Lisbonne et l'économie de la connaissance

Par L'équipe | 3 mars 2008

Pour citer cet article : L'équipe, “Lisbonne et l'économie de la connaissance”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 3 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/431, consulté le 08 août 2020
opinion.pngjrme_vicente.jpgJérôme Vicente est maître de conférence en sciences économiques à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse. Il est également co-directeur du Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur l’Economie, les Politiques et les Systèmes sociaux (LEREPS). Il revient pour Nouvelle Europe sur l'économie de la connaissance et son influence dans les économies nationales dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.
opinion.pngjrme_vicente.jpgJérôme Vicente est maître de conférence en sciences économiques à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse. Il est également co-directeur du Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur l’Economie, les Politiques et les Systèmes sociaux (LEREPS). Il revient pour Nouvelle Europe sur l'économie de la connaissance et son influence dans les économies nationales dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.
 
 
 
 
 
 
En quoi consiste brièvement une économie de la connaissance et en quoi se distingue-t-elle d'une économie de l'information ?
Sur un plan théorique, il serait bien trop long de répondre à une telle question tant les travaux en sciences sociales ayant réfléchi sur les différences entre ces deux concepts et sur les définitions et implications de chacun d’eux sont considérables. En synthèse, la connaissance possède une dimension cognitive qui en fait un bien souvent indissociable de l’individu qui l’a produite, dimension que ne possède pas l’information. De fait, la première ne se transmet pas aussi aisément que la deuxième, et ce malgré le développement des technologies de l’information et de la communication. Si ces dernières permettent un meilleur accès aux savoirs, une meilleure circulation des connaissances, l’acquisition de ces savoirs et la capacité à les combiner pour produire de nouvelles connaissances passent surtout par des processus d’apprentissage, l’éducation, la formation, la recherche.
Sur le plan des stratégies politiques, économiques, économie de la connaissance et économie de l’information se révèlent complémentaires. Si la première date du Sommet européen de Lisbonne de 2001, on parlera alors « d’économie fondée sur la connaissance », la deuxième remonte au temps des « autoroutes de l’information », concept développé par Al Gore au milieu des années 1990 pour appuyer la campagne de Bill Clinton. Les Etats-Unis ambitionnaient donc de relancer la croissance américaine par le développement à la fois des technologies et des usages de l’Internet, ce à quoi ils sont partiellement parvenus, du moins avant l’éclatement de la bulle Internet. L’Europe franchit plus tard un pas supplémentaire, en proposant de devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde… », en pointant le rôle que jouent l’éducation et la recherche dans le développement de nouveaux savoirs.
De toute évidence, les deux économies sont complémentaires, point de création de connaissances si l’on n’assure pas une bonne diffusion des savoirs, ce que permettent les technologies de l’information et de la communication. On doit en effet accéder à de la connaissance pour en produire, l’innovation ne s’arrête pas au concours Lépine. Point de diffusion des savoirs, si l’on ne favorise pas, si l’on n’incite pas diraient les économistes, à la production de connaissances. A moins de considérer que seule la passion ou l’altruisme gouverne l’inventivité de chacun de nous, mais ce serait avoir une vision partiellement idyllique.

Quel est le rôle de cette économie dans la croissance des Etats ?

