En effet, elle a devancé d’un an le traité de Nice, semi-échec dans l’adaptation du mécano institutionnel européen à l’élargissement prévu pour 2004.
Depuis, la question institutionnelle européenne à travers le traité de Nice en 2001, la déclaration de Laeken la même année puis les négociations de la constitution européenne avant son échec en 2005 ont largement occupé l’agenda européen. Cette véritable « bataille des institutions » a focalisé l’attention des élites européennes sur son fonctionnement plutôt que sur ses politiques, dévalorisant ainsi l’objectif prioritaire de Lisbonne.
La revue de la Stratégie de Lisbonne à mi-parcours en 2004, au moment du grand élargissement, a largement souligné les faiblesses des réalisations européennes en regard des objectifs ambitieux que l’UE s’était donnée.
Ce mois-ci dans le dossier
Les méthodes novatrices de la Stratégie de Lisbonne, issues de celles qu’avait inaugurées la Stratégie européenne pour l’Emploi, furent basées sur la « Méthode ouverte de coordination » (MOC). Cette dernière, ancrée dans les discussions théoriques sur la « gouvernance », fut définie comme un subtil mélange de définition en commun d’objectifs, de mise en œuvre nationale, de revue commune des résultats et de diffusion des meilleures méthodes. Cette innovation institutionnelle par rapport au modèle habituel de la « méthode communautaire » - définie comme le monopole de proposition de la Commission puis la co-législation du Conseil de l’UE et du Parlement européen – ne donna pas les résultats escomptés.
Ainsi l’on peut penser que l’addition d’objectifs mal coordonnés entre eux et de l’inauguration d’une méthode qui n’incite pas réellement à une véritable coordination européenne ne pouvaient simplement pas conduire à la réalisation des objectifs de Lisbonne.

Néanmoins, une autre perspective est possible. Elle consiste à penser que les sujets mis en cause par les objectifs de Lisbonne (compétitivité, réforme des systèmes de formation, coordination des systèmes sociaux, politique fiscale etc …) sont de toute façon des matières trop sensibles pour être traités par la méthode communautaire et que la mise en place de la MOC permet in fine une certaine « européanisation » de ces questions.
L’autre paramètre de cette équation est géographique : alors que la Stratégie de Lisbonne a été instaurée dans une Europe à 15, quelle est sa vocation dans une Europe dont le nombre d’Etats a quasiment doublé ?
Les 12 nouveaux Etats membres sortent d’une décennie d’intenses transformations économiques et sociales. Dans cette perspective, la Stratégie de Lisbonne permet de maintenir la pression mais aussi de créer un échange de bonnes pratiques, notamment dans ces Etats assez neufs qui rebâtissent des systèmes sociaux. Il faut néanmoins noter que les enjeux d’une économie européenne qui agit sur la mondialisation plutôt qu’elle ne la subit sont très différents, pour l’instant, à l’Ouest et à l’Est du continent.

Dans cette perspective, quels défis communs sont à surmonter demain par les Européens ?

Tout d’abord, la transformation des trois préoccupations majeures de Lisbonne (compétitivité, solidarité et durabilité) en objectifs concrets paraît être l’une des difficultés majeures de l’équation européenne dans la mondialisation. Or, comme le soulignent de nombreux analystes au nombre desquels Zaki Laidi, l’Europe a un rôle fondamental à jouer dans ce domaine pour les décennies à venir. Devenir le phare d’une croissance maîtrisée et durable, basée sur l’innovation plutôt que sur la course à la production à bas coûts, est l’une des principales utopies que l’Europe pourrait se donner comme idéal. Tout repose sur l’innovation.

Par ailleurs, l’amélioration des modes décisionnels de la MOC devrait permettre une meilleure coordination des politiques nationales, dans les domaines cruciaux de la réforme générale des politiques publiques dans les Etats membres.
Entre respect des particularités nationales, pour lesquelles l’adoption d’un modèle unique est contre-productive, et nécessité d’une action commune dans la mondialisation, la question de la « gouvernance » reste centrale.
La difficulté de mettre en œuvre une politique économique et industrielle européenne qui soit le vis-à-vis de notre politique monétaire commune en est l’exemple éclatant. Là encore, les Européens devraient faire montre de leur formidable capacité à innover en matière décisionnelle : de la diversité naît l’innovation, de l’innovation doit résulter une nouvelle capacité collective d’agir.

Pour la mobilisation générale, le moment semble propice : Lisbonne devrait redonner un souffle à Lisbonne ! En effet, la ratification du Traité de Lisbonne devrait permettre de clore la question institutionnelle au moins pour quelques années et ouvrir une fenêtre d’opportunités pour une réflexion sur l’après-stratégie de Lisbonne.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cet échec est-il en partie celui d’une série d’objectifs contradictoires ? On peut le penser. En effet, la volonté de faire de l’économie européenne – si l’on peut en parler au singulier – une « économie de la connaissance » basée sur l’innovation, combinée à la conviction d’un nécessaire renforcement du modèle social européen et l’intégration d’une forte composante de développement durable dès 2001 ont créé un maelstrom confus dans lequel chaque Etat a pu trouver ce qu’il y cherchait.