Les dessous de la réélection de Vaclav Klaus en République tchèque

Par Camille Brabenec | 25 février 2008

Pour citer cet article : Camille Brabenec, “Les dessous de la réélection de Vaclav Klaus en République tchèque”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 25 février 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/417, consulté le 11 août 2020
article.pngklaus4.jpgA l’approche de la présidence tchèque de l’Union européenne les élections présidentielles en République tchèque des 8 et 15 février 2008 ont été suivies avec intérêt. En cela les récentes élections présidentielles constituent une nouveauté intéressante car elles ont amené un adversaire original au président sortant Václav Klaus : Jan Švejnar, professeur en économie et nouveau venu sur la scène politique du pays.
article.pngklaus4.jpgA l’approche de la présidence tchèque de l’Union européenne les élections présidentielles en République tchèque des 8 et 15 février 2008 ont été suivies avec intérêt. La vie politique du pays n’a pas fait preuve au cours de ces dernières années d’une grande stabilité malgré les hommes présents sur la scène politique, souvent les mêmes depuis 1989.
 
En cela les récentes élections présidentielles constituent une nouveauté intéressante car elles ont amené un adversaire original au président sortant Václav Klaus. Il s’agit de Jan Švejnar, professeur en économie et nouveau venu sur la scène politique du pays. Cela marque peut être un début de changement dans la classe politique tchèque. Le jour des élections arrivant, la situation politique s’était tendue et il n’était pas évident qu’elles puissent se passer sans complications.

Les candidats en lice

Les élections présidentielles ont donc opposé le président sortant Václav Klaus et Jan Švejnar. Le président de la République sortant, Václav Klaus, est l’une des personnalités politiques tchèques les plus importantes du pays depuis 1989. Économiste de formation, il a travaillé dans des institutions économiques sous le régime communiste. Il devient rapidement l’un des dirigeants du Forum civique, regroupant les opposants au régime. En 1991, il est un des co-fondateurs du Parti civique démocrate, (ODS, conservateurs de droite) et remporte les élections législatives de 1992. Il devient alors Premier ministre puis, en 2003, il est élu chef de l’Etat. Václav Klaus s’est attiré de grandes sympathies, mais aussi de lourdes critiques envers son conservatisme. À l’étranger, il est surtout connu comme un homme politique peu favorable à l’intégration européenne, et pour ses prises de position controversées sur le changement climatique.

En face de Václav Klaus se trouve un candidat moins connu, Jan Švejnar, qui a réussi à se faire remarquer en peu de temps grâce une campagne courte mais efficace. Le professeur Jan Švejnar est un économiste renommé, spécialisé dans l’économie des pays en voie de développement et dans la stratégie des transformations économiques. Né en 1952 à Prague, il quitte la Tchécoslovaquie dans les années 1970 et rejoint les Etats-Unis, où il finira ses études. Dès 1989, il renoue avec la Tchécoslovaquie, désirant contribuer au retour de son pays dans la communauté des pays démocratiques et développés. Il souligne dès le début qu’un tel objectif ne peut être atteint que par des changements économiques qui doivent être étroitement liés avec un nouveau cadre juridique. Jan Švejnar travaille alors comme commentateur et critique de la politique économique de son pays et conseille plusieurs politiciens dont l’ancien président Václav Havel. Il crée à l’Université Charles de Prague le Centre de recherches économiques, qui parachève la formation des jeunes économistes tchèques et étrangers. Jan Švejnar partage alors son existence entre Prague et les Etats-Unis, et a actuellement la double nationalité, tchèque et américaine, ce qui pose problème à certains partis politiques tchèques. Il avait promis de renoncer à la nationalité américaine s’il était élu Président de la République. Jan Švejnar est le candidat du parti des Verts pourtant membre de l’actuelle coalition gouvernementale, et est soutenu par les sociaux-démocrates.

8 février 2008 : le premier rendez-vous

La campagne qui précède les élections est quelque peu spécifique. Il n’y a pas eu de confrontation préélectorale télévisée entre les deux candidats, Václav Klaus l’ayant strictement refusée en prétendant que le public connaissait intimement ses opinions et ses activités. Paradoxalement, l’attention portée à cette élection de la part du public et des médias, où se sont succédées analyses, spéculations et enquêtes, a été très grande, peut-être plus grande que jamais. Jusqu’au mercredi 6 février, tout semblait clair pour les modalités d’élection, le scrutin serait secret. Mais ce jour-là, le Parti des Verts décidait d’opter pour le scrutin public, comme le demandaient déjà les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates. D’après le président des Verts, Martin Bursík, c’est le seul moyen d’empêcher des « magouilles » lors du vote. Il faisait allusion à la tension qui régnait et à certaines pressions qui ont pu s’exercer sur le Parlement.

La question du mode de scrutin a été l’un des principaux débats de cette élection, et même l’objet de longues discussions lors de la première journée. À 20h, ils se sont mis d’accord sur des élections publiques, alors que l’ODS prônait plutôt des élections à bulletins secrets. À l’issue du troisième tour, Jan Švejnar a obtenu 113 voix, tandis que Václav Klaus en a obtenu 139. Pour être élu, il aurait fallu un total de 140 voix. Les hommes politiques tchèques ont commenté cette élection comme étant la « honte de l’année ». Au cours de cette élection, l'atmosphère dans la salle et dans les couloirs du Château était tendue et très animée. Ce scénario n’a pas été vraiment une surprise, celui-ci ayant été régulièrement annoncé avant le scrutin. Comme ils l’avaient annoncé, les communistes ne se sont prononcés en faveur d’aucun candidat lors du troisième tour alors que leurs voix auraient pu faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre. Un second rendez-vous a donc été fixé pour le 15 février.