Incontestablement la connaissance constitue aujourd’hui le moteur de la croissance des pays développés. Dans une économie mondialisée où la compétitivité par les prix laisse peu de chance aux entreprises de ces mêmes pays de lutter à armes égales avec les pays émergents, c’est la compétitivité par l’innovation – les économistes, encore eux, parleraient de différenciation – qui doit être privilégiée. La période fordiste d’après guerre, son plein emploi et sa production de masse, s’est essoufflée en même temps que s’ouvraient de plus en plus les marchés. Les causes à effets sont loin d’être faciles à identifier, mais le résultat, lui, est sans appel : seule l’accélération des cycles d’innovation et les ruptures technologiques permettent aux pays développés de générer aujourd’hui de la croissance.
Ceci explique la prise de conscience des politiques nationales et européennes en faveur de la recherche et de l’innovation. Car les entreprises, si elles sont bien évidemment conscientes des enjeux, ne peuvent à elles seules, malgré la « carotte » des rentes issues de la propriété intellectuelle, répondre aux défis de la société de la connaissance. Les statistiques européennes montrent d’ailleurs bien que les pays qui réussissent le mieux dans l’économie de la connaissance sont ceux où la croissance des ressources consacrées à la recherche et à l’innovation provient du public ET du privé. Il faut produire de la connaissance aisément diffusable à travers un système européen de recherche performant pour développer un niveau élevé de capital humain et créatif. C’est à ce prix seul que les entreprises pourront transformer ce capital en innovation sur les marchés, et garantir la croissance et l’emploi. Sans système public de recherche efficace, le stock de connaissances recombinables en innovation devient trop faible. Il faut également réguler « la course à l’innovation » en soutenant les entreprises qui présentent des potentiels forts d’innovation, et en coordonnant leurs actions, comme s’y emploie l’Europe à travers ses Programmes cadres.

Quel est l'impact d'une économie de la connaissance sur les inégalités sociales ? Est-elle la réponse aux différences de niveaux de vie qui existent entre anciens et nouveaux membres de l'Union européenne depuis mai 2004 ?

Une des caractéristiques majeures de la connaissance, outre son pouvoir de diffusion renforcée par les technologies de l’information et de la communication, est son fort pouvoir cumulatif. Chacun de nous peut aisément comprendre que plus il a acquis de connaissances, plus il est en capacité d’en acquérir de nouvelles, plus il est destiné à en produire, et donc à en retirer une rente, une rémunération, voire une reconnaissance. Cela n’est pas pour rien que la hiérarchie des salaires s’étire et que le travail peu qualifié a perdu de son attractivité dans les pays développés qui ont investi dans l’économie de la connaissance. Ce qui se comprend au niveau de l’individu peut se transposer au niveau d’un espace de solidarité tels une région, un pays ou un bloc régional. Plus cet espace a cumulé de connaissances, plus il a la capacité d’en produire, plus il en tire un bénéfice en matière de croissance et d’emploi. L’économie de la connaissance peut donc générer des sentiers de croissance qui peuvent creuser les inégalités. Mais ceci n’est pas irrémédiable et irréversible.
 
D’une part, les pays, tels les nouveaux membres, peuvent tirer partie de leur avantage en termes de compétitivité par les coûts, car tous les secteurs ne sont pas « intensifs » en connaissance. C’est une des explications principales des délocalisations d’entreprises. Mais se satisfaire de cela ne paraît pas opportun pour la cohésion de l’espace européen. D’autre part, il n’est jamais trop tard pour rattraper un retard, et les nouveaux membres doivent pouvoir bénéficier plus que tout autre des fonds européens destinés à la production de savoirs. Signe encourageant de ce mouvement : beaucoup de laboratoires publics et d’entreprises des nouveaux entrants sont impliqués dans les grands programmes européens qui visent à créer des réseaux de savoirs. La Commission à pousser dans ce sens. C’est un formidable atout et pour le rattrapage de ces pays, et pour la fertilité des échanges en connaissances au sein de l’espace européen.

Pour aller plus loin :

 
 
 
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Sur Nouvelle Europe
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La stratégie de Lisbonne ou comment dynamiser l'économie européenne
   
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Sur Internet
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La Stratégie de Lisbonne sur Touteleurope
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Le 7e programme-cadre (2007-2013), (PCRD, Programme-cadre de recherche et développement), « Bâtir l'Europe de la connaissance » et sur DG Recherche de la Commission européenne
   
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A lire
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Un cours en ligne de Jérôme Vicente sur « l’économie de la connaissance » , 2003
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Contribution pour le rapport UNESCO - Construire des sociétés du savoir , une « introduction à l’économie de la connaissance »
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Présentation PowerPoint de Dirk Pilat, Chef de la Division de la politique de la science et de la technologie à l’OCDE, “Innovation, Globalisation and Growth: An Overview”

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