Les négociations entre les deux élections

Entre les deux rendez-vous les tractations furent nombreuses. Le Parti communiste a joué les trouble-fêtes en proposant un troisième candidat au poste de président, Jana Bobošíková. Ancienne journaliste, s’occupant principalement des questions économiques et financières, elle est actuellement députée européenne. Sa nomination a considérablement réduit les chances de victoire de Jan Švejnar. Les conditions du soutien des communistes à Jan Švejnar concernaient des accords électoraux et le radar américain sur le territoire tchèque dont le parti communiste refuse l’installation.

En réaction, sociaux-démocrates et Verts ont fait savoir qu’ils étaient prêts à négocier si les communistes retiraient la candidature de Jana Bobošíková. Avant la tenue du premier tour, Jana Bobošíková, s'est donc retirée après avoir montré le poids non négligeable des communistes dans la vie politique tchèque. Une des caractéristiques de la vie politique tchèque depuis 1989 est justement le maintien d’un parti communiste avec une certaine influence.

15 février : le second rendez-vous

Václav Klaus a été réélu président de la République pour les cinq prochaines années par les deux chambres du Parlement, vendredi 15 février. Il a obtenu la majorité des voix des 199 députés et 81 sénateurs présents lors du troisième tour de la deuxième élection, c’est à dire les suffrages de 141 parlementaires. Son unique adversaire Jan Švejnar n’a obtenu que 111 voix. Ce résultat confirme les sondages préélectoraux qui avaient fait du président sortant le favori à sa propre succession. L’organisation de deux élections aura cependant été nécessaire et cela confirme l’imprévisibilité de la scène politique tchèque.
Cette élection pose cependant plusieurs questions.

Le mode de scrutin

Il y a tout d’abord celle du mode de scrutin. La Constitution tchèque ne définit pas d’une manière précise le mode de scrutin de l’élection présidentielle. Il y est seulement inscrit que le chef de l’Etat doit être élu par les membres des deux chambres du Parlement, donc au suffrage indirect. L’élection présidentielle peut donner lieu à un scrutin public ou à un scrutin secret.

La question de l’élection du président au suffrage direct a été fréquemment évoquée. Les accusations de corruption, les blocages répétés semblent avoir créé un consensus d’un bout à l’autre du spectre politique. Le mode de scrutin est défini par trois tours de vote. Cependant ce litige sur le mode de scrutin n’est pas sans importance, car il met en danger l’élection présidentielle en tant que telle. D’autres pays comme la Slovaquie, qui avait le même mode de scrutin, sont depuis passés au suffrage universel direct pour éviter ce genre de blocage. Il faudrait des changements constitutionnels, ce qui promet encore des débats houleux entre les deux grands partis, l’ODS et la social-démocratie, qui ont chacun leur vision de la présidentielle. Une fois réélu, Klaus s’est déclaré contre « une démocratie directe » et pour un scrutin secret.

La question européenne

Ensuite, sur le plan européen et international, il est intéressant de voir les significations et les enjeux de cette élection qui sont à mettre dans la perspective de la future présidence tchèque de l’Union européenne en 2009.

Les différents observateurs de la vie politique tchèque estiment qu’il n’y aura pas de grands changements pour le pays. Le rôle du Président tchèque est principalement honorifique, dans la mesure où le Premier ministre est chargé du fonctionnement du pays même si chaque personnalité élue au Château de Prague peut influencer la politique étrangère par ses idées, son comportement ou ses préférences.
Par exemple, lors de son précédent mandat Klaus a essayé d’intervenir dans des thèmes de politique extérieure. Il est réputé à l’étranger comme étant eurosceptique même si on peut rappeler que la candidature de la République tchèque à l’UE dans les années 1990 avait été introduite par son gouvernement. Il est vrai que depuis il s’est souvent opposé au transfert de compétences à l’UE, qu’il considère comme étant trop «centralisée». Il a été un fervent opposant du traité constitutionnel et a ainsi adopté une ligne dure lors des négociations relatives au traité de Lisbonne, même si dans les faits, c’est le Premier ministre qui prend les décisions concernant l’Union européenne. M. Klaus considère l’UE avant tout comme un système économique de coopération entre des nations souveraines. Après son élection, il a notamment réaffirmé son opposition à l’entrée de la République tchèque dans la zone euro et son soutien à la monnaie tchèque.

Cependant le président de la Commission, José Manuel Barroso, lui a fait part de ses plus sincères félicitations, affirmant qu’il avait hâte de travailler avec le président pour construire le projet européen. Il a réaffirmé sa confiance dans la République tchèque qui a, dans tous les cas, besoin d’organisations internationales comme l’Union européenne pour défendre ses intérêts. Cependant, elle prendra la présidence de l’Union européenne à un moment critique, à l'heure de l’entrée en vigueur potentielle du traité de Lisbonne. La République tchèque a encore quelques détails à régler pour pouvoir assurer une présidence fonctionnelle au niveau logistique et administratif avant de pouvoir s’imposer sur des dossiers politiques comme la PAC où il y a des divergences avec la France notamment. La communication interministérielle reste à améliorer mais cela est du ressort du gouvernement et de l’administration tchèque.

 
 

Pour aller plus loin :

 
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Sur Internet
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La couverture des élections présidentielles par Radio Praha
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Nouveau tour pour les élections présidentielles tchèques, article d'Euractiv du 11 février 2008
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L'élection présidentielle tchèque souligne un profond désaccord sur l'UE, article d'Euractiv du 8 février 2008
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La réélection de Vaclav Klaus saluée par Bruxelles, article d'Euractiv du 18 février 2008
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Sur le débat quant au mode de scutin

